Quand les voisins vont mal

– chronique publiée dans L’actualité du 15 novembre 2008 –

Les entreprises canadiennes doivent tirer profit de la crise financière et économique qui secoue les États-Unis pour étendre leurs marchés.

Quelques semaines avant son assermentation, le nouveau président des États-Unis aura reçu un rapport sur l’état du monde écrit par Thomas Fingar, l’un des spécialistes du renseignement américain les plus réputés. Global Trends 2025 fera le portrait d’une planète redessinée par la mondialisation, bouleversée par les changements climatiques et menacée par l’explosion de conflits pour contrer les pénuries d’eau, d’aliments et d’énergie. Un monde où l’influence des États-Unis aura diminué.

Fingar a donné un avant-goût de ses conclusions lors d’un discours à Washington, en septembre. Selon lui, le leadership américain s’érode à une vitesse accélérée dans les domaines politique, économique et même culturel.

En mai, le journaliste américain Fareed Zakaria publiait The Post-American World , dans lequel il décrit avec détails et conviction ce nouveau monde, où la position relative des États-Unis baisse devant la montée de presque tous les autres pays.

Les événements des derniers mois ont confirmé cette tendance. « La crise financière fait mal à la marque Amérique », écrit Francis Fukuyama, professeur à l’École des hautes études internationales de l’Université Johns Hopkins. Dans l’article « The Fall of America, Inc. », publié dans Newsweek , il affirme que le modèle américain, axé sur la réduction des impôts et la déréglementation du sec- teur financier, est aujourd’hui discrédité.

Le laxisme des 25 dernières années aux États-Unis aura entraîné des résultats désas treux. Il ne s’y crée plus d’emplois, 18 millions de condos et de maisons sont vides, et les prix des résidences continuent de baisser. Le taux d’épargne croupit à un creux absolu, jamais atteint depuis 75 ans, et la dette nationale a crû de 65 % depuis l’élection de Bush : elle atteint plus de 10 000 milliards.

Tout cela pose de sérieux problèmes aux entreprises canadiennes et québécoises. Des sociétés de construction actives sur le marché américain, comme Groupe Canam, devront sans doute remercier des employés. Il sera encore plus difficile d’exporter bois d’œuvre et papier journal. Et qui, aux États-Unis, pourra s’offrir un jet d’affaires de Bombardier ? Les 10 récessions qui ont eu lieu dans ce pays depuis la fin des années 1940 n’ayant rien changé aux relations économiques et commerciales que le Canada entretient avec son voisin, on pourrait croire qu’il en sera de même cette fois-ci. Que la situation actuelle n’est qu’un mauvais moment à passer, que tout reviendra à la normale d’ici peu.

L’économiste Nouriel Roubini, de l’École de commerce Stern (Université de New York), prédit toutefois une longue récession aux États-Unis. À force de vouloir tout acheter à crédit, le consommateur américain s’est ruiné. Selon Roubini, une période prolongée de stagnation apparaît aujourd’hui comme l’éventualité le plus optimiste pour les Américains.

Il n’y a cependant pas qu’eux dans le monde. Fareed Zakaria note qu’en 2006 et 2007 l’économie de 124 pays, dont 30 en Afrique, a crû de plus de 4 %. Malgré un ralentissement de l’économie mondiale, la Chine, l’Inde, la Russie, le Brésil devraient continuer de croître de deux à trois fois plus rapidement que l’Occident.

La Chine, par exemple, songe à instaurer un plan de 50 milliards de dollars pour stimuler une économie dont la croissance n’aura été « que » de 10,4 % au premier semestre de 2008. Qu’attendent les entreprises canadiennes pour investir ce marché fabuleux ?

Les plus grandes sociétés canadiennes donnent l’exemple. Power Corporation fait des affaires en Chine depuis 30 ans, Manuvie est l’un des plus importants assureurs dans plusieurs pays d’Asie, SNC-Lavalin est active dans une centaine de pays, Bombardier est le troisième avionneur civil au monde et vend des trains dans plus de 35 pays. Fruits & Passion et La Senza, deux des plus belles PME du Québec, ont été vendues à bon prix ces dernières années, précisément parce qu’elles faisaient des affaires dans de nombreux pays autres que les États-Unis.

Il est temps de prendre le virage « monde ».

ET ENCORE

« Un gestionnaire de fonds, Antoine van Agtmael, à qui on doit l’expression “économie émergente”, a recensé les 25 entreprises qui deviendront les multinationales de demain. Elles viennent du Brésil, de Corée du Sud, du Mexique, de Taïwan, de Chine, d’Inde, d’Argentine, du Chili, de Malaisie et d’Afrique du Sud. »

Fareed Zakaria, dans The Post-American World (W.W. Norton & Company)

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Est-ce que Zakaria me lit? Ca fait des années que je dis ça!
Et ça fait des années que je dis que l’Empire américain est sur le déclin et que le 21e sera chinois. Y’a rien à faire, la démographie qui a toujours joué contre les Chinois va enfin jouer pour eux depuis que tout le monde a plus qu’un bol de riz par jour.

Ca fait des années que je dis que nos PME devraient regarder ailleurs qu’aux States même si ca sera toujours notre premier marché naturel. Nos produits, en euros et en yens,sont pas chers. Pourquoi qu’avec toutes les missions économiques que les gouvernements organisent, on est toujours dans le rouge dans nos échanges avec l’extérieur??? Pourquoi les Mexicains nous vendent-ils 5 fois plus qu’on leur vend???

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Hier on a appris que Petro-Can avait fait 1,2 milliard de profit dans le dernier trimestre! Ramené sur un an c’est la somme incroyable de 5 milliards de piasses, soit 2% des revenus de l’État canadien! Avez-vs idée de la vache à lait qu’aurait été cette cie si le gouvernement non seulement l’avait gardée (ils ont vendu leurs dernières actions l’an passé) mais si Ottawa avait étendu cette cie? Imaginez si Petro-Canada détenait 50% du marché canadien? Imaginez les milliards qui tomberaient dans les poches du gouvernement. A la place, les profits vont dans les poches des riches actionnaires.

En ce funeste anniversaire du Jeudi Noir de 1929. Le jour où la panique gagna les bourses de New York. Je préfère me rappeler de l’homme de la situation, Franklin Delano Roosevelt avec son New Deal puis son Bretton Woods.

Aujourd’hui, une fois encore, nous avons pu s’apercevoir que la crise n’est pas derrière nous. Nous sommes en plein dedans. La destruction de l’économie réelle s’accélère. Et avec les plans fous de renflouement du système, le risque d’une crise d’HYPERINFLATION augmente chaque jour! L’existence même des nations est mise en cause !

Hier, devant un parterre de dirigeants de Hedge Fund, Nouriel Roubini déclare que le pire est à venir.

La solution aujourd’hui! Dire stop à la folie de la tyrannie financière avec un VRAI Nouveau Bretton Woods!

Une bataille s’est engagée entre les dirigeants politiques autour du contenu du sommet sur la crise financière qui se tiendra le 15 novembre 2008 à Washington.

La population doit s’accaparer le débat! A toi la Parole!

David C.
david.cabas.over-blog.fr