Haïti : quand le soleil allume les réverbères

L’énergie solaire est en plein essor en Haïti.

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À Noailles, village réputé pour sa production de fer découpé, les lampafaires solaires sont de véritables œuvres d’art. – Photo : Droits réservés

Là où la nuit noire enveloppait Haïti dès la tombée du jour, des panneaux solaires photovoltaïques apportent aujourd’hui un peu de lumière dans les rues.

Une petite révolution qui est en plein essor — jusque sur le toit d’un hôpital entièrement alimenté par le soleil.

Inauguré en mai 2013, Mirebalais se présente comme le plus grand hôpital du monde à ne fonctionner qu’à l’énergie solaire. Environ 1 800 panneaux couvrent les 18 500 m2 du toit de l’établissement, situé à 50 km au nord-est de Port-au-Prince. Le soleil qui plombe jour après jour fournit assez d’électricité pour répondre aux besoins de l’hôpital de 300 lits… et contribue à approvisionner le réseau national avec ses surplus.

L’ampleur de cette réalisation menée par l’ONG américaine Partners in Health demeure unique en Haïti. Mais elle met en lumière la popularité de l’énergie solaire, qui a le vent dans les voiles, quatre ans après le tremblement de terre de janvier 2010. Partout au pays, les concepts qui intègrent l’énergie solaire se multiplient : lampadaires (notamment sur la route de l’aéroport), écoles, orphelinats, fermes piscicoles et caféières, stations de pompage, cliniques médicales…

Dans un pays où les carences du réseau électrique provoquent des pannes de courant quotidiennes (et où presque tous les cellulaires sont munis d’une fonction lampe de poche), la solution soleil apparaît comme un remède presque parfait. Énergie non polluante, abondante et renouvelable, quoi de mieux ? Malgré des coûts qui demeurent élevés et des craintes liées au vol des panneaux, nombreux sont ceux qui en font la promotion : les ONG (la fondation Clinton, notamment), les pays étrangers (le Canada a aidé à l’installation de lumières à énergie solaire dans 40 camps de survivants du séisme), sans oublier l’État haïtien.

Celui-ci a notamment contribué au financement d’une série de lampadaires artistiques à Noailles, chef-lieu de la production de fer découpé — l’artisanat le plus réputé d’Haïti. Dans ce village situé en banlieue de Port-au-Prince, quelque 300 artisans martèlent le métal et vendent leurs œuvres dans 80 commerces dispersés dans trois rues. C’est un passage obligé de tout voyage en Haïti.

Depuis un an, Noailles profite des retombées de l’installation de réverbères le long de la Route des rails. Véritables œuvres d’art — ces lampadaires ont été conçus en hommage à Georges Liautaud, pionnier du fer découpé —, ils ont changé la vie du village, soutient Pascale Théard, porte-parole de 1804 Design, qui a coordonné l’initiative.

« Avant, Noailles était endormi dès 20 h, dit-elle. Avec la lumière, il s’est maintenant installé une vie nocturne, qui attire les gens de toute la zone. De nouvelles activités économiques naissent, des restaurants, des bars… On voit aussi des jeunes étudier sous les lampadaires, où des bancs ont été installés. » La vitalité de Noailles n’est pas due qu’à quelques poteaux lumineux, bien sûr, mais leur présence agit comme un catalyseur d’énergie.

Quand il a visité le chantier de Mirebalais, en 2012, Bill Clinton avait prédit ceci : « L’énergie solaire va transformer la vie de milliers d’Haïtiens. » Le combat n’est pas gagné. Mais de Mirebalais à Noailles, on ne contredit pas l’ancien président des États-Unis.

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