Quand les BRICS s’essoufflent

Le sommet d’Oufa aura été celui du désenchantement et du réalisme, car les BRICS courent moins vite que prévu !

(Photo : Ivan Sekretarev / AP / La Presse Canadienne)
Pour Vladimir Poutine (Russie), Narendra Modi (Inde), Dilma Rousseff (Brésil) et Xi Jinping (Chine), le sommet d’Oufa aura été celui de la désillusion. (Photo : Ivan Sekretarev / AP / La Presse Canadienne)

Les chefs d’État et de gouvernement des 19 pays qui utilisent l’euro comme monnaie ont multiplié cet été les sommets et les séances de négociations pour trouver un compromis qui permettrait à la Grèce d’obtenir de nouveaux financements et de rester dans la zone euro. Un autre sommet, tout aussi important, est presque passé inaperçu.

À Oufa, dans la république russe du Bachkortostan, les leaders du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud se sont rencontrés en juillet au septième sommet des BRICS, acronyme formé à partir de la première lettre, en anglais, du nom de leur pays.

Ces cinq pays comptent pour 20 % de l’économie mondiale. McKinsey, le plus grand cabinet de conseil et de recherche économique au monde, prévoyait en 2012 que quatre d’entre eux figureraient parmi les cinq plus grandes économies d’ici 2050. Ce sont les fleurons des pays émergents, censés propulser la croissance mondiale au cours des prochaines décennies. Mais le sommet d’Oufa aura été celui du désenchantement et du réalisme, car les BRICS, à l’exception peut-être de l’Inde et, dans une moindre mesure, de l’Afrique du Sud, ont les pieds dans le ciment et courent moins vite que prévu !

D’ailleurs, ne parlez pas trop de ciment aux Brésiliens, qui ont construit 12 stades pour le Mondial de soccer de l’an dernier et les Jeux olympiques de l’an prochain. Ces installations ont coûté 42 % de plus que prévu, et on ne voit pas le jour où elles pourront se rentabiliser.

Au pays de la samba, le moral est bas. Et le portefeuille ne se porte pas mieux. L’économie est en récession et le déficit public atteint 7 % du PIB. Petrobras, la société pétrolière nationale, a investi massivement dans la construction de plateformes sous-marines et de trois raffineries. Elle est par ailleurs impliquée dans une opération de blanchiment d’argent au bénéfice de partis ou de représentants des partis de la coalition au pouvoir, a révélé la police en 2014.

La baisse du prix du pétrole, de 46 % de juillet 2014 à juillet 2015, a mis en lumière les faiblesses de l’économie brésilienne, l’une des moins productives au monde, constate la Banque mondiale.

C’est un peu la même histoire en Russie, à la fois touchée par la glissade du pétrole et par les sanctions occidentales imposées à la suite de la crise ukrainienne. Le pays est en récession, malgré une embellie au printemps.

Les BRICS sont un groupe paradoxal. Si le Brésil et la Russie dépendent des exportations de matières premières, c’est la Chine qui dicte l’état du marché en s’imposant comme le principal importateur de pétrole au monde, et en absorbant 45 % de la production mondiale de métaux industriels. Or, le fer commence à s’accumuler dans les ports chinois, et le cours des matières premières sur les marchés mondiaux est à son plus bas depuis 2002.

L’économie chinoise réussit à atteindre les cibles fixées par le gouvernement (7 % de croissance annuelle), mais certains signes ne trompent pas. Au cours des six premiers mois de 2015, la production d’acier, les investissements dans de nouveaux chantiers résidentiels et le commerce extérieur étaient à la baisse.

De la mi-juin au 9 juillet dernier, les bourses chinoises ont perdu le tiers de leur valeur dans ce qui ressemblait comme deux gouttes d’eau à l’éclatement d’une bulle spéculative.

L’OCDE faisait remarquer en juin que les exportations du Brésil, de l’Inde, de la Russie et de l’Afrique du Sud avaient stagné — sinon reculé de façon importante — depuis quatre ans, et que la Chine semblait avoir atteint un plateau en 2014.

Alors, sur qui doit-on compter pour dynamiser l’économie mondiale ? Sur les États-Unis et les pays développés, soutient la Banque mondiale, qui constate que les pays émergents sont aux prises avec « un ralentissement structurel qui devrait durer quelques années ».

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« Alors, sur qui doit-on compter pour dynamiser l’économie mondiale ? Sur les États-Unis et les pays développés, soutient la Banque mondiale,… »

Pas surprenant, la Banque mondiale c’est les États Unis. Ils prêchent pour leur paroisse.