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Quand un héritage de 670 000 $ fait perdre le sommeil

L’héritage va changer pour toujours la vie de ce couple montréalais qui attend un enfant. Alors, pourquoi Diego Padilla est-il si misérable ?

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Photo : Getty Images

Lorsque Diego Padilla a reçu, l’an dernier, un appel téléphonique d’un avocat spécialisé en droit successoral, ce Montréalais de 34 ans en croyait à peine ses oreilles. Le message ? Un vieil oncle de Diego venait de mourir et lui avait légué par testament 670 000 $. « Ça faisait plus de 15 ans que je n’avais pas vu mon oncle Carlos, alors ç’a été un gros choc, raconte Diego, un ingénieur en environnement. Pendant mon enfance, j’avais entendu dire qu’il était un homme d’affaires très habile. Quand j’ai appris qu’il m’avait laissé un héritage, j’étais donc agréablement surpris — mais aussi très soucieux. »

C’est que Diego n’est marié que depuis peu et qu’il s’inquiète au sujet du partage de sa nouvelle fortune avec sa femme, Renata, 30 ans, au cas où ils viendraient à divorcer. Avant de recevoir cette manne, le couple épargnait en vue de l’achat d’une maison dans le quartier huppé où il loue un appartement. L’héritage de Diego, évidemment, change la donne. « Une partie de moi veut protéger cet argent, et l’autre moitié veut foncer et acheter la maison de nos rêves à 1 million $, dit-il. Mais que va-t-il arriver si j’utilise l’argent de l’héritage pour acheter une maison familiale et que Renata et moi divorçons dans quelques années ? Est-ce que je vais perdre la moitié de cet argent ? »

Ce qui complique les choses, c’est que lui et Renata attendent un enfant sous peu, et Diego se sent coupable du seul fait de s’interroger sur ce qu’il devrait faire. « Je me sens comme si j’étais à une croisée des chemins. J’aime ma femme, mais je ne sais pas quoi faire avec tout cet argent. »

Pour l’instant, Diego et Renata continuent de louer un appartement de deux chambres dans le secteur de Montréal qu’ils affectionnent. « Les parents de Renata et les miens ont été locataires dans ce quartier toute leur vie, et nous avons grandi ici. Nous n’avons pas l’intention de partir », dit Diego, ajoutant que lui et son épouse se connaissent depuis l’école primaire. « Si jamais nous achetons une maison, ce sera ici », convient Renata. Or, si le loyer du couple est raisonnable (1 340 $ par mois), les prix des maisons individuelles dans ce secteur sont astronomiques — de 1 à 5 millions $.

Actuellement, les Padilla gagnent 120 000 $ par an à eux deux et ils disposent d’environ 150 000 $ dans leurs REER, leurs CELI et un compte bancaire conjoint. Ils prévoyaient d’utiliser la plus grande partie de leurs économies comme versement initial sur une maison au cours des 5 à 10 années à venir. Un mode de vie simple et un plan d’épargne ambitieux leur ont permis de réaliser de grands progrès sur le plan financier, vu leur âge relativement jeune. « Nous savions qu’il nous faudrait plusieurs années pour mettre un acompte de côté, mais nous sommes patients », dit Renata, ajoutant qu’ils mettent encore 24 000 $ de leurs revenus annuels dans leurs REER et CELI.

Bien sûr, grâce à l’héritage de 670 000 $ de Diego, le couple envisage maintenant un achat immédiat, mais Diego est incertain quant à la ligne de conduite à adopter. Incroyable mais vrai, son inquiétude sur la façon d’employer ces centaines de milliers de dollars tombés du ciel a même été la cause de nuits blanches dans leur foyer. «Franchement, dit Renata, l’héritage nous complique les choses. »

Tant Diego que Renata ont été élevés de façon modeste, et bien qu’elles aient toujours eu suffisamment d’argent, leurs deux familles évitaient les dépenses frivoles ou inutiles. L’éducation, toutefois, était prioritaire, et c’est à l’Université de Sherbrooke — Diego étudiait en génie, Renata en administration des affaires — que la relation d’amitié du couple s’est transformée en quelque chose de bien plus grand. « Nous nous sommes aperçus que nous nous entendions bien et qu’en général nous étions d’accord sur tout », dit Diego. Il y a trois ans, le couple s’est marié en grande pompe à l’église, puis s’est installé dans son appartement actuel, où il y a maintenant beaucoup de grincements de dents à propos de l’utilisation d’une grosse somme d’argent.

