Prévoir l’ouragan démographique

Il importe d’améliorer aujourd’hui la qualité des soins prodigués à nos parents âgés. Toutefois, il faudra maintenir l’effort pendant les 25 ans à venir, car l’ouragan démographique va continuer à souffler sur notre solidarité et nos budgets futurs.

Photo : Daphné Caron

François Legault a promis d’améliorer rapidement la qualité des soins prodigués aux Québécois âgés. Son engagement est sincère et mérite l’appui de tous. En même temps, il faut être bien conscient qu’il sera difficile à réaliser, notamment en raison de l’ouragan démographique que nous devrons affronter.

Au cours des 25 années à venir, la population québécoise de 65 ans et plus va croître à vive allure. Lui offrir des services de qualité sera comme une course sur un trottoir roulant à grande vitesse en sens inverse. Nous n’aurons pas sitôt atteint nos objectifs de qualité pour l’année courante qu’il faudra nous assurer de les maintenir et de les améliorer pour les 60 000 nouvelles personnes qui s’ajouteront l’année suivante.

Si nous voulons gagner cette course, il faut bien jauger l’énormité du défi démographique à relever. Le graphique ci-contre permet de le visualiser. Il trace l’évolution de la population québécoise âgée de 65 ans et plus, d’abord à partir des données de Statistique Canada pour les 10 années qui viennent de s’écouler, puis à partir du scénario démographique de référence de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) pour les 24 prochaines années.

Le graphique montre que l’ouragan démographique souffle sur le Québec en deux temps. Dans un premier temps, de 2009 à 2029, les baby-boomers arrivent massivement à la retraite. Les plus vieux, nés en 1945, ont eu 65 ans en 2010 ; les plus jeunes, nés en 1964, atteindront cet âge en 2029. Nous sommes donc présentement en plein milieu de cette période de transition de 20 ans. Il nous reste encore 10 années à traverser avant que la totalité des boomers aient fêté leur 65e anniversaire. D’ici à 2029, la catégorie des 65 ans et plus va chaque année s’enrichir de 60 000 personnes. Ils étaient 1,6 million en 2019, ils seront 2,2 millions en 2029. Les conséquences financières vont être considérables. Le vieillissement de la population ajoute à lui seul au moins 500 millions de dollars chaque année au budget de la santé et des services sociaux du Québec.

En 2029, tous les baby-boomers seront âgés de 65 à 84 ans. Avec la fin de la vague d’entrée à la retraite, cette catégorie d’âge va naturellement cesser d’augmenter. Néanmoins, le nombre total de personnes de 65 ans et plus va continuer à progresser, parce que la catégorie des 85 ans et plus connaîtra à son tour un essor. Elle accueillera les baby-boomers qui auront bénéficié d’une longévité accrue et vécu jusque-là.

L’ouragan démographique connaîtra alors un second souffle. Le scénario de l’ISQ prévoit que la population de 85 ans et plus augmentera de 20 000 personnes par année, passant de 300 000 en 2029 à 600 000 en 2044. En 2044, elle aura doublé depuis 2029, triplé depuis 2019 et quadruplé depuis 2009. On pourrait croire a priori que l’addition de « seulement » 20 000 personnes âgées de 85 ans et plus par année de 2029 à 2044 va donner un répit au système de santé en comparaison des 60 000 personnes âgées de 65 ans et plus qui se seront ajoutées annuellement de 2019 à 2029. Ce serait une erreur, car on oublierait alors de tenir compte que les 20 000 personnes qui s’ajouteront annuellement de 2029 à 2044 seront beaucoup plus vieilles que les 60 000 personnes qui se seront ajoutées par année de 2019 à 2029.

Or, le défi d’humanité et de solidarité sera plus exigeant avec les très âgés. La prévalence d’incapacité grave de longue durée, entre autres, croît exponentiellement avec l’âge. Des chercheurs de l’Institut national de santé publique du Québec ont, par exemple, estimé que le pourcentage de la population québécoise atteinte de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée était de 2 % parmi les 65 à 69 ans, mais grimpait à 30 % parmi les 85 ans et plus. Ces derniers sont plus nombreux à avoir besoin de la surveillance constante et des soins spécialisés offerts par les CHSLD. Qui plus est, les baby-boomers très âgés éprouveront plus de difficulté que la génération précédente à combattre la solitude. Parce qu’ils ont eu deux fois moins d’enfants, ils vont manquer d’aidants naturels.

Il importe d’améliorer aujourd’hui la qualité des soins prodigués à nos parents âgés, comme nous y invite François Legault. Toutefois, il faudra maintenir l’effort pendant les 25 ans à venir, car l’ouragan démographique va continuer à souffler sur notre solidarité et nos budgets futurs. C’est dès maintenant qu’il faut nous préparer à affronter les années 2030.

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Les commentaires sont fermés.

Une petite phrase dans ce texte m’a fait sursauter, la voici : « Ces derniers [parlant des 85 ans et plus] sont plus nombreux à avoir besoin de la surveillance constante et des soins spécialisés offerts par les CHSLD ».

Je suppose que les données utilisées par les chercheurs de l’ISQ devaient être « ante-Covid-19 » donc d’une autre époque sur l’échelle du temps…. Car… pour les soins spécialisés….

