Pourquoi Calgary déclasse-t-elle Montréal ?

Le déclin de Montréal et du Québec. Voilà un thème récurrent et sans doute inévitable. Certains, comme le ministre Jean-François Lisée, le nient tout simplement. D’autres comme François Legault font du redressement et de relance du Québec la raison d’être de leur implication politique.

Jeudi matin dans La Presse, deux analystes de l’Institut Fraser reprenaient les thèmes chers à cette organisation : la hausse constante de l’impôt sur le revenu des sociétés et des particuliers rend le climat non concurrentiel à Montréal. Le Québec est hostile aux entreprises, titre le quotidien.

En appui à leur énoncé, les deux analystes donnent en exemple le fait que Montréal ne comptait que 15 % des sièges sociaux des 500 plus grandes entreprises canadiennes en 2011, contre 19,2 % en 1990. Il y en avait 96, on n’en recense que 75, soit une baisse de 22 %.

L’Institut Fraser a raison de souligner que la hausse constante de l’impôt sur le revenu des sociétés et des particuliers nuit à la compétitivité économique du Québec. Les entreprises établies au Québec paient plus d’impôts que celles situées en Alberta ou en Ontario et les taxes sur la masse salariale sont de loin les plus élevées au Canada. L’impôt prélevé sur les revenus des particuliers est aussi plus élevé que chez nos concurrents canadiens.

Il en coûte plus cher d’établir une entreprise au Québec et l’entrepreneur en retire moins d’argent. Certes, le Québec est plus généreux quand il s’agit de subventionner ou de donner des crédits d’impôts, mais toutes les entreprises subissent les ponctions fiscales alors qu’elles sont bien moins nombreuses à bénéficier des programmes d’aide. Cela a forcément des conséquences sur le dynamisme de l’économie québécoise.

Ceci dit, soyons prudents avant de dire que les impôts expliquent tout et que la compétitivité fiscale est le principal facteur de développement économique, comme le croit l’Institut Fraser.

Si le nombre de sièges sociaux parmi les 500 plus grandes entreprises a diminué au Québec, c’est d’abord parce qu’il a augmenté ailleurs. En 2011, Calgary abritait 123 entreprises ayant des revenus de plus de 100 millions de dollars, contre 78 en 2000. On observe donc une hausse de 58 % en 11 ans.

Est-ce parce que des entreprises ont quitté Montréal et Toronto pour profiter du « paradis fiscal » albertain ? Il y a sans doute quelques cas, mais la croissance de Calgary s’explique essentiellement par la montée en puissance de l’industrie pétrolière et gazière. Il y a près de 1000 (!) producteurs d’hydrocarbures ou de fournisseurs de cette industrie qui ont leur siège social à Calgary et 4 300 y sont actifs. Ces entreprises génèrent énormément d’activité économique et plus de 1300 sociétés financières accompagnent cette croissance.

Juste en 2008, on a investi plus de 25 milliards de dollars dans l’exploitation des sables bitumineux et les activités de fusions et d’acquisitions d’entreprises ont atteint 50 milliards de dollars en 2008, ce qui est plus qu’à Toronto. Imaginez la prolifération d’avocats, de comptables et de consultants de toutes sortes que ce boom a attiré et l’impact de cette effervescence sur la construction de tours à bureaux et de logements.

C’est simple, la population albertaine a augmenté de 50 % entre 1981 et 2011. Il a aussi fallu construire des écoles, des hôpitaux et des routes, ce qui a généré encore plus d’activités économiques et des dépenses importantes pour le gouvernement albertain.

Que tout cela ait été favorisé par des impôts bas, je veux bien. Mais si c’était le pétrole qui avait permis ces impôts bas et l’absence de taxe de vente en Alberta ?

Je ne minimise pas l’importance d’une fiscalité favorisant le dynamisme économique, mais je ne suis pas sûr qu’elle explique la montée en force de l’Alberta.

Ce que je retiens plutôt, c’est que le discours entourant le nombre des sièges sociaux est réducteur et statique. Le nombre de sièges sociaux et le dynamisme d’une ville et d’une région dépendent d’abord de leur capacité à favoriser l’émergence et à accompagner les entreprises de demain et à tirer le maximum des ressources du milieu.

Calgary n’a pas volé ses sièges sociaux à Montréal et à Toronto : elle les a créés. Le discours voulant qu’il faille protéger à tout prix les sièges sociaux existants fait erreur. Il ne s’agit pas de préserver le passé, mais de créer l’avenir.

Pour aider l’avenir, il faut aider les entrepreneurs et leur rendre la vie plus facile.

