Prix des médicaments : l’opinion de Réjean Hébert, ministre de la santé

Le ministre québécois de la Santé, Réjean Hébert, le reconnaît d’emblée : son gouvernement doit agir pour lutter contre l’énorme fardeau que représentent les dépenses en médicaments pour la société québécoise. « On est probablement mûr pour une nouvelle politique du médicament », dit-il.

Photo : Mario Beauregard/PC
Photo : Mario Beauregard/PC

Quelles sont les priorités pour le gouvernement?

Après l’abolition de la règle des 15 ans et l’instauration d’un prix plafond pour les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), on va d’abord baisser le prix de certains génériques, comme l’ont fait les autres provinces, car la loi oblige les fabricants à offrir le meilleur prix au Québec. Il faut aussi s’attaquer sérieusement à la surconsommation de médicaments. En faisant de plus en plus appel à d’autres professionnels de la santé que les médecins en première ligne, on peut espérer, par exemple, remplacer des ordonnances par des consignes sur l’exercice physique ou l’alimentation. J’ai aussi demandé à l’INESSS d’examiner le recours à la psychothérapie, qui, si elle était plus accessible, pourrait faire diminuer le nombre d’ordonnances pour certains médicaments, comme les antidépresseurs.

Êtes-vous prêt à signer des ententes secrètes avec l’industrie, comme l’ont fait l’Ontario ou l’Alberta et comme le suggère l’INESSS?

Non. La loi actuelle ne nous permet pas de négocier de cette manière et ces ententes posent un problème de transparence. Comme je l’ai dit à mes collègues des autres provinces, on se tire dans le pied et on ne rend pas service aux autres pays en les acceptant ! Elles posent aussi un problème d’équité, car elles ne bénéficient qu’aux assurés du régime public.

Un système public universel ne pourrait-il pas régler ce problème d’équité?

Je ne suis pas convaincu que nationaliser toute l’assurance médicaments soit la bonne stratégie. D’abord, c’est un mandat énorme ! Je crois qu’on peut plutôt faire en sorte que le privé soit aussi compétitif que le public. C’est la voie que je compte explorer, plutôt que de grossir la taille de l’État. Actuellement, la loi empêche les assureurs privés d’aller chercher les mêmes avantages pour leurs clients (par exemple pour les honoraires des pharmaciens) que ceux que le gouvernement obtient avec le régime public. Nous sommes à vérifier s’il y aurait lieu de revoir certaines dispositions pour leur permettre de diminuer les dépenses.

Êtes-vous prêt à envisager la création de l’organisme Pharma-Québec, que propose Québec solidaire?

Non. Le contrôle du marché par l’État a beaucoup plus de chances de donner de bons résultats qu’un investissement direct. Même si nous allons moins loin que la Nouvelle-Zélande pour maîtriser les prix, on peut encore faire un bon bout de chemin avec notre système actuel, sans nationaliser ne serait-ce qu’une partie de l’industrie.

Vous dites qu’une partie de la solution se trouve à Ottawa. Le gouvernement fédéral doit revoir les règles en vigueur au Conseil d’examen du prix des médicaments brevetés. On se compare avec des pays où les médicaments sont bien trop chers ! C’est aussi à Santé Canada qu’incombe la gestion des pénuries de médicaments : si le fédéral faisait mieux son travail, on aurait une bien meilleure prévention des ruptures de stock.

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