Plus de 53 % des emplois au Québec ont été perdus chez les jeunes

La crise économique déclenchée par la pandémie épargne les 55 ans et plus, mais frappe fort chez les 15-24 ans, selon une nouvelle étude. Mais à long terme, ce pourrait être une bonne nouvelle.

Photo : LeoPatrizi / Getty Images

On s’en doutait, mais l’écart est tout de même spectaculaire. Les jeunes sont frappés beaucoup plus durement par la crise économique déclenchée par la pandémie que les travailleurs d’expérience. Bien que les 15 à 24 ans ne représentent que 13 % de la population, ils ont subi 53,6 % des pertes d’emplois au Québec entre octobre 2019 et octobre 2020.

Environ 107 000 emplois nets ont disparu depuis un an dans la province. De ce nombre, près de 57 000 appartenaient à des jeunes de moins de 24 ans, selon une nouvelle étude de l’Institut du Québec, qui a creusé les plus récents chiffres de l’emploi de Statistique Canada pour brosser un portrait de la situation chez les jeunes. Résultat : le taux de chômage a bondi de 9,2 % à 14,8 % chez les 15-24 ans depuis un an. La situation est semblable ailleurs au pays, notamment en Ontario.

Le portrait est moins sombre pour les autres tranches d’âge. Les 25-54 ans, qui représentent 66 % de la population active, ont perdu 47 % des emplois totaux (50 000 en nombre absolu). Leur taux de chômage a grimpé de 4,2 % à 6,3 %.

Les 55 ans et plus, qui forment 21 % de la population active, ont perdu… absolument rien ! Il y a même légèrement plus de travailleurs de 55 ans et plus sur le marché du travail en octobre 2020 qu’en octobre l’an dernier.

Près de trois emplois sur quatre qui ont été supprimés chez les 15-24 ans étaient des occupations à temps plein. Ce sont les jeunes qui ne sont pas aux études en même temps qui ont davantage subi le couperet des employeurs. Ils sont souvent les derniers arrivés dans leur entreprise et ont moins d’expérience à offrir pour convaincre les patrons de les garder.

Il y a aussi les secteurs d’activité. Un peu plus de 40 % des emplois perdus chez les jeunes l’ont été dans l’industrie de l’hébergement et de la restauration, frappée de plein fouet par les fermetures temporaires et la baisse du tourisme international. Les secteurs de la fabrication (18 %), de l’information et de la culture (11 %) et de la construction (9 %) sont les autres domaines où les jeunes ont été particulièrement touchés.

Les emplois perdus chez les moins de 24 ans prennent également plus de temps à revenir. Si 98 % des travailleurs de 25 à 54 ans ont retrouvé leur boulot depuis le début de la crise, la proportion est de 90 % chez les 15-24 ans.

Une occasion ?

Entre octobre 2019 et octobre 2020, environ 25 000 jeunes de 15 à 24 ont quitté la population active, c’est-à-dire qu’ils ne travaillent pas et ne cherchent pas de boulot. Une partie d’entre eux sont simplement découragés, voyant les emplois plutôt ordinaires qui les attendent à court et à moyen termes.

En revanche, des milliers de ces jeunes sont restés plus longtemps sur les bancs d’école ou envisagent un retour aux études. « Avant la crise, les besoins en emploi étaient si criants dans plusieurs secteurs d’activité que ça incitait bon nombre de jeunes à ne pas terminer leurs études », explique Mia Homsy, présidente-directrice générale de l’Institut du Québec. « Si cette crise peut favoriser la poursuite ou le prolongement d’études pour des milliers de jeunes, elle aura au moins engendré des répercussions bénéfiques en leur assurant davantage de résilience face à d’éventuels bouleversements du marché du travail. »

Bref, si l’enseignement à distance fait souffrir bien des jeunes qui ont de la difficulté à se motiver, les facteurs qui incitent à décrocher de l’école sont également moins présents, le marché du travail étant moins attrayant qu’avant la crise pour ceux qui n’ont pas fait de longues études.

Dans une entrevue de fin d’année qui sera publiée dans l’édition à venir du magazine L’actualité (offert la semaine prochaine), François Legault dit s’attendre à ce que le marché de l’emploi revienne à la situation prépandémie d’ici 12 à 18 mois. « On devrait revenir au plein emploi, mais ce ne sera pas nécessairement les mêmes emplois, prévient le premier ministre. Il va y avoir beaucoup de création d’emplois en intelligence artificielle, en robotisation, en technologie de l’information… Ça va nous prendre du monde formé. On va entendre beaucoup les mots “requalifier les gens” vers différents secteurs. »

Évidemment, le gouvernement devra surveiller de près les indicateurs de l’emploi chez les jeunes, mais il devra aussi s’assurer que les 15-24 ans comprennent les possibilités qui s’offrent à eux dans certains domaines prometteurs, quitte à rester plus longtemps à l’école. À chaque crise ses occasions. À condition de savoir les saisir.

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C’est une tendance qui se confirme aussi en Europe. Les entreprises préfèrent faire appel à des personnes expérimentées, voire réembaucher d’anciens employés. Les conditions de travail ayant changé dans plusieurs secteurs, les employeurs veulent du personnel plus fiable, plus autonome, plus responsable qui requière peu ou pas d’encadrement.

La question du maintien des jeunes aux études peut ou pourrait faire débat dans les prochains mois. Si plusieurs jeunes pourraient saisir l’opportunité de continuer, d’autres sont découragés par les conditions imposées par la pandémie. Le chiffre des décrochages n’est probablement pas encore dévoilé, mais on craint cette situation.

C’est selon moi, surtout la formation professionnelle qui devrait-être privilégiée de manière à offrir à toutes les personnes formées un emploi dans plusieurs secteurs d’activités. Il faut de la flexibilité et ne pas négliger la mobilité.

En ce sens d’ailleurs, mon point de vue rejoint par divers aspects celui de monsieur Legault… et non je ne prévois pas de voter pour la CAQ d’ici peu….

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«François Legault dit s’attendre à ce que le marché de l’emploi revienne à la situation prépandémie d’ici 12 à 18 mois. »

Notre cher comptable doit être encore sous l’effet hypnotique du « Ça va bien aller ». Dans un article récent de La Presse canadienne on disait que « la situation des entreprises montrent que 30 % des sociétés canadiennes ne savent pas pendant combien de temps elles pourront poursuivre leurs activités à leur niveau actuel de revenus et de dépenses avant de devoir envisager de nouvelles mises à pied, la fermeture ou la faillite. Près du cinquième des entreprises, soit 17,5 % d’entre elles, ont estimé qu’elles pourraient tenir le coup pendant moins de six mois. »

Ce ne sont certainement pas ces entreprises qui vont investir dans l’IA, la robotisation et les technologies de l’information pour créer des emplois.

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