PUBLIREPORTAGE: Le commerce Sud-Sud, vu par des gens du Sud

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Voici un résumé des opinions exprimées par deux sommités de la veille mondiale : Sri Mulyani Indrawati, directrice générale de la Banque mondiale et ancienne ministre des Finances de l’Indonésie, et Changyong Rhee, économiste en chef de la Banque asiatique de développement et ancien président de la Commission des titres et des instruments à terme de la Corée.

« Ces 50 dernières années, aucun pays n’a pu soutenir une forte croissance ou augmenter son revenu par habitant sans développer considérablement son commerce », observe Sri Mulyani Indrawati. Il n’est pas étonnant que la croissance et les échanges mondiaux aient stimulé grandement le commerce Sud-Sud.

« Les exportations entre pays en développement ont augmenté, passant de 20 % des exportations totales au début des années 1990 à 40 % en 2011. Le commerce entre les pays les moins développés et les marchés émergents prend également de l’ampleur, étant passé du cinquième au tiers de leurs activités en dix ans », ajoute-t-elle.

Changyong Rhee explique que « cette expansion rapide du commerce Sud-Sud est principalement attribuable à l’industrialisation de l’Asie, où les pays en développement ont transformé des biens intermédiaires locaux en produits finaux pour les exporter sur les marchés fortunés du Nord ».

Résultat ? L’Asie a affiché une croissance spectaculaire et réduit sa pauvreté sur une période de 20 ans. Les échanges de l’Asie avec l’Amérique latine et l’Afrique se sont raffermis, tout comme la demande de ressources naturelles.

Sri Mulyani Indrawati et Changyong Rhee soulignent tous deux que ce nouvel équilibre de la balance commerciale mondiale soulève des enjeux politiques et commerciaux.

« Ces dernières années, peu de pays émergents sont passés d’un revenu intermédiaire à un revenu élevé », précise Sri Mulyani Indrawati.

« Même en Chine, aujourd’hui la deuxième économie et le premier exportateur du monde, le revenu par habitant n’atteint toujours pas le dixième de celui des États-Unis », dit-elle.

Sri Mulyani Indrawati lance donc trois mises en garde aux dirigeants politiques du monde : éviter la hausse du protectionnisme; ne pas se rabattre sur des accords commerciaux régionaux comme solution au statisme du commerce multilatéral à plus grande échelle; ne pas négliger le besoin d’aider les pays en développement à gérer les contraintes d’infrastructure.

« Afin que le commerce reste une source de croissance et de prospérité pour tous, il faut empêcher l’enracinement du protectionnisme », remarque Sri Mulyani Indrawati. Malheureusement, c’est surtout dans le commerce Sud-Sud que les barrières commerciales et tarifaires se multiplient.

Par contre, elle croit que les plus grands gains commerciaux résulteraient d’une levée simultanée des obstacles au commerce par tous les partenaires commerciaux : « Le succès de la mondialisation demande la participation de tous. »

Enfin, si les exportateurs continuent d’être gênés par des règlements onéreux, des routes achalandées, une alimentation en électricité instable, des ports sous-développés et une logistique coûteuse, les débouchés commerciaux risquent peu d’améliorer le niveau de vie et de stimuler les échanges à l’échelle mondiale.

Ainsi, les pays et les entreprises du Nord, de même que la Banque mondiale et les autres partenaires financiers comme Exportation et développement Canada, sont essentiels à la modernisation de l’infrastructure du Sud.

Changyong Rhee a confiance dans le rôle mondial grandissant du Sud, dont les perspectives de croissance sont relativement supérieures. « Cependant, la viabilité de la chaîne d’approvisionnement mondiale n’est pas assurée pour l’Asie industrielle si l’on tient compte de trois facteurs importants. »

« D’abord, vu le surplace des économies avancées, la chute de l’emploi et la hausse du protectionnisme, il ne semble plus politiquement viable de consommer au Nord les produits du Sud, explique-t-il. Pour soutenir leur croissance, les économies émergentes devront stimuler la demande intérieure et consolider les relations Sud-Sud, notamment par l’accroissement des échanges de produits finaux. »

Ensuite, ces changements sont d’autant plus pressants avec l’expansion de la classe moyenne asiatique, qui devrait passer de 40 % à 75 % de la population entre 2010 et 2025.

« La classe moyenne asiatique grandissante infléchit déjà les préférences locales. On y consomme avidement les iPad et les produits italiens de luxe, ce qui donne à l’Asie l’occasion d’orienter sa production vers la demande intérieure. » Changyong Rhee estime par ailleurs que cette tendance montre le potentiel grandissant de l’Asie en tant qu’importateur de produits haut de gamme du Nord.

Enfin, les cours croissants de l’énergie et des ressources naturelles menacent la viabilité du modèle commercial actuel qui, de façon générale, a incité les économies avancées à déplacer leur production vers le Sud, certes pour économiser, mais également pour déjouer la réglementation environnementale plus stricte de leur pays. Cette pratique était vue comme un générateur d’emplois et de croissance. Aujourd’hui, cependant, de nombreuses économies émergentes reconnaissent que ce modèle de croissance peu écologique n’est pas viable.

Voici donc un aperçu de la nouvelle chaîne d’approvisionnement mondiale, selon Changyong Rhee : l’Asie sera le centre de la consommation et de la production, le commerce Sud-Sud émergera comme un nouveau moteur de croissance mondiale et les modèles de production, de transport et de commerce prendront un virage vert. Il faudra libéraliser davantage le commerce des services pour accroître les échanges Nord-Sud et Sud-Sud.

Du point de vue de Sri Mulyani Indrawati, nombre de solutions inexplorées favoriseraient la croissance économique et la réduction de la pauvreté. Il faudrait surtout élaborer de nouvelles stratégies de développement – allant de la libéralisation des politiques commerciales à l’accélération de la modernisation des infrastructures – pour dynamiser la croissance de tous les pays.

Le secteur des services serait-il l’atout caché ?

L’expansion du commerce et des investissements dans le secteur des services doit être favorisée dans la nouvelle chaîne d’approvisionnement mondiale, souligne Changyong Rhee. En effet, grâce aux progrès technologiques, particulièrement dans les technologies de l’information et des communications, les marchés mondiaux s’ouvrent à une diversité croissante de services.

Le commerce des services est également un élément important pour les économies asiatiques cherchant à intégrer les jeunes travailleurs et les diplômés collégiaux qui arrivent sur le marché du travail.

Ce secteur pourrait aussi être la clé du rétablissement de l’équilibre mondial. Bien que Changyong Rhee croie que la consommation sera principalement axée sur le Sud, il n’est pas certain que les États-Unis et l’Europe en bénéficieront à court terme s’ils relancent leur secteur manufacturier. En revanche, vu leur grande part du secteur des services, les économies avancées pourraient intensifier le commerce avec le Sud, ce qui créerait des emplois et des profits au Nord : tout le monde y gagnerait.

Toutefois, le commerce des services reste relativement sous-développé en Asie, et les barrières y sont beaucoup plus importantes que dans celui des biens. Pour renforcer la nouvelle chaîne d’approvisionnement mondiale, il faudra se pencher sur la question.

L’article « Le commerce Sud-Sud, vu par des gens du Sud » est offert par le magazine d’Exportation et développement Canada, Exportateurs avertis (automne 2012). Tous droits réservés. Pour lire d’autres articles d’Exportateurs avertis, rendez-vous au www.edc.ca.

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