Renata, qui est sensible aux préoccupations de Diego concernant son héritage, a suggéré de combiner leur épargne commune avec une petite portion de l’argent légué à son mari — juste assez pour leur permettre de verser un paiement initial de 40 % sur une maison (disons quelque 400 000 $) ; pour le reste, ils contracteraient un emprunt hypothécaire. « J’aime l’idée que nous contribuions tous les deux à l’achat d’une maison, dit Renata. Je veux que Diego sente toujours que son héritage lui appartient, et peu importe sa décision, elle me conviendra. »

Une autre option que Diego envisage consiste à s’en tenir simplement à leur plan initial, soit épargner en vue d’une mise de fonds de 20 % à partir de leurs revenus de travail. Entre-temps, le couple continuerait de louer et Diego investirait l’argent de son héritage de son côté, le mettant ainsi en sécurité pour un usage ultérieur. Celui-ci s’interroge cependant sur la bonne façon d’investir ces 670 000 $. « J’ai récemment choisi seul quelques actions du secteur bancaire », dit Diego, qui se documente sur les placements depuis plusieurs mois. « J’ai toutefois réalisé que je n’aime pas les titres très volatils et je m’en voudrais si je perdais l’argent dans un krach boursier. Alors, si nous décidions d’investir cet argent au lieu d’acheter une maison, j’aurais probablement besoin qu’un conseiller m’aide à le gérer. » Or, même cette décision le rend anxieux, car il ne sait pas trop comment choisir un professionnel qualifié. « À l’heure actuelle, je pense que les marchés sont très élevés, alors je me sens paralysé. Je ne veux pas faire d’erreur avec nos économies et nos placements. »

Le manque de confiance de Diego concernant la gestion de l’argent le ramène à la case départ : devrait-il simplement acheter la maison comptant et passer à autre chose ? C’est un choix simple, dit-il, qui plus est un bon investissement pour l’avenir. « L’argent sera à l’abri grâce à la valeur nette de ma maison. Ça me plaît. Le risque, évidemment, c’est que Renata et moi divorcions et que je perdre la moitié de l’argent. Cette pensée me tient éveillé la nuit. » Et le cycle se poursuit…

Dieu merci, un heureux événement vient distraire Renata et Diego de cette indécision au sujet de l’argent : la naissance prochaine de leur premier enfant. Peu importe ce que Diego décidera de faire avec l’argent, dit Renata, ce n’est finalement pas une grande inquiétude. « Nous sommes chanceux, déclare-t-elle. Nous vivons très simplement et ne dépensons même pas ce que nous gagnons à l’heure actuelle. En plus, nos frais de garderie seront peu élevés, parce que nous avons quatre grands-parents à quelques rues de chez nous qui ont hâte de garder le bébé quand je retournerai au travail. »

En songeant à toute la chance qu’il a, Diego se rend compte qu’il est maintenant temps de prendre une décision définitive concernant l’emploi de son héritage — pour sa paix de l’esprit et celle de sa femme. « Nous avons une très belle vie ensemble actuellement. Je suis heureux d’avoir rencontré Renata. Je ne veux pas tout gâcher. »

CE QUE DISENT LES EXPERTS

Diego et Renata Padilla ont de nombreux espoirs et rêves. Avec un nouveau bébé qui s’en vient et un héritage inattendu de 670 000 $, il est compréhensible que le jeune couple ne sache pas avec certitude comment procéder. « Diego est très allergique au risque », dit Ayana Forward, planificatrice financière agréée chez Ryan Lamontagne, à Ottawa. « Mais ne rien faire avec l’argent serait une occasion manquée. »

Tatiana Terekhova, analyste financière agréée spécialisée en divorce chez Fairsplit, à Oakville, abonde en ce sens. Elle souligne également que même si la plus grande crainte de Diego est que son mariage échoue et qu’il perde son héritage, la vérité est que, avec la venue d’un enfant, sa relation avec son épouse se poursuivra indéfiniment sous une forme ou une autre. « Il est possible de faire de belles choses pour votre famille tout en mettant une partie de votre héritage à l’abri pour vous-même. » Voici ce que les Padilla devraient faire.

