Pourquoi soutenir l’entreprise

Il faut remplacer les entreprises qui disparaissent par de nouvelles, plus innovantes et plus dynamiques. C’est primordial, puisque entre 20 % et 25 % des nouveaux emplois seront créés chaque année par de nouvelles entreprises, dit Pierre Duhamel.

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Photo : Getty Images

Le Centre sur la productivité et la prospérité (CPP) de HEC Montréal vient de publier une série de fascicules sur la croissance des PME. Cela devrait être une lecture obligatoire pour tous ceux et celles qui s’intéressent à l’entreprise ou qui se demandent pourquoi tant de personnes lui portent un intérêt.
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L’économie est en perpétuelle mutation. Ce qui était d’avant-garde, hier, est moderne aujourd’hui et sera dépassé demain.

Certaines entreprises, hélas ! peu nombreuses, passeront d’une technologie à l’autre et d’un paradigme au suivant.

Celles qui ne réussissent pas à innover sont condamnées. Chaque année, environ 12 % des entreprises vont mourir quoi que l’on fasse, et ce, dans tous les pays.

Le monde de l’entreprise est cruel. Pourquoi ? D’abord parce que les consommateurs et leurs besoins changent.

Un exemple parmi tant d’autres : qui veut d’un annuaire téléphonique imprimé d’un kilo quand le Web nous donne accès à toutes ces informations ? Nous «faisons marcher nos doigts», pour reprendre l’ancien slogan des Pages Jaunes, mais d’une façon différente.

Il faut donc remplacer ces entreprises qui disparaissent par de nouvelles, plus innovantes et plus dynamiques. C’est primordial, puisque entre 20 % et 25 % des nouveaux emplois seront créés chaque année par de nouvelles entreprises.

De toutes les entreprises existantes, il n’y en aura qu’un petit nombre qui vont croître rapidement. Entre 4 % et 6 %, nous apprennent les études à ce sujet. Ces entreprises, qui vont croître de plus de 20 % par année pendant au moins trois ans, vont créer 75 % des nouveaux emplois. Ce sont ces entreprises, toujours innovatrices, dont nous soulignons les succès dans notre programme Les leaders de la croissance.

Ces entreprises sont aussi les plus susceptibles d’exporter des produits et de s’internationaliser. Ce sont ces entreprises qui amènent de l’argent neuf au Québec. Elles sont notre espoir.

Cette conclusion est partagée dans tous les pays industrialisés et la plupart des pays émergents. On ne peut pas bâtir une économie solide et créer de la richesse sans l’apport de milliers, voire de millions d’entrepreneurs.

C’est pour cela que tous les pays cherchent à favoriser l’entrepreneuriat, à faciliter la création d’entreprises et à donner un coup de pouce aux entreprises les plus prometteuses.

Il y a deux façons de le faire. La façon la plus simple et la plus efficace, c’est de soulager le fardeau fiscal et réglementaire des entreprises. Il s’agit de leur donner de l’oxygène pour leur permettre d’investir et d’embaucher plus facilement.

Les taux d’imposition et les charges sociales imposées aux entreprises ont tendance à diminuer dans toutes les juridictions. Ce n’est ni un caprice ni du favoritisme, mais le produit de la concurrence que se livrent les différents pays, États ou provinces pour stimuler l’entrepreneuriat et attirer des investissements.

L’autre façon, c’est de donner une aide fiscale — les fameux crédits d’impôts — ou de l’aide directe à des entreprises qui répondent à certains critères.

Bon an, mal an, le Québec distribue environ 2,8 milliards de dollars aux entreprises. Le Journal de Montréal dévoilait, mercredi, que l’ancien gouvernement péquiste avait déversé 433 millions de dollars dans le seul mois qui a précédé la dernière élection. Le problème, on le voit bien, c’est que les résultats ne sont pas à la hauteur de l’investissement public.

Le nouveau gouvernement songerait à occuper le champ de taxation que s’apprêterait à délaisser Ottawa une fois son déficit résorbé. Les nouveaux revenus fiscaux seraient utilisés, entend-on, pour baisser le fardeau fiscal des entreprises.

Certains vont se scandaliser que le Québec ne fait pas bénéficier ses citoyens de la baisse de taxe fédérale, et je les comprends. D’autres seront doublement scandalisés si ce scénario se réalise, parce que les citoyens paieront pour soulager les entreprises.

Je pense que cette tendance à alléger le poids fiscal des entreprises est à la fois universelle et inéluctable, et que nous pourrions même nous retrouver, dans quelques décennies, dans un monde où les entreprises ne seront presque plus imposées et où tous les pays se transformeront en paradis fiscaux.

Deux raisons accélèrent cette tendance. Premièrement, le vieillissement de la population freine l’ardeur entrepreneuriale et le goût du risque associé à l’entrepreneuriat. Pour doper l’entrepreneuriat, il va falloir le faciliter et le stimuler.

Deuxièmement, la mondialisation a induit deux phénomènes. L’entreprise doit d’abord se battre contre des concurrents en provenance de plusieurs pays, et elle a besoin de lutter à armes égales. Malheur à vous si votre fiscalité est plus lourde ou si elle ne compense pas pour d’autres éléments susceptibles de gonfler vos coûts d’exploitation.

La mondialisation fait aussi en sorte que toutes les juridictions se battent pour obtenir les grands investissements créateurs d’emplois. Le fardeau fiscal en vigueur sera parmi les premiers critères retenus.

Il faut prendre soin des entreprises, parce qu’elles sont responsables de l’activité économique et de l’emploi. Je prends cette phrase, tellement simple, du premier ministre socialiste français Manuel Valls : «Une mesure favorable aux entreprises, c’est une mesure favorable au pays tout entier».

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À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

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Oui ! L’ensemble de ces documents publiés par le Centre sur la productivité et la prospérité paraissent très pertinents. Je vais les consulter progressivement. J’ai enregistré l’adresse dans mes signets.