Propulser ses affaires grâce à un site transactionnel

La Cidrerie Michel Jodoin n’a pas seulement empoché plus de revenus en se dotant d’une boutique virtuelle. La PME de Rougemont a réussi à toucher une toute nouvelle clientèle, qu’il lui appartient maintenant de fidéliser.

Goxi / Getty Images / Montage L'actualité

Comme pour bien d’autres entreprises, la pause forcée du printemps 2020 est devenue une occasion à saisir pour la Cidrerie Michel Jodoin, à Rougemont, en Montérégie. Dans ce cas-ci, il s’agissait d’utiliser les temps morts provoqués par l’arrêt de certaines activités destinées au public, en raison des mesures sanitaires, pour relancer des chantiers mis de côté par le surplus de travail.

Un de ces chantiers concernait la modernisation de la boutique. L’agence de design montréalaise Champigny2 a ainsi été chargée de rendre l’espace plus convivial, en permettant de mieux y circuler et en mettant l’ensemble des produits à portée de main (cidres, brandys, eaux-de-vie, entre autres). Et d’embellir les lieux : étagères illuminées, comptoirs en quartz, etc. La nouvelle boutique a été inaugurée le 6 juillet 2020.

Un autre chantier a consisté à se doter d’une boutique virtuelle. Selon la directrice générale Francine Déry, celle-ci n’était « pas une nécessité absolue », car les ventes se poursuivaient à la Société des alcools du Québec (SAQ) et dans les supermarchés (IGA et Rachelle Béry, notamment). Mais la PME de 50 employés, dont 20 saisonniers, considérait que ce serait « sûrement un plus ». « Nous nous disions, avec raison, que les clients confinés chez eux aimeraient bien se faire livrer nos produits à leur porte », explique-t-elle.

À la suite des conseils de l’agence de communication longueuilloise Propage, la Cidrerie Michel Jodoin a changé la plateforme numérique de son site Web et y a inclus une boutique virtuelle. Cette dernière permet aux visiteurs de découvrir les fiches descriptives des produits, puis de passer une commande en quelques clics. Certains produits de niche ne sont offerts qu’en ligne (et à la boutique de Rougemont), comme le cidre de glace doré et le mousseux fort rosé.

Un minimum de 85 dollars d’achat est requis pour que la livraison soit gratuite. « Nos calculs nous ont montré que nous allions perdre de l’argent s’il nous fallait, par exemple, livrer trois bouteilles à Baie-Saint-Paul », souligne Francine Déry. Les zones de livraison actuelles sont « le grand Montréal, Québec, Sherbrooke et toute la Montérégie ». 

La transformation numérique a débuté en avril 2020, et il n’a fallu « qu’un mois » pour la mener à bien. Les résultats ne se sont pas fait attendre : après un premier mois d’activité, les ventes ont bondi, et elles étaient déjà 50 % plus élevées au troisième mois, et 75 % après le sixième. D’un point de vue comptable, la Cidrerie Michel Jodoin a combiné les ventes réalisées dans les deux boutiques, la réelle de Rougemont et la virtuelle. Les ventes globales ont augmenté de 10 % en un an, entre les printemps 2020 et 2021, précise Francine Déry. « Les ventes en ligne ne sont pas encore pétillantes, mais tout de même intéressantes », dit-elle, puisqu’elles ont connu la croissance en pleine période de crise sanitaire, sociale et économique.

Le principal intérêt de cette opération n’est pas financier, mais commercial, estime la directrice générale. La possibilité de magasiner en ligne a particulièrement séduit les 18-30 ans, « des jeunes qui ne se tournent pas spontanément vers le cidre », mais qui sont « amateurs de nouveautés », à l’image d’un des prêts-à-boire sans alcool de la cidrerie, le Bleu, un moût de pomme aromatisé au litchi. « À nous, maintenant, de faire fructifier les nouvelles relations ainsi nouées », affirme la directrice générale, qui précise que cela passera par des campagnes ciblées sur Internet et sur les médias sociaux.