Acheter la maison plut tôt. Les Padilla avaient l’intention d’acheter une maison avant même que Diego reçoive son héritage. Mais ils prévoyaient de le faire dans 5 à 10 ans, lorsqu’ils auraient mis de côté un versement initial de 20 %. Il conviendrait plutôt d’avancer cette transaction et d’acheter la maison dans deux ou trois ans. « Ils devraient continuer d’économiser le plus possible ensemble à partir de leurs propres revenus, et quand ils auront mis de côté 200 000 $ — dans environ deux ans —, ils devraient acheter la maison », dit Tatiana Terekhova, ajoutant que les 200 000 $ supplémentaires pour faire un versement initial de 40 % proviendra de l’héritage de Diego.

Diego est hésitant à le faire, mais il lui faut avoir une vue d’ensemble. Utiliser une portion de son héritage pour acheter une maison sera crucial s’il veut que son mariage continue d’être heureux — sans mentionner qu’il diversifiera ses investissements. Tous nos experts croient qu’il est important que Diego fasse preuve de générosité envers sa femme. « S’il n’emploie aucune part de son héritage pour l’achat de la maison, ce sera toujours une épine dans le pied du couple, dit Tatiana Terekhova. Cela causera plus de tort à son mariage que s’il en partage simplement une petite portion. »

Il faut toutefois que Diego garde à l’esprit qu’une fois que les couples mariés ont combiné leur argent, le produit de la vente de la maison familiale en cas de divorce est divisé en deux parts égales, peu importe la provenance de l’argent. Même si Renata acceptait que Diego garde la portion d’héritage qu’il a versée en vue de paiement initial de la maison, « la vérité est que, si un divorce survenait, cet accord serait très probablement déclaré dépourvu de fondement et un litige s’ensuivrait », dit Tatiana Terekhova. Mais Diego ne perdrait pas tout : « Même s’ils divorcent, la moitié de ses 200 000 $ lui appartiendrait toujours de plein droit », ajoute Caroline Nalbantoglu, présidente de Planification financière CNal, à Montréal.

Les questions de divorce mises à part, ce plan devrait satisfaire Diego et Renata, car il garantit qu’ils partagent ensemble la responsabilité de l’acquisition et de l’emprunt hypothécaire. « Il est important qu’ils sentent que les deux contribuent, dit Tatiana Terekhova. Certes, ils pourraient acheter la maison comptant dès maintenant et avoir une résidence de 1 million $ libre d’hypothèque, mais alors à quoi aspireraient-ils ? Ils sont seulement trentenaires. C’est en travaillant ensemble qu’ils garderont leur relation en bonne santé. »

Avec un acompte de 400 000 $, les Padilla seront en mesure de rembourser aisément leur emprunt hypothécaire de 600 000 $ au moyen de leurs seuls salaires. « Les enfants changent votre vie, dit Caroline Nalbantoglu. Une partie de l’argent économisé grâce aux dépenses de restaurants et de vacances moins élevées peut être utilisée pour compenser les frais plus importants liés à l’entretien de la maison. »

Investir le reste. Diego devrait mettre les 470 000 $ restants dans un compte de placement autogéré. Ainsi, cette somme lui restera, même si le couple divorce. « Il suffit de conserver une trace écrite attestant que cet argent provient de son héritage », dit Ayana Forward. Diego devrait aussi trouver un conseiller pour l’aider à gérer son argent. « Il aime investir, mais sur le plan émotionnel, il panique », ajoute Ayana Forward. Il peut discuter avec deux ou trois conseillers avant de décider lequel engager. « Il doit prêter attention aux frais et faire faire une évaluation approfondie des risques », dit Ayana Forward. Lorsque Diego aura trouvé quelqu’un avec qui il est à l’aise, il devrait placer l’argent en vue d’un objectif à long terme, comme la retraite. « Même avec un portefeuille à faible risque composé à 50 % d’obligations et à 50 % d’actions, un rendement annuel net moyen de 4 % est réalisable avec très peu de risque », dit Tatiana Terekhova.

Ne pas oublier les impôts. Diego aura la responsabilité fiscale des intérêts et dividendes provenant de l’héritage. Il devrait utiliser tous les droits de cotisation à son REER et à son CELI, le cas échéant, pour réduire les impôts qu’il aura à payer dans les années à venir.

Revoir leurs testaments. Les Padilla doivent mettre leurs testaments à jour, nommer un mandataire et choisir un tuteur pour leur enfant. Ils devraient aussi veiller à un autre détail. « Il faut que Diego précise à qui il veut léguer l’argent de l’héritage qui se trouve