Pourquoi les riches cachent-ils leur argent?

Placer sa fortune dans des paradis fiscaux ne sert pas uniquement à frauder le fisc.

Les îles Caïman (Photo: David McFadden/AP Photo)
Les îles Caïmans (Photo: David McFadden/AP Photo)

Dans le monde obscur de la finance offshore, certains pays viennent immédiatement à l’esprit lorsqu’il est question de secret bancaire: la Suisse, les îles Caïmans, le Luxembourg.

À cette courte liste s’ajoute désormais le Panamá. La fuite de 11,5 millions de documents du cabinet d’avocats Mossack Fonseca a braqué les projecteurs sur ce pays d’Amérique centrale, et surtout, sur les noms de personnes persuadées d’y avoir placé leur fortune à l’abri des regards.

Dès le début des révélations, des voix se sont élevées pour rappeler que le simple fait de posséder un compte dans un paradis fiscal ne signifie pas que son propriétaire y brasse des affaires illégales. Afin d’éclaircir la question, nous avons demandé à des experts ce qui motive les riches à cacher leur argent à l’étranger — si ce n’est pas pour frauder le fisc.

Pourquoi les riches accumulent-ils leur argent dans des comptes offshore?

En supposant que tous respectent la loi et paient leur juste part d’impôts, les riches utilisent les paradis fiscaux pour deux grandes raisons: la protection des actifs et le secret financier.

Imaginez que vous possédez une compagnie minière et que vous craignez d’être un jour poursuivi pour non-respect des lois environnementales. Placer l’argent dans une fiducie canadienne pourrait vous éviter de tout perdre, mais une fiducie dans un paradis fiscal s’avère un meilleur coffre-fort.

«D’un point de vue légal, ce qui se trouve dans une fiducie canadienne n’est plus à vous et les créanciers auront de la difficulté à y toucher, dit Geoffrey Loomer, professeur adjoint à la Faculté de droit Schulich, de l’Université Dalhousie. Mais la loi peut toujours être modifiée… Une fiducie offshore, elle, n’apparaît même pas sur l’écran radar des créanciers.»

Ainsi, si quelqu’un gagne un recours de 20 millions de dollars contre vous, vos actifs canadiens pourront être saisis, mais le reste de votre fortune sera intouchable.

Un stratagème semblable peut être utilisé pour se prémunir des conséquences d’un éventuel divorce. Mais si votre ex-époux découvre l’existence d’un compte bancaire extraterritorial, vous risquez de vous empêtrer dans un bourbier judiciaire.

Le secret qui entoure les paradis fiscaux attire également des personnes fortunées qui ne souhaitent pas exhiber leur richesse dans leur entourage. «Si vous ne voulez pas que vos enfants ou votre frère découvre l’existence de votre magot, il y a une certaine logique à placer celui-ci loin des regards, note Mitchell Stein, professeur adjoint en comptabilité à l’Ivey Business School. Vos affaires ne les concernent pas, et c’est la même chose pour votre argent.»

Les Canadiens doivent-ils déclarer à Revenu Canada leurs actifs à l’étranger?

Oui. Les règles à ce sujet étaient toutefois beaucoup plus permissives il y a 15 ans, souligne Geoffrey Loomer, et les documents révélés par les Panama Papers couvrent une période allant de 1977 à 2015.

N’empêche, pour que les comptes extraterritoriaux dévoilés dans la fuite soient légaux, il faudrait que leurs propriétaires aient été d’une intégrité absolue dans toutes leurs déclarations de revenus.

«Là est le problème des Panama Papers, dit Geoffrey Loomer. Peut-être que les gens étaient honnêtes; peut-être qu’ils ne l’étaient pas. Si ce sont des membres du crime organisé, ils appartiennent probablement à la deuxième catégorie. Mais si ce sont des gens aisés qui investissent dans les paradis fiscaux, c’est moins clair. Il faut établir pourquoi ils avaient besoin de ce secret.»

Y a-t-il vraiment une raison légitime de vouloir tant de confidentialité?

