Pourquoi les femmes ne seront jamais riches

Force est d’admettre que femmes et sciences sont deux mots qui ne s’imbriquent pas aussi facilement que des pièces de Lego…

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La professeur C. Bodin, le premier personnage scientifique féminin des figurines Lego.

Mon garçon de six ans adore les figurines Lego. Même la piste de course glissée sous le sapin n’a pas dévié son attention de ces jouets, vendus quelques dollars. Le père Noël s’en souviendra pour ses prochains cadeaux…

Parmi sa collection se trouve la professeure C. Bodin, scientifique lauréate d’un « Nobrick », capable de recréer des pièces pour réparer ses compagnons démembrés par une séance de jeu trop intensive.

Étonnamment, cette figurine est le premier personnage scientifique féminin fabriqué par Lego en 35 ans d’existence !

Les stéréotypes ont beau avoir la vie dure dans le monde des jouets, la professeure C. Bodin ne fait qu’illustrer la réalité. Car force est d’admettre que femmes et sciences sont deux mots qui ne s’imbriquent pas aussi facilement que des pièces de Lego.

Une étude récente de Statistique Canada montre que malgré l’avancée des femmes dans tous les programmes universitaires, leur présence évolue peu en sciences, technologies, génie, mathématiques et sciences informatiques — regroupés sous l’appellation STGM.

Au Canada, bien qu’elles représentent près de 60 % de tous les diplômés universitaires, les femmes ne sont titulaires que de 39 % des diplômes décernés dans les STGM. Elles ont avancé — il y a 30 ans, ce pourcentage était de 23 % —, mais demeurent sous-représentées en mathématiques et en informatique (30 % des diplômés) ainsi qu’en génie (23 %). Et elles en paient le prix.

Car ces diplômes débouchent sur les emplois les mieux rémunérés. Le salaire médian d’un jeune ingénieur est de 65 200 dollars — de 59 300 pour un informaticien —, contre 52 200 pour un diplômé des programmes non scientifiques. Les femmes auront beau être plus scolarisées que les hommes, elles ne seront jamais plus riches si elles fuient les formations payantes !

Toutes sortes de raisons plus ou moins farfelues ont été invoquées au fil du temps pour expliquer la faible présence des femmes dans les métiers technologiques ou scientifiques. Elles auraient peur de perdre leur féminité en optant pour les sciences, ou leur cerveau ne serait pas fait pour les maths…

Les chercheurs de Statistique Canada ont voulu analyser cette dernière croyance en faisant une corrélation entre les notes en maths obtenues au secondaire et le choix d’un programme universitaire. Il en ressort que les filles qui avaient obtenu des résultats élevés étaient moins susceptibles de s’inscrire dans un programme de STGM que les garçons dont les résultats étaient faibles (23 % contre 39 %) !

Ce serait donc une question de choix plus que d’aptitudes. Mais avant de reprocher aux femmes d’en faire de « mauvais » concernant leur carrière, il faudrait peut-être s’attarder au sort réservé à celles qui font les « bons » choix.

L’étude de Statistique Canada montre que le taux de chômage chez les hommes diplômés des STGM est de 4,7 %, alors qu’il est de 7 % chez les femmes dans le même domaine. En mathématiques et en informatique, l’écart est encore plus troublant (4,2 % contre 8,5 %).

Le salaire des femmes en STGM est aussi inférieur de 10 000 dollars à celui des hommes. Cette différence est beaucoup moins marquée dans les programmes non scientifiques (environ 6 000 dollars d’écart). Devant de telles inégalités, peut-on encore s’étonner de voir les femmes bouder les laboratoires et les classes de génie ?

En 2013, l’Organisation internationale du travail a dénoncé la discrimination qui subsiste à l’égard des femmes, dans ce secteur encore plus qu’ailleurs. Dans les universités chinoises, par exemple, on exige des filles qu’elles obtiennent des résultats plus élevés que ceux des garçons pour être admises dans un programme de science !

Au lieu de chercher à disséquer le cerveau des femmes pour trouver la bosse des maths, il serait peut-être temps que le secteur scientifique s’observe lui-même. Mon fils serait d’ailleurs prêt à lui prêter la professeure C. Bodin pour le rapiéçage.

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L’inventeur du prochain Facebook sera probablement un homme, si l’on en croit TechCrunch, site spécialisé dans les technos et selon lequel les femmes ne représentent que 1 % des créateurs d’entreprises en démarrage dans ce secteur.

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Une des raisons pour lesquels la proportion de femmes n’est pas élevée en sciences et génie est l’extrême concentration des hommes dans ces domaines. En effet, la moitié des hommes qui étudient à l’université sont en sciences en génie.