Pourquoi le dollar canadien demeure-t-il si fort?

Malgré des performances économiques peu reluisantes, le Canada fait bonne figure à côté des autres pays.

(Photo: iStockPhoto)
(Photo: iStockPhoto)

L’Irak, l’un des plus importants producteurs de pétrole au monde, compte augmenter ses exportations de 5 %, révélait récemment l’agence Bloomberg. La compagnie pétrolière nationale aurait réglé ses différends avec le gouvernement régional kurde, l’instance semi-indépendante responsable de la fermeture de l’oléoduc qui permettait l’acheminement du pétrole brut vers les marchés.

Comme il était à prévoir, les cours du baril ont aussitôt plongé.

Mais curieusement, la valeur du dollar canadien, si étroitement corrélée aux fluctuations du marché du pétrole, n’a pratiquement pas changé. Lorsque les prix ont chuté, le huard aurait dû faire de même. Tout indique cependant que notre monnaie prend ses distances du pétrole.

LOONIE_02La ligne bleue sur le graphique ci-dessus montre la variation hebdomadaire de l’indice de taux de change effectif du dollar canadien, une moyenne pondérée de la valeur du huard par rapport aux monnaies des six principaux partenaires commerciaux du pays. La ligne rouge montre quant à elle l’indice des prix des produits énergétiques de la Banque du Canada. Les cours du pétrole ont dégringolé en juillet, comme s’y attendait la banque centrale. Le gouvernement espérait sans doute que le dollar en fasse autant: il aurait alors profité de la faiblesse du taux de change pour réitérer sa position selon laquelle l’économie canadienne devrait miser sur le secteur manufacturier et les exportations autres que les produits énergétiques. Or, le taux de change cet été n’a pas été d’un grand secours aux exportateurs qui comptaient sur lui pour fixer leurs prix: le huard a fluctué entre 76 et 78 cents américains tout au long de l’année.

Mais peu de gens arrivent à expliquer la résilience de notre monnaie. Le dollar a atteint sa valeur la plus élevée cette année au début du mois d’août, malgré une foule d’indicateurs économiques défavorables. Le déficit commercial est monté à un niveau record, ce qui laisse croire à une baisse de la demande en produits canadiens ainsi que de l’argent disponible pour leur acquisition. «Le huard semble le seul à ne pas avoir souffert du malaise économique de plus en plus palpable au Canada», lisait-on dans un article du 8 août du Globe and Mail. Les trois économistes interviewés — de BMO Nesbitt Burns, de Gluskin Sheff + Associates et de la Banque Scotia — étaient tous d’avis que le huard allait inévitablement plonger puisque aucune donnée ne laissait présager un taux de change plus élevé. Cependant, le dollar s’échangeait à environ 76 cents au moment de la publication de l’article, et a même dépassé les 78 cents le 18 août; il oscille maintenant autour de 77 cents — on est loin de la déconfiture annoncée!


À lire aussi:

Le Canada, piètre chasseur de fraudeurs


La crise financière passée, les marchés des devises demeurent extrêmement volatils et il est difficile de s’y retrouver. Bien que le Canada ne soit plus l’étoile montante de l’économie mondiale qu’il était autrefois, sa situation est loin d’être catastrophique — ce qui le fait paraître plutôt bien à côté de l’Union européenne ou de l’Angleterre post-Brexit. Le Fonds monétaire international prévoit même que le produit intérieur brut canadien connaîtra une hausse de près de 2 % l’année prochaine, la croissance la plus rapide parmi les pays du G7, à l’exception des États-Unis.

Les indicateurs économiques traditionnels ne sont utiles que pour anticiper l’augmentation ou la diminution des taux d’intérêt, et la Banque du Canada a clairement fait savoir qu’elle n’envisage pas la seconde option. Avec ses coûts d’emprunt presque nuls ou négatifs dans les économies dominantes, le Canada semble un endroit assez séduisant pour investir. Aujourd’hui, seuls quatre pays ont obtenu la note «AAA» attribuée par les trois principales agences de notation financière: le Canada, le Danemark, la Norvège et le Luxembourg. Qui plus est, d’après des données de Statistique Canada datant du 18 août dernier, les achats étrangers de titres canadiens ont frôlé des niveaux jamais vus au second trimestre.

LOONIE_01Au lendemain de la crise financière, le Canada est devenu un véritable paradis pour les investisseurs étrangers prudents. La demande en obligations canadiennes ou en d’autres formes d’actifs a amené la monnaie à parité avec le dollar américain. Mais cela ne risque pas de se reproduire. L’économie de nos voisins du Sud est plus vigoureuse que la nôtre, et il y a fort à parier que la Réserve fédérale américaine augmentera ses taux d’intérêt. Malgré tout, le Canada demeure attrayant pour les investisseurs prudents qui désirent réaliser des gains modestes sur leurs placements. Cette pression accrue sur la monnaie fera contrepoids aux mauvaises nouvelles économiques. Les investisseurs étrangers ont ajouté plus de 80 milliards de dollars à leur portefeuille au cours de la première moitié de 2016, indique Krishen Rangasamy, économiste principal à la Banque Nationale. «L’afflux important de capitaux étrangers explique en partie la résilience du dollar canadien face aux prix du baril qui demeurent bas.»

Cet article a été adapté de MoneySense.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

2 commentaires
Les commentaires sont fermés.

L’économie Canadienne est un mirage de crédit, on se vend entre nous des maisons de plus en plus chères qui servent ensuite à établir des marges de crédit pour consommer toujours plus. Ça finira pas éclater et à ce moment regardez bien ce qui va arriver au dollar!