Une personne fortunée pourrait dire que ce n’est pas de vos affaires de savoir qu’elle loue trois Bentley ou qu’elle possède deux propriétés avec vue sur la mer à Vancouver, illustre Geoffrey Loomer. «Vous chérissez votre intimité, vous ne voulez pas être dans les journaux, alors vous achetez le Picasso mis aux enchères chez Sotheby’s en utilisant une société dont les parts appartiennent à une fiducie [offshore] dont vous êtes le bénéficiaire.»

Combien d’argent faut-il posséder pour qu’un compte dans un paradis fiscal en vaille la peine?

Les comptes offshore peuvent être très lucratifs… si votre portefeuille est assez épais. La majorité des Canadiens n’utilisent pas pleinement leur propre abri fiscal tout à fait légal: le compte d’épargne libre d’impôt (CELI). Mieux vaut le maximiser avant de payer pour avoir un compte aux îles Caïmans…

«[Pour que ce soit rentable], vous devez avoir accumulé du capital qui génère d’importants revenus d’investissement, dit Geoffrey Loomer. La plupart des gens de la classe moyenne n’en ont pas.» Même un médecin ou un avocat qui touche 250 000 dollars par année ne serait probablement pas gagnant, car les frais juridiques, comptables et administratifs s’accumulent rapidement dans les paradis fiscaux.

«Ça devient intéressant lorsque votre patrimoine familial dépasse les cinq millions de dollars et génère des profits de plus de 5 % par année», estime le professeur. Et c’est exactement pour cette raison qu’il croit que tous ont le droit d’être en colère contre les paradis fiscaux. «C’est un système à deux vitesses qui, en plus, n’est pas transparent. Imaginez que les riches aient officiellement droit à un taux de taxation plus bas que tout le monde. Ce serait complètement injuste. Les gens seraient outrés. Or, c’est ce que permettent les comptes offshore, mais de manière opaque.»

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(Traduction: Marc-André Sabourin)

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12 commentaires
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Parce qu’ils peuvent se permettre de voler tandis que le reste d’entre nous demeurent prisonniers .

Les gens qui sont riches comme la plupart des gens ordinaires d’ailleurs, en veulent toujours plus et cela porte un nom : l’avidité. On peut se demander pourquoi une personne qui possède plusieurs millions plus qu’il n’en faut pour assurer son avenir et celui de ses enfants, pourquoi continuer a utiliser toutes sortes de stratagèmes pour éviter de payer ses impôts,pure avidité. Ils ne connaissent sans doute pas le vieux dicton qui dit que leur trésor ils ne l’emporteront pas en terre.

Le peuple ignorant et, par conséquent lâche. Les riches sont intelligents, combattifs. Ce sont des loups qui dévorent les plus faibles. De tout temps, les faibles ont été avalés par les loups. Les gens ne se révolteront jamais, car ils sont incapables de se gouverner et savent très bien que les loups, bien qu’ils les volent, les guident dans ce monde de fous !

« Le peuple ignorant et, par conséquent lâche. Les riches sont intelligents, combattifs. » On pourrait le dire autrement aussi: il y a deux sortes de gens sur terre, il y a les bons, et …les mauvais. Les bons sont des gens ordinaires qui se contentent du minimum vital, et les mauvais sont ceux qui en veulent toujours excessivement plus que ce qu’ils ont besoin et qui sont prêts à tout pour l’obtenir. 1% détient plus de 40% des richesses de ce monde, et ce n’est pas encore assez. Les loups mangent peut-être les brebis, mais ce sont les asticots qui mangent les loups, ce qui annihile l’adage « Les petites bêtes ne mangent pas les grosses ». Seule justice sur terre.

De grâce cesser votre apitoiement de vierges offensées. Si les compagnie se servent des paradis fiscaux c’est pour faire plus d’argent. Et qui profitent de ces surplus monétaire ? Les actionnaires. Et qui sont ces actionnaires ? Nous tous par l’entremise de nos fonds de pensions, nos REERs, la caisse de dépôt qui gère les avoir des québécois, nos fonds internationaux dans nos CELI. Si Boeing donne plus de dividende que Bombardier en utilisant les paradis fiscaux vous allez être les premiers a changer de fond pour le plus payant.
De plus, si un comptable venait vous voir et vous chargeait cent dollars pour vous faire économiser 5000$ en impôt par année de façon plus ou moins légal, refuseriez vous ? Poser la question c’est y répondre comme disait l’autre.
Depuis quelques années la question des paradis fiscaux ne cessent de prendre de l’ampleur mais curieusement le coté que je décris n’est jamais analyser. Pudeur ou hypocrisie ? Il n’en reste pas moins que tout ces stratagèmes pour sauver quelque dollars ici et là au détriment du bien être général de la population est vraiment scandaleux et immoral. Mais nous en somme tous responsable. Après tout, nous avons bien élu à plusieurs reprise un dénommé Harper… Nous avons ce que nous méritons