 

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Les impots des cies? La farce

Au Québec, les cies paient en tout et partout 4,3 milliards d’impots (sur un budget de 70G). C’est moins que les redevances de HQ, Loto-Québec et la SAQ (4,9 G)

Votre billet me fait penser à la papetière (et autres activités maintenant) Kruger qui a son siège social à Montréal et qui est néanmoins enregistrée à Calgary. Kruger a conservée son siège parce que ses activités historiques et leurs propriétaires se trouvent encore ici. Toutefois, certains arguments fiscaux et aussi successoraux ont justifié cette migration de l’enregistrement.

Je ne pense pas que Montréal soit une ville en déclin, certains quartiers comme le quartier des spectacles ou encore l’édification d’un nouveau planétarium à la pointe des technologies. Tout cela montre à mon sens que la Métropole incluant la grande région de Montréal, que tout cela a gagné en vitalité sur un ensemble de postes, ce dont selon moi, il faut se réjouir. Doit-on nécessairement parler d’un véritable déclin au niveau des affaires ? Je n’en sais rien ! J’imagine que la réponse soit plutôt en demi-teintes.

Cependant, une simplification au niveau de la paperasserie et toutes sortes de démarches administratives, serait au bénéfice des entrepreneurs et des investisseurs. L’instauration d’un climat de confiance et un dialogue concret avec les administrations en général. Tout cela ne nuit pas au déploiement ou au redéploiement des affaires. Il ne serait somme toute pas irréaliste qu’il soit possible de faire encore tellement mieux…

On se doit de regarder les transformations et les mutations qui façonnent globalement le paysage canadien et observer si ces changements ont un impact positif sur la vie des gens. Tout comme vous, je pense qu’il faut se tourner vers l’avenir et sur le développement de nos compétences et de nos habiletés et donner aux gens l’envie de se réaliser, au lieu de se tourner ostensiblement vers un passé qui n’était pas automatiquement plus brillant naguère, qu’il n’est aujourd’hui et maintenant.

Je suis d’accord avec vous sauf pour la fin. Il faut conserver les sièges sociaux ici tout en en créant de nouveaux. Une grande entreprise aide à créer des nouvelles entreprises autour d’elle. Prenez Héroux-Devtek, qui s’est développée avec Bombardier. SNC-Lavalin s’est bâtie avec Hydro-Québec. Ces réussites n’ont pas empêché l’apparition de Couche-Tard même s’il n’y a pas de lien entre-elles.

Il faut donc protéger nos entreprises dans la limite de nos moyens tout en créant des conditions favorables à l’apparition de nouvelles entreprises.

Raisons du succès de Calgary?

Impôt des sociétés raisonnable.
Pas de Parti québécois.
Pas de lois pro-syndicales.
Parti politique socialisto-interventioniste presqu’inexistant.
Population lucide.
Moins de « sommets » et plus de courage politique.
Pas d’anarchistes pillards tapocheux de casseroles appuyés par la cheffe d’un parti politique dans les rues.

ETC…

Bref, les raisons ne manquent pas.

Le scheme de taxation en Alberta est insoutenable et la fin de la récréation a sonné. Cette province est dans le trou par plusieurs milliards de dollars et au lieu de mettre de côté un peu de la richesse qu’ils ont amassé dans le passé, ils ont fait des chèques aux citoyens et dilapidé leur bas de laine pour maintenant se retrouver dans le trou, comme l’a avoué cette semaine la première ministre Redford.

Cette province connaît une crise profonde et cela affecte tout le monde, en particulier les services de santé et l’éducation qu’ils ne peuvent plus financer. C’est simple, ils ont été négligents quand la manne pétrolière tombait mais maintenant que les prix du pétrole ont baissé et que les débouchés se font de plus en plus difficiles, ces revenus ont baissé d’autant mais la province refuse évidemment de hausser les taxes et les impôts… À moins d’un redressement des prix du pétrole, il semble que Calgary va y goûter dans les prochaines années et on verra bien ce que feront ces sièges sociaux.

Mais on s’en fout éperdument que Calgary nous déclasse !

On en a rien à cirer.

Pourquoi voudrions-nous être «classé» de toutes façons ? Seules les personnes ou les villes qui n’ont pas de vie veulent être «classées» pour se donner l’illusion d’exister quelque part.

J’aimerais revenir sur l’étude publiée par l’Institut Fraser qui ne reflète qu’une image partielle de la situation au Canada. D’abord l’Institut concentre son étude sur la place des sièges sociaux des 500 premières entreprises canadiennes, basé principalement sur les données des 500 premières corporations en termes de revenus, publié par le Financial Post.