Ce qui manque dans cette chronique, c’est une dimension prospective. Comment rendre la vie après 65 ans et pour les plus âgés plus agréable pour tous ? Plus encore, comment faire en sorte qu’il y ait un « boost » au-niveau des naissances ? Et accessoirement, quelle politique migratoire serait la meilleure avenue pour le Québec pour ces 30 à 50 prochaines années ? Il ne faut pas agir que sur un seul front.

Si je suis très préoccupé par le sort réservé à nos aînés, comme baby-boomer je sais que mon tour viendra… et si je souhaite de tout cœur que le gouvernement appuie sur l’accélérateur pour apporter partout où c’est possible des corrections. J’aimerais que soient étudiées toutes formes d’organisations supportant la mixité sociale et générationnelle. Ainsi c’est l’aménagement du territoire et des cités qu’il conviendrait de repenser.

Ce qui philosophiquement parlant devrait nous pousser à redéfinir (pour le mieux) notre rapport à la vie.

Je me garderais bien d’offrir un support inconditionnel à nos élus. Les politiques migratoires assassines menées par le gouvernement voici quelques mois pour des fins purement idéologiques et partisanes ; tout cela commande justement la plus grande vigilance et plus que jamais des redditions de compte.

De plus la forme très bureaucratique de toutes les administrations publiques n’incite guère les êtres humains au moindre dépassement. C’est pourtant en période de mobilisation qu’il faut savoir déléguer et transférer tous les pouvoirs de décision. Ces formes archaïques de gouvernance ne permettent pas d’allouer les sommes à bon escient. Aucune société ne peut se permettre de saupoudrer de l’argent sans résultats tangibles.

Ainsi mon soutient sera-t-il acquis ou bien pas, tout en fonction des aboutissements. J’espère bien sûr pouvoir lancer des pétales de roses et de fleurs de lauriers plutôt que de devoir catapulter à la volée des tomates pourries et des boules puantes.

L’immigration vient souvent avec les réunifications familiales. Cela pourrait faire en sorte de maintenir la courbe démographique et même en prolonger la durée. Ou l’effet de correction pourrait être beaucoup moins important qu’on le croit.

@ Carol Létourneau,

Merci pour vos propos. Vous avez un très bon point.

Bonjour,

Il est primordial d’élargir l’aide à mourir et que les baby-boomers puissent signer les documents à cet effet. Je pense que toute personne qui ne peut plus s’alimenter par elle-même, voir à son hygiène personnelle et n’a plus ses fonctions cognitives devrait recevoir l’aide à mourir. Il n’y a pas de dignité à être dans cet état et les ressources ne sont pas illimitées. Les ressources doivent être concentrées sur les personnes âgées qui bien que non autonomes ont encore leur fonctions cognitives et ont encore une joie de vivre.

Merci de votre attention,
Lily

Ces pauvres CHSLD, plus personne ne désire y aller, c’est épouvantable ce qui se passe. J’y ai travaillé il y a 50 ans et ça bien changé, surtout la clientèle qui est de plus en plus lourde. Je serais bien d’accord pour rendre plus accessible l’aide médicale à mourir; je suis convaincu que beaucoup de personnes âgées en ferait la demande

Oui, il est urgent que l’aide médicale à mourir soit facilement accessible pour les personnes ne désirant pas être placées en CHSLD. Quand une personne doit être nourrie, lavée, changée, couchée et levée comme un bébé, il est grand temps qu’elle puisse réaliser son désir de quitter ce monde. Par contre, je n’empêchais pas une personne voulant se rendre jusqu’à sa fin dite « naturelle », c’est aussi son droit.

Si je comprends bien, on parle ici de statistiques et de ses impacts sur la société de demain mais il n’est pas question de solutions pour rendre la vie plus facile à ces aînés. D’abord, il est probable que les statistiques changent avec le passage de la pandémie et il va aussi falloir planifier pour la résurgence de pandémies et des possibilités qu’elles affectent aussi les aînés plutôt que les autres couches de la population. En d’autres mots, statistiquement il se peut que le nombre d’aînés baisse sensiblement en vertu de l’accroissement des taux de mortalité affectés par la ou les pandémies.

Si c’est le cas, il va y avoir passablement moins d’aînés qui vont se rendre au nonagénariat et la courbe de l’âge en fonction du nombre va probablement s’aplatir, pour emprunter un vocable cher à M. Arruda. Il n’est pas question non plus dans le texte de l’arrivée des générations suivantes à l’âge de la retraite car il va y avoir un temps où il y aura des chevauchements de générations alors que les boomers vont franchir les seuils de 70, 80 et 90 ans. Est-ce que cette nouvelle génération d’aînés sera en meilleure santé et est-ce qu’elle aura pu composer avec les pandémies à venir? En conséquence, les prédictions à long terme me semblent plus tenir de la boule de cristal que d’une science exacte.

Il faudrait toutefois planifier pour le plus grand nombre puisque le réseau actuel est à peu près le pire qu’il puisse être et des améliorations substantielles sont nécessaire pour l’humaniser et le rendre acceptable dans une société dite évoluée.