Pudeur ou hypocrisie ? demandez-vous. Non, ignorance de très nombreux journaliste en matière fiscale comme bien d’autres sujets. Les journaux, pour demeurer à flot doivent produire des « titres » alléchants et non une analyse factuelle des nombreux tenants et aboutissant d’un sujet.

C’est comme l’histoire de la CSerie dont plusieurs se mèlent de tergiverser et répéter les mêmes informations non fondées d’un aveuglement volontaire et non de la simple ignorance.

Puisque la fiscalité internationale est un sujet qui exige des spécialistes du domaine dont le nombre est minime et travaillent souvent pour les gouvernements et les grandes sociétés internationales telles que le FMI, la Banque Mondiale, le WTO et autres, ils ne peuvent commenter les détails puisque pour le faire il faudrait qu’ils publient une encyclopédie alors que la plupart seraient en conflit avec leur employeur qui exige de ne pas commenter puisque ces organisations ont toutes du personnel voué aux « relations publiques », les seuls pouvant commenter.

Vous avez dû constater que l’on se réfère à notre législation pour parler des paradis fiscaux. Chaque législation à ses particularité et rien n’indique quel pays à tel et tel provision législative pour ou contre et encore moins l’ensemble des disposition en regard avec les soit disant « paradis fiscaux ».

Se sont surtout les G8 que l’on entend et mon les G20 que l’on écoute. l’Asie est en mode « silence radio sur le sujet. Il ne faut conséquemment pas généraliser.

Bref, non seulement il y a déjà des raisons d’être en colère contre le recours au paradis fiscaux pour des raisons légales, mais en plus, même ces raisons légales ont pour principal objectif de se protéger contre l’application éventuelle de la loi! Pourquoi faire des efforts réels pour éviter de polluer l’environnement alors que je peux simplement me prémunir contre la saisie de mes actifs en en cachant une partie à l’étranger! Et c’est légal! Pas de quoi diminuer le niveau des doutes éthiques, si vous voulez mon avis.

Quant à la confidentialité des affaires privées, je ne sais pas pour vous, mais moi quand j’appelle une banque canadienne pour lui demander combien d’argent mon oncle a et quelles sont ses dernières transactions, ils ne veulent pas me donner l’information. Je ne suis pas sûr de comprendre en quoi le fait d’aller cacher son argent à l’étranger serait nécessaire pour le protéger contre ma curiosité…

Pourquoi les travailleurs au noir québécois cachent-ils leur argent?

Simple: parce que l’on paie TROP d’impôts au Québec.

Voir courbe de Laffer!

C’est du capitalisme sauvage, le pouvoir de l’argent pour l’argent. Et ce sont les classes moyennes qui en font les frais.

Pendant ce temps, l’état paye les avocats des criminelles car au Canada ils sont sur le BES pas de revenus. Plus la corruption politiciennes etc caste d’intouchable. Ou il y a de l’homme: l’esclavage boulimique à l’argent cette peur d’en manquer pour eux l’argent = oxygène

Ce n’ est pas nouveau! Lisez l’ histoire ancienne et il y a toujours eu des Rois, des Seigneurs, des Gouverneurs ect… pour amasser des fortunes ! C’est le 1% des fortunés de la planète et je ne pense pas que ça change bientôt ! Par contre aujourd’ hui il y a beaucoup de petits voleurs en puissance qui travaillent au noir; qui fraudent le BS, qui fraudent l’ assurance chômage, qui fraudent les OSBL , qui fraudent les organismes gouvernementaux , qui fraudent les organismes syndicaux ect…..