Postes Canada : les choix difficiles

En analysant les chiffres présentés par Postes Canada, on se rend compte rapidement que son modèle d’affaires est insoutenable et qu’il faut couper les coûts. Mais cela est plus facile à dire qu’à faire…

Photo : Randy Risling / Toronto Star
Photo : Randy Risling / Getty Images

À première vue, les enjeux sont clairs et la décision coule de source.

Postes Canada aurait perdu 243 millions de dollars après les neuf premiers mois de l’année, n’eût été de la vente d’un centre de tri à Vancouver. Le Conference Board prévoit des pertes d’un milliard par année à compter de 2020.

Le nombre d’articles expédiés est en baisse constante et rien ne peut empêcher la dégringolade. Le volume des lettres, magazines, dépliants et circulaires a baissé de 23,6 % entre 2008 et 2012.

L’entreprise est plombée par un déficit actuariel de 6,5 milliards de dollars du fonds de pension de ses employés (passés et présents).

Le coût de la livraison à chaque domicile revient à 269 dollars par année, contre 117 dollars pour une boîte aux lettres multiples. Seulement le tiers des ménages bénéficient de la livraison à domicile.

Devant ces chiffres, on se rend compte rapidement que le modèle d’affaires est insoutenable et qu’il faut couper les coûts.

Cela est plus facile à dire qu’à faire.

Ils sont déjà nombreux à dire que la décision est insensée, injuste et unilatérale, en plus d’être impitoyable pour les aînés isolés et incapables de se déplacer pour recevoir leurs chèques de la Régie des rentes et de la pension de la Sécurité de la vieillesse.

Il faudrait aussi protéger les emplois des facteurs. Surtout ne pas nous priver d’un service essentiel, d’un droit acquis ou de ces nombreuses choses immuables dès qu’il s’agit du secteur public.

C’est toujours la même histoire : s’il faut couper, il faudrait que cela ne paraisse pas et ne fasse pas mal. Tout le monde veut que le gouvernement baisse ses dépenses, mais qu’il ne congédie personne et ne coupe aucun service. Nous vivons dans un monde irréel.

Le cas de Postes Canada est pourtant limpide. Nos besoins changent. Jusqu’à 78 % des Canadiens sont abonnés à un service Internet haute vitesse — une augmentation de 14 % depuis 2007.

Nous payons nos factures de façon électronique et nous échangerons nos vœux du temps des Fêtes par courriel. Qui d’entre vous prévoit poster plus de quatre ou cinq cartes de vœux au cours de la prochaine semaine?

Par contre, nous avons de plus en plus besoin de services de messagerie pour livrer les colis et recevoir les objets que nous avons achetés par Internet. Voilà un marché en pleine expansion et extrêmement concurrentiel, car Postes Canada et ses filiales (comme Purolator) se battent contre des géants comme UPS et FedEx.

Pour préserver les emplois et son service de livraison à domicile, certains aimeraient que Postes Canada diversifie ses revenus. En France, La Poste n’offre-t-elle pas des services bancaires et de téléphonie mobile ? Oui, mais on ne s’improvise pas banquier, et je ne suis pas sûr qu’on puisse automatiquement recycler nos vaillants facteurs en spécialistes de l’épargne et du prêt personnel. Après tout, ce sont des hommes et des femmes de lettres, plutôt que de chiffres…

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Il y a un autre petit détail limpide, si j’ose dire, c’est que la nécessité de revoir le modèle d’affaire de Postes-Canada ne s’est pas présenté incidemment comme un petit cheveu qui tombe dans la soupe et qu’on enlèverait discrètement en 2013 seulement.

