Prix d’ami

FinTaxi est née pour aider les chauffeurs de taxi. L’entreprise a remporté son pari, tout en faisant des profits.

Crédit-photo : Stéphane Najman

Qui a dit que les syndicats étaient «encrassés» dans leur conservatisme ? C’est grâce à une initiative de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) que les chauffeurs de taxi québécois peuvent désormais obtenir des emprunts à de meilleures conditions pour acheter leur permis ! Et la croissance exceptionnelle de l’entreprise qui offre ces prêts montre bien qu’elle répond à un besoin.

Pour obtenir du financement, « les chauffeurs devaient parfois se tourner vers des prêteurs privés, des shylocks, bien implantés dans l’industrie, qui prêtaient à des taux d’intérêt très élevés », explique Serge Mâsse. Le PDG de FinTaxi connaît bien le monde du financement, puisqu’il dirigeait auparavant une entreprise de prêts aux camionneurs.

Un permis de taxi coûte cher : 220 000 dollars à Montréal. Et les chauffeurs ne roulent pas sur l’or – la majorité gagnent entre 18 000 et 25 000 dollars par an. Ils sont donc nombreux à ne pas se conformer aux critères des quelques institutions financières qui offrent un tel financement, en raison de leurs faibles revenus, d’un endettement élevé ou d’un dossier de crédit entaché. Plus de la moitié des chauffeurs sont donc locataires d’un permis et d’une voiture, et paient un loyer au propriétaire pour avoir le droit de travailler. En achetant leur propre permis, ils peuvent améliorer leur situation.

Après avoir échoué à syndiquer les chauffeurs de taxi au début des années 2000, la FTQ a cherché une autre façon de les aider. À la suite d’une étude de marché, le Fonds de solidarité de la FTQ a créé en 2003 la société en commandite FinTaxi. Cette entreprise a fait sa place en prêtant à des taux d’intérêt plus faibles et pour des termes plus longs que ceux proposés par les institutions financières. Comme elle porte moins d’attention au bilan personnel de ses clients, elle accorde du financement là où les banques refusaient souvent de le faire. Puisque l’entreprise connaît bien l’industrie du taxi, elle peut prendre plus de risques avec ses clients sans que les mauvaises créances soient trop importantes, affirme le PDG.

La concurrence, elle, a réagi en réduisant ses taux et en allongeant ses termes. Cela n’a toutefois pas empêché FinTaxi de prospérer : après cinq ans, son portefeuille de prêts s’élève à 50 millions de dollars et son chiffre d’affaires, à 6 millions.

Environ 700 clients ont contracté un emprunt auprès de la société en commandite, ce qui satisfait pleinement Serge Mâsse. Son marché potentiel est en effet plutôt restreint : il y a 7 000 permis de taxi en circulation au Québec. Environ 700 changent de mains chaque année.

FinTaxi prête également pour la réparation des taxis accidentés, pour l’adaptation des véhicules destinés au transport des handicapés et pour l’achat d’équipement, comme des GPS. Le potentiel de croissance est cependant plutôt faible pour ces activités. « Maintenant qu’on a fait notre place dans le marché, on s’attend à une plus faible croissance au cours des prochaines années », reconnaît Serge Mâsse.

Répondre aux besoins des chauffeurs, ça veut aussi dire leur offrir un service rapide, selon le PDG. « Parce que chaque moment où un chauffeur n’est pas derrière son volant, il perd des revenus. »

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FinTaxi

Domaine d’activité : financement de prêts (secteur des taxis)

Nombre d’employés : 10

Siège social : Anjou

Chiffre d’affaires : 6 millions

Croissance 2003-2008 : 2 915 %

 

 

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