Il est relevé par cette étude et dans leurs conclusions, que toutes les grandes villes ont perdu des sièges exception faite de Vancouver (gain de 5 sièges sur 21 ans) et de Calgary qui est de loin la grande gagnante (gain de 37 sièges). Néanmoins, c’est toujours Toronto (mais surtout Mississauga [c’est moi qui le précise]) qui conserve la première place ; Calgary dépasse désormais légèrement Montréal en termes de nombre de sièges dans le top 500.

Le magazine américain Fortune s’est livré à un exercice passablement identique qui montre une différence considérable entre le Canada et les USA dans la répartition des sièges sociaux. Fortune s’est intéressé à deux aspects, le nombre de sièges du top 500 par villes et le nombre de sièges par États. À titre d’exemple la ville de New-York n’avait en 2011 que 45 de ces sièges sociaux ce qui la place en première place aux États-Unis en termes de sièges. C’est peu, par rapport aux 75 sièges de Montréal. Au niveau de l’État, ce sont 57 sièges sociaux. Si on se déplace à l’Ouest, on relève que la Californie n’a pas plus que 53 de ces sièges sociaux et la ville de Los Angeles n’en compte que 5.

Ce qu’il faut relever, c’est que 385 sièges sociaux (année de référence 2011) sur 500 sont concentrés dans 5 villes canadiennes (avec Winnipeg). Ce qui montre une centralisation des sièges sociaux au Canada, ce qui n’est pas le cas aux États-Unis. Que cette tendance est une tendance lourde et stable puisqu’en 1990, c’était 389 sièges qui étaient concentrés dans ces 5 mêmes villes.

De la même façon, on ne s’étonnera pas qu’en termes de revenus, sur 21 ans plusieurs compagnies soient sorties du 500 tandis que d’autres y soient entrées. Faut-il s’arracher les cheveux et la chemise (surtout par ces froids intenses), parce que quelques compagnies albertaines de plus sont entrées dans ce top 500 ?

– Nota : La Presse publiait une étude analogue en octobre 2011, mais créditait Montréal de 81 sièges et Calgary de seulement 75, ce qui soit dit en passant est exactement l’inverse des chiffres avancés par l’Institut Frazer. Alors qui dit exactement vrai ?

@ Serge Grenier (# 6):

Vous faites partie du Ministère de l’Éducation où le nivellement par le bas est la principale caractéristique?

Vous avez participé activement à la tragique réforme scolaire de la Marois en ’97 qui avait en horreur l’évaluation de la performance des étudiants, qui a créé du décrochage à la pelle en valorisant la nonchalance et le laisser-aller.

Se comparer à autrui fait partie intégrante de la vie et c’est une des façons qu’a trouvé l’homme de progresser et de se surpasser. Sans ce genre d’échelle, on ignore tout de notre propre situation et surtout, on méprise les accomplissements des autres. C’est la recette assurée pour la défaite.

Difficile de prendre au sérieux l’Institut Fraser, à un point tel qu’elle a due retirer une de ses études (1). Quand on sait par qui elle est financée, on devient de plus en plus incrédule vis à vis ses travaux (2).

1- http://affaires.lapresse.ca/economie/201209/27/01-4578008-linstitut-fraser-fait-une-erreur-de-45-milliards.php

http://scfp.ca/secteur-communications/letude-de-linstitut-fraser-est-boiteuse

2- http://www.forumdessenateursliberaux.ca/Dans-le-Senat/Debat/16245_Lingerence-des-fondations-etrangeres-dans-les-affaires-internes-du-CanadaInterpellation

Monsieur François 1

Si vous trouvez que Calgary représente le paradis terrestre, ne soyez pas masochiste en demeurant ici! Depuis 20 ans l’impôt des sociétés ont PARTOUT au Canada et aussi au Québec diminué de façon importante. Les gouvernements successifs nous ont fait croire que c’était pour le bien de l’économie et pour des emplois. Résultat: Nos gouvernements peinent à maintenir les services publics et les riches tant les sociétés que les individus n,ont jamais fait autant d’argent. Trouvez l’erreur. Les entreprises et individus ont mis ces diminutions d’impôt dans leurs poches au lieu d’investir ces réductions d’impôts dans l’éco momie.

Qui se souvient de 1982 quand Jacques Parizeau avait imaginé un montage financier qui permettait à la Caisse de dépôt de prendre le contrôle du CP, un conglomérat dont Calgary bénéficie beaucoup de sa présence? Imaginez aussi la suite avec quelques-uns des sièges sociaux qui auraient probablement fait le saut à Montréal. Au lieu de ça, une loi spéciale fédérale portée par le ministre André Ouellet et son patron Trudeau pour empêcher l’opération de se faire. Il y a aussi de ça dans le décor.