Déjà dès 2011, lorsqu’il devint le nouveau patron des postes canadiennes, Deepak Chopra évoquait les avantages concurrentiels de Postes-Canada pour rejoindre tous les canadiens et toutes les entreprises partout au pays et ajoutait ceci : « J’ai l’intention de miser sur tous nos actifs pour créer de nouveaux services et idées pour les Canadiens qui sont pertinents pour l’économie du commerce électronique. »

En d’autres termes, Postes-Canada disposait et devrait disposer encore de tous les atouts pour être bien présent et bénéficiaire dans le secteur du commerce électronique. Pourtant deux ans après, c’est l’impasse. Ce que nous apprenons du modèle d’affaire actuel pour cette restructuration, c’est qu’il n’a absolument rien de très reluisant.

Est-il possible que le gouvernement, ici Conservateur, puisque c’est une Société de la Couronne, qu’il se traine les pieds, comme il se les traine dans d’autres dossiers : l’environnement notamment ou encore les équipements militaires pour ne citer que deux exemples parmi plusieurs autres ? — Se peut-il que ce gouvernement soit plus fort pour manipuler les symboles et faire rêver les gens avec quelques petites baisses d’impôts, quand ce n’est pas un foudre de guerre sur le plan des grands enjeux du développement économique pan-pancanadien ? — Est-il possible qu’il mise un peu trop sur la force motrice de l’Alberta et des provinces de l’Ouest pour garder le pays parmi les mieux nantis au monde ?

L’exemple de Postes-Canada illustre comment par la simple apathie de ses dirigeants, on décide tout bonnement de faire mourir la bête à petit feu. Rien de bien réjouissant.

D’autre part, vous évoquez le déficit actuariel considérable des fonds de pension. Mais quoi, on n’a donc pas de gestionnaires à Postes-Canada ? Depuis le temps.

Vous mentionnez La Poste française, cela fait plus de dix ans que cette société a commencé sa restructuration, La Poste offre des services bancaires depuis à tout le moins cinquante ou soixante ans et toutes sortes de services connexes comme vendre des cartes de téléphone ou même des tickets de transports dans certains guichets. En outre, les français ont su conserver un réseau qui la rend accessible un peu partout. Au Canada on préfère multiplier les points de services exploités par des commerçants plutôt que de multiplier les services offerts au client.

— À coup de pensées magiques, tout finit bien toujours par bien aller. Enfin à tout le moins tant et aussi longtemps que ce ne soit finalement la perruque toute entière qui cette fois ne s’abîme dans le chaudron de soupe.

Ça fait au moins un gouvernement qui contrôle ses dépenses, qui vit en 2013-14 et qui est au courant que l’internet existe!!!

Ça va autant me manquer que le disquaire, la librairie indépendante et le club vidéo. Il faut bien arrêter de vivre dans le passé un moment donné.

Une chance que Postes Canada n’est pas un service provincial auquel cas, il se trouverait un Maka Kotto pour sauver cet organisme désuet et totalement dépassé par la technologie. Après le laitier et le boulanger exit le postier…

Fini les grèves sauvages des syndicaleux de Postes Canada et les facteurs qui vendaient leur « run » à un sous-traitant.

Mais checkez ben ça: Pauline Marois va promette que si le Oui le remporte au prochain référendum, elle va garder tous les facteurs a l’emploi de Poste Québec aux mêmes conditions. De plus, je prédis que Radio-Canada, si Marois ne conscrit pas tous ses journalistes, nous fera plusieurs reportages larmoyants sur le sujet… Je vois déjà les topos: ex-facteur qui va à la banque alimentaire, personne âgée qui se casse 3 jambes en ramassant son courrier….

Je crois qu’il n’y a pas beaucoup d’options dû a la nature u Canada , un des plus grand pays au monde avec la plus petite population au km carré , soutenir un système postal dans ces conditions???, contrairement a d’autres pays et pour les raisons mentioner je ne crois pas que la privatisation soit une option valable
Faudrait aussi dans cette exercice réduire la bureaucratie et les nomination politique qui font partie de la culture des postes , aussi le courrier une ou deux fois par semaine serait suffisant

Excellent article. Enfin des propos objectifs envers notre société d’état. Dans tout ce » Canada bashing « , c’est rafraîchissant