Pourquoi les entreprises canadiennes ont-elles peur de l’étranger?

Derrière les ventes des Cirque du Soleil, Rona et St-Hubert, on voit peu les acquisitions des Saputo, Couche-Tard ou Cominar. 

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Photo: Flickr/Caribb

Dans le débat sur la perte des fleurons québécois, le gouvernement Couillard avait tôt fait de sortir ses chiffres pour démontrer que les entreprises d’ici étaient plus souvent prédatrices que proies, comme le faisait remarquer mon collègue Alec Castonguay.

Derrière les ventes des Cirque du Soleil, Rona et St-Hubert, on voit peu les acquisitions des Saputo, Couche-Tard ou Cominar. Et pour jouer ainsi dans les grandes ligues mondiales, les entreprises doivent d’abord faire leurs preuves à l’étranger.

La firme montréalaise de services en marketing Aimia a mené un sondage auprès de 348 entreprises canadiennes sur leur désir d’expansion hors frontières. Là-dessus, 123 l’envisagent, tandis que 119 y sont déjà. Celles qui lorgnent à l’international sont surtout des entreprises de services.

Quant aux 106 qui ne l’envisagent pas, ou bien elles n’y voient simplement aucun avantage, ou ne se sentent pas prêtes.

Mais l’étude arrive à un constat beaucoup plus étonnant: le quart des entreprises qui voudraient prendre de l’expansion à l’international ne sauraient pas où commencer. Les obstacles qu’elles identifient sont clairs:

-46 % n’ont pas les connaissances nécessaires pour repérer les marchés propices à l’expansion;

-63 % ne connaissent pas les démarches pour s’implanter à l’étranger;

-51 % ne savent même pas si leur entreprise est prête.


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C’est assez consternant. Certes, aborder une expansion hors frontières n’est pas aussi simple que d’aller se faire voir aux Dragons. Il est assez ironique de voir que malgré un commerce qui se mondialise, il est encore si difficile d’y trouver son chemin.

Ce qui les freine? Avant tout, les connaissances (45 %), puis les talents nécessaires (37 %). Viennent ensuite les ressources et l’exposition au risque.

En théorie, les gouvernements sont là pour leur faciliter la tâche avec des programmes et des organismes établis. Il en va de leurs propres bénéfices en retombées et en emplois.

Or, l’étude démontre que les services de soutien sont carrément sous-utilisés. Certes, les entreprises connaissent les 11 principaux organismes de soutien publics et privés au Canada (banques de développement, chambres de commerce et agences gouvernementales comme Investissement Québec).

Mais elles les utilisent peu. Et les entreprises de services y font encore moins appel que celles de production de biens. De quoi faire réfléchir ces organisations sur leurs stratégies.

Ce n’est pourtant pas faute d’exemples de réussite. Parmi les entreprises qui ont mené une expansion à l’international, 90 % jugent que l’expérience a été un succès, selon le sondage mené par Aimia.

Et toutes reconnaissent que l’expansion leur amène plus de clients et de partenaires commerciaux, et dans une moindre mesure, permet de pallier le ralentissement économique au Canada.

C’est d’ailleurs le message que lançait l’an dernier l’économiste en chef de la banque HSBC, David Watt. Il pressait les entreprises canadiennes de se tourner vers l’étranger et de profiter d’un dollar faible. Il rappelait aussi que moins de 4 % des entreprises canadiennes exportent, dont moins de 2 % de PME, soit 10 fois moins qu’en Allemagne.

Il y a du chemin à faire.