Produits médicaux : le Canada ne peut pas se passer des États-Unis

Mais la situation n’est peut-être pas aussi sombre que les chiffres semblent le suggérer, selon deux chercheurs de l’UQAM.

À l’ouverture du Centre d’évaluation pour la COVID-19 à Ottawa, en mars 2020. (Photo : La Presse Canadienne/Justin Tang)

La crise de la COVID-19 révèle que la plupart des pays sont vulnérables aux ruptures dans les chaînes internationales d’approvisionnement en produits médicaux essentiels à la lutte contre le coronavirus.

Le Canada n’y fait pas exception, comme le montre la récente controverse causée par le président américain Donald Trump lorsqu’il a demandé à la société 3M de cesser d’exporter des masques au Canada afin de s’assurer que les États-Unis n’en manquent pas.

Même si le problème a été résolu rapidement et que l’on continue l’acheminement de masques 3M au Canada, il est intéressant d’examiner la dépendance du Canada vis-à-vis des États-Unis pour tous les produits médicaux.

Nous avons étudié les informations publiées par COMTRADE, une base de données gérée par les Nations unies qui suit le commerce bilatéral pour près de 200 pays et 5 000 catégories de produits. Certaines catégories sont plus vastes que les produits précis pour lesquels nous voulions des renseignements, mais elles ont l’avantage d’offrir des données comparables sur le plan international.

Masques pour professionnels

Les masques pour les professionnels de la santé, tels que le désormais célèbre N95, sont essentiels dans la lutte contre la COVID-19, mais ceux qu’on utilise au Canada sont généralement importés. Dans les données de COMTRADE, on les trouve dans les catégories « appareils respiratoires et masques à gaz » et « masques de protection dépourvus de mécanisme ».

En 2018, le Canada a importé pour environ 126 millions de dollars et exporté pour 54 millions de dollars de masques pour professionnels. Parmi ceux-ci, 90 % venaient des États-Unis. Ce chiffre comprend les exportations directes vers le Canada de masques produits aux États-Unis et les réexportations de masques fabriqués dans d’autres pays qui transitent par les États-Unis.

Le Canada importe ces masques depuis une poignée de pays, ce qui explique l’inquiétude de nos autorités quand le président Trump a menacé de freiner les exportations de ces produits. Les États-Unis et le Canada ont finalement conclu un accord qui maintient le commerce des masques, mais les décisions imprévisibles de l’administration Trump pourraient concerner d’autres marchandises essentielles à l’avenir.

Produits COVID-19

L’OMC a récemment publié une liste de produits indispensables dans la lutte contre la COVID-19. Nous avons suivi 75 de ces produits dans les données de COMTRADE. Appelons-les « produits COVID-19 ».

Au Canada, les produits COVID-19 représentaient 3,9 % des importations totales en 2018, contre 5,8 % aux États-Unis. Dans cette liste, on trouve des médicaments, des produits immunologiques, des instruments médicaux, chirurgicaux ou dentaires et des produits en plastique, parmi lesquels, certains types de masques. La liste des importations de produits COVID-19 diffère d’un pays à l’autre, ce qui reflète les différentes structures de production.

Si l’on se concentre sur la balance commerciale (la différence entre les exportations et les importations), les deux pays ont eu un déficit commercial avec le reste du monde — plus d’importations que d’exportations — pour les produits COVID-19 en 2018.

De nombreux produits COVID-19 font l’objet d’un commerce bilatéral entre les États-Unis et le Canada. En 2018, 54 % de l’ensemble des importations canadiennes de produits COVID-19 provenaient des États-Unis alors que le Canada ne représentait que 6 % des importations américaines de ces mêmes produits. Dans l’ensemble, le Canada a enregistré un déficit commercial avec les États-Unis pour ces produits (bien que ce ne soit pas le cas lorsqu’on considère l’ensemble des biens manufacturés).

La dépendance du Canada à l’égard des États-Unis ne se limite pas aux masques pour professionnels. Plus de 75 % des importations canadiennes pour 32 produits COVID-19 proviennent des États-Unis. Certains de ces produits ne sont que rarement exportés par le Canada, ce qui laisse supposer que le pays ne pourrait pas facilement remplacer l’offre étrangère par une production nationale.

Parmi ces produits, on trouve des médicaments contenant de la pénicilline, des plaques photographiques et des films pour radiographies, de la verrerie de laboratoire, d’hygiène ou de pharmacie, des seringues, des aiguilles et des cathéters.

De l’autre côté, il n’y a que quatre produits COVID-19 (le peroxyde d’hydrogène, souvent utilisé comme antiseptique, certains types de médicaments qui contiennent des antibiotiques ou des vitamines et des savons) pour lesquels au moins 30 % des importations américaines proviennent du Canada. Compte tenu de sa dépendance pour un grand nombre de produits COVID-19, le Canada ne peut se permettre une escalade des hostilités commerciales avec les États-Unis.

Cependant, la situation n’est peut-être pas aussi sombre que les chiffres semblent le suggérer.

Des masques en public

Lorsqu’ils commenceront à rouvrir les activités, divers gouvernements pourraient continuer à recommander aux citoyens le port du masque dans les magasins ou les transports en commun. Le Canada, et le Québec en particulier, possède une solide industrie textile qui pourrait facilement produire des masques.

Le Canada est aussi un important fournisseur pour certains produits nécessaires à la lutte contre le coronavirus aux États-Unis, comme l’a récemment souligné le premier ministre Justin Trudeau.

Parmi ceux-ci, on trouve la pulpe de cèdre rouge utilisée pour la fabrication de blouses et de masques médicaux et qui est principalement produite par Harmac Pacific en Colombie-Britannique.

Les données de COMTRADE montrent également que le Canada fournit aux États-Unis certains produits que ceux-ci n’exportent pas beaucoup et ne produisent que rarement. Il s’agit notamment d’antibiotiques autres que la pénicilline, de stérilisateurs à usage médical, chirurgical ou pour laboratoire ainsi que d’électrocardiographes.

En temps de crise, il est plus facile d’assurer des livraisons rapides, lorsque nécessaire, avec des partenaires commerciaux proches géographiquement et avec lesquels on a une relation de confiance. Pour ces raisons, le maintien de rapports harmonieux entre le Canada et les États-Unis est important pour les deux pays.

Bien qu’on ait résolu rapidement la controverse autour des masques 3M, cet épisode demeure une illustration éloquente de la nécessité pour le Canada de trouver des compromis avec son voisin du sud en ce qui concerne le commerce de produits COVID.La Conversation

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation. 

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2 commentaires
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En ce qui a trait aux masques N95 de 3M, il ne faut pas oublier que la matière première pour les faire vient de la fibre de bois d’une usine de Nanaimo, Colombie-Britannique… Alors il aurait été ironique pour les ÉU de priver le Canada de produits dont la matière première est canadienne !

L’autre aspect troublant est le fait que beaucoup de médicaments viennent de Chine. Il y a quelques années il y a eu un rappel de médicaments pour l’hypertension en raison de contamination et quand on demande des médicaments qui ne viendraient pas de Chine, les pharmaciens n’ont pas de réponse…

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Plusieurs entreprises canadiennes et québécoises se sont lancées dans la production de respirateurs, masques, gants et blouses. Pouvez-vous nous faire une évaluation du nombres d’entreprises qui se sont lancées dans cette opération, le niveau de leur production actuelle et celle à venir vs les besoins du Canada et du Québec et les possibilités d’autosuffisance pour un avenir à court terme et moyen terme. Je vous remercie pour vos efforts.

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