Plus riches qu’avant !

Financièrement, la classe moyenne québécoise va très bien. Alors pourquoi les deux tiers des gens sont-ils d’avis contraire ?


 

Comment vont les finances de la classe moyenne ? Très bien, merci. En 1998, au Québec, la famille biparentale médiane disposait d’un revenu de 44 200 dollars après transferts et impôts. La famille médiane, c’est la plus moyenne de toutes les familles de la classe moyenne : la moitié des familles sont plus riches qu’elle et l’autre moitié, moins riches. Huit ans plus tard, en 2006, le revenu disponible de cette famille médiane avait crû de 44 % et s’élevait à 63 700 dollars. Le coût de la vie avait, bien sûr, augmenté dans l’intervalle. Mais même en soustrayant l’effet de l’inflation, la hausse du revenu familial avait réussi à « battre » le coût de la vie de 22 %. On n’avait pas vu un tel essor du revenu familial depuis l’époque de l’Expo 67.

Et pour la famille monoparentale ? C’est encore mieux. De 1998 à 2006, le revenu disponible de la famille monoparentale médiane dirigée par une femme a progressé de 54 %, passant de 20 700 à 31 800 dollars. Inflation déduite, son pouvoir d’achat a augmenté de 30 %. Convenons que 31 800 dollars pour une mère seule, c’est serré ; mais c’est mieux que 20 700.

Est-ce que le revenu familial a poursuivi sur cette lancée en 2007 et 2008 ? Affirmatif. Depuis deux ans, on a subi les hausses de l’essence, des aliments, de l’électricité, des permis, etc. Mais l’augmentation des salaires a encore battu l’inflation. Et puis, on a eu les prestations Harper pour enfants, deux baisses de la TPS, des réductions de l’impôt du Québec pour la classe moyenne, et un taux d’emploi stable malgré la crise financière américaine.

D’où vient l’essor du revenu de notre classe moyenne depuis 10 ans ? De la reprise économique, des femmes et des gouvernements. En premier lieu, de 1997 à 2008, la reprise a fait baisser le taux de chômage de 11,5 % à 7,5 % au Québec. Moins de chômage égale plus de revenu.

Le salaire horaire des hommes québécois a eu peine à suivre la hausse du coût de la vie. Mais celui des femmes, lui, l’a dépassé de 7 %. L’équité salariale a évidemment aidé. Les femmes se sont précipitées dans la population active, étant aujourd’hui 25 % plus nombreuses à travailler qu’il y a 10 ans. Elles sont de plus en plus scolarisées, les garderies (lorsqu’on peut y avoir accès) ne coûtent pas cher, les congés parentaux ont été améliorés, et des primes de travail s’ajoutent pour les familles à petits salaires.

Enfin, les gouvernements ont consenti d’importantes réductions d’impôts et augmentations de transferts. Ensemble, ces modifications fiscales ont ajouté plus de 6000 dollars par année au revenu de la famille biparentale médiane. Ce n’est pas rien.

Pourtant, la perception subjective des gens diffère de la réalité objective. Malgré toutes les preuves que je viens d’étaler, les deux tiers des familles de la classe moyenne jugent qu’elles sont financièrement coincées. « La classe moyenne étouffe », titrait récemment Le Journal de Montréal. Comment expliquer que la perception des gens soit aussi éloignée de la réalité ?
La meilleure réponse est probablement la suivante : quel que soit notre revenu et quelle que soit la vitesse à laquelle il augmente, nous en voulons toujours plus. Si nous avons 30 000 dollars, nous consommons comme si nous en gagnions 40 000. À 60 000 dollars, nous visons 70 000. À 90 000 dollars, nous essayons de vivre comme si nous en avions 100 000. Nous vivons toujours à la limite de notre revenu en surconsommant. S’il y a des imprévus, nous avons peu de marge de manœuvre et nous nous sentons vite à court. Et nous nous endettons. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Charles Tanguay, porte-parole de l’Union des consommateurs.

Le grand expert en finances personnelles qu’est Gilles Vigneault l’avait compris. « Tout l’monde i veut d’l’argent tout l’temps », disait sa chanson. Pas surprenant, alors, que « tout l’monde soit malheureux tout l’temps ».

Et encore…
Biparentale ou monoparentale, la famille médiane du Québec disposait en 2006 d’un pouvoir d’achat supérieur
à celui de la famille médiane de l’Ontario. Répétez sans vous étouffer : la classe moyenne est maintenant plus riche au Québec qu’en Ontario.

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