Produire localement

Le baril de pétrole qui flirte avec les 150 dollars, c’est une bien mauvaise nouvelle pour l’économie. Cela pourrait néanmoins avoir des conséquences inattendues et heureuses pour les travailleurs. Les produits fabriqués en Chine et dans les autres pays émergents coûtent de plus en plus cher et les marchandises fabriquées localement redeviennent tout à coup concurrentielles, pourvu qu’on investisse suffisamment d’argent dans les usines pour en moderniser les équipements.

Malgré ses prouesses économiques, la Chine restera toujours éloignée des marchés nord-américains. Or, les coûts de transport par bateau ont augmenté de 150 % depuis 2000 et ne cessent de croître au fur et à mesure que le pétrole coûte plus cher. C’est sans compter les coûts plus élevés du transport ferroviaire en provenance des ports de la côte Ouest.

L’avantage au niveau des prix dont bénéficiaient les pays émergents est donc moindre qu’auparavant et de plus en plus clients songent à rapatrier la production près de leur marché.

C’est le pari qu’a fait Gilles Fortin, des boutiques Tristan et Iseut, qui rendait public le mois dernier un investissement de 2,6 millions de dollars à son usine de fabrication de vestons, à Cookshire, en Estrie. Non seulement cette usine va fabriquer des vêtements pour les boutiques Tristan, mais aussi pour certains de ses concurrents québécois. Pourquoi ? Parce que contrairement aux immenses usines chinoises, l’installation de Cookshire peut produire de petites quantités, le contrôle de la qualité est grandement facilitée compte tenu sa proximité et que les délais de livraison sont beaucoup plus rapides. Pas besoin de se soucier de l’engorgement au port de Shanghaï ou d’une grève des débardeurs à celui de Vancouver.

Malgré des salaires qui ont quintuplé depuis 13 ans, la Chine demeure extrêmement concurrentielle parce que sa productivité croît de presque 19 % par année depuis 10 ans. Le pari de Gilles Fortin n’aurait pas de sens s’il n’était pas accompagné d’un investissement de 1,6 million dans un équipement ultrasophistiqué qui va permettre de faire passer la production de 70 000 à 150 000 le nombre de vestons fabriqués chaque année, avec seulement une quinzaine d’employés de plus.

Ce qui est surtout formidable, c’est que 80 emplois sont préservés dans un des secteurs les plus maltraités et les plus vulnérables de l’économie québécoise.

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Il suffit souvent d’un peu d’imagination pour rendre rentable nos industries locales. La modernisation et la résistance au changement demeurent les principaux obstacles à l’amélioration de notre productivité…

D’accord avec le commentaire précédent ! Cessons de demander aux gouvernements de sauver des entreprises et bottons-nous le derrière pour innover, nous moderniser, créer !

En effet, pétrole cher et distances se mélangent difficilement.

«En réalité, le pétrole à 145 dollars le baril peut provoquer d’autres dégâts. Tous les pays émergents de la zone ont bâti leur puissance sur leur capacité à fabriquer à bas prix des produits dont les composants ou les matières premières viennent de l’étranger et qu’ils réexportent soit vers des assembleurs finaux, soit directement vers les consommateurs. C’est ce que fait la Chine avec le monde entier. C’est aussi ce que font le Vietnam et la Thaïlande.

Compétitivité en danger

Leur faible coût de main-d’œuvre leur a permis d’attirer les entreprises du monde entier. En oubliant un point. C’est seulement quand l’énergie est bon marché que les distances ne comptent pas. Demain, ils risquent de se retrouver dans la position du pompier pyromane.

Deux économistes de CIBC World Markets, cités dans l’International Herald Tribune, ont calculé qu’un conteneur de 40 pieds voyageant entre Shanghaï et la côte Est des États-Unis coûterait 10 000 dollars avec un baril à 150 dollars, soit le double du prix qu’il fallait payer en 2005.

De quoi faire réfléchir les Occidentaux sur l’avenir des délocalisations si le pétrole ne baisse pas. Les aciéries chinoises, qui importent leur minerai de fer du Brésil et d’Australie, sont de moins en moins compétitives alors que les fabricants d’acier américains le sont de plus en plus, tout simplement parce qu’ils sont proches des matières premières dont ils ont besoin.»

http://www.lefigaro.fr/matieres-premieres/2008/07/05/04012-20080705ARTFIG00067-l-asie-est-tres-exposee-a-la-flambee-du-petrole.php

« Back to local », comme disent les Chinois.

Si Tristan réussi son pari dans un domaine où l’automatisation et le marché sont très difficiles, imaginez toutes les possibilités pour beaucoup d’autres.

Il faut créer oui mais pas seulement créer des produits. La créativité doit s’appliquer aussi pour être plus productif. Souvent une simple idée peu coûteuse peu avoir un impact considérable sur la productivité.

Toujours deux côtés à la médaille…ET vive les produits locaux. Charest vient d’ailleurs de lancer une campagne d’achats chez nous.

Une chose étonnante ici: le nombre de grosses cies canadiennes qui ne cessent d’augmenter dans le palmarès mondial:

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/07/05/les-entreprises-du-monde-neuf-par-eric-le-boucher_1066869_3232.html

« Le classement du FT 500 donne des nouvelles du front de la guerre économique. Le Japon apparaît comme le grand perdant. Il avait 110 de ses géants classés en 1996, ils ne sont plus que 39 (- 71). Les Etats-Unis sont le deuxième perdant, passant de 203 à 169 (- 34). Puis la Grande-Bretagne, qui recule de 46 à 33 (- 13). Parmi les gagnants, la France est troisième derrière l’attendue Chine (cette dernière passe de 0 à 25) et l’inattendu Canada, qui monte de 10 à 24. »