Le cas de la Cidrerie Michel Jodoin montre à quel point il peut être bénéfique de se doter d’un site transactionnel pour un entrepreneur désireux de profiter de la relance. Des bénéfices qui ne peuvent se concrétiser que si l’on remplit trois conditions, estime Jonathan Nicolas, fondateur et stratège numérique de l’agence montréalaise de marketing numérique GLO.

1. Bâtir pour le long terme

Avant toute chose, l’entrepreneur doit s’équiper du site transactionnel « optimal » pour lui, soit celui qui répondra à ses « besoins actuels et futurs » en matière de vente en ligne. « On ne change pas de plateforme numérique tous les trimestres, il faut donc en choisir une qui va globalement nous satisfaire pendant plusieurs années », dit Jonathan Nicolas.

La difficulté, c’est que la plateforme optimale pour un détaillant de vêtements n’est probablement pas la même que pour un magasin de meubles. Il convient donc de prendre son temps pour magasiner la plateforme la mieux adaptée aux projets en ligne de la PME. « Bâtir son site transactionnel à partir d’une plateforme déjà existante et largement utilisée (comme Shopify, Lightspeed, WooCommerce ou Magento) est bien souvent une bonne solution », note le fondateur de l’agence qui compte parmi ses clients le cabinet BCF Avocats d’affaires, le fonds de placement immobilier Cominar, le club de soccer FC Montréal et le Grand Théâtre de Québec.

2. Faire de Google un allié

Selon Jonathan Nicolas, le trafic de la majorité des sites Web provient « à plus de 50 % » de Google. Il est donc impensable de négliger « cette proportion d’achalandage vitale pour une boutique virtuelle ».

Voilà pourquoi l’entrepreneur doit d’emblée porter une attention particulière à ce qu’on appelle la SEO (search engine optimization, soit l’optimisation pour les moteurs de recherche). Il s’agit des techniques informatiques qui permettent à un site Web de figurer en tête de liste des résultats d’un moteur de recherche.

L’idée est de programmer son site transactionnel de telle façon que les robots de Google le considèrent comme « incontournable » et le fassent figurer dans leurs premières suggestions lorsqu’un internaute fait des recherches dans le domaine de spécialisation de la PME. « Un tel travail ne peut se faire, ça va de soi, que par un expert en programmation », souligne le fondateur de l’agence de 12 employés, née en 2014.

3. Avoir un œil sur les données

Selon Jonathan Nicolas, l’entrepreneur croule vite sous les interrogations lorsqu’il se dote d’un site transactionnel : quels produits se vendent le mieux ? Pourquoi ceux-ci et pas les autres ? Une campagne sur les médias sociaux permettrait-elle de propulser les ventes en ligne du produit le plus populaire ? etc. 

Les réponses à ces questions se trouvent dans les données issues de la navigation des internautes sur le site transactionnel. Ces données sont si nombreuses et variées qu’il y a un risque de s’y perdre, l’entrepreneur ne sachant pas nécessairement « départager celles qui sont significatives et celles qui sont anecdotiques ». « Des outils comme Keywordtool.io permettent d’y voir un peu plus clair, de dégager des informations utiles des visites sur son site Web », explique Jonathan Nicolas. Le stratège numérique souligne qu’une juste analyse des données peut faire « découvrir de fabuleuses occasions d’affaires ».

Bref, se doter d’un site transactionnel peut se révéler un bon moyen de développer sa PME. Mais gare à ceux qui s’y prennent mal, sans respecter les conditions nécessaires au succès de l’opération : « Un site transactionnel, c’est un couteau à double tranchant, car il peut tout aussi bien permettre de gagner de l’argent qu’en faire perdre », avertit Jonathan Nicolas, qui évoque notamment des entrepreneurs qui se sont fiés davantage à leur intuition qu’aux données et qui, ce faisant, ont perdu « temps et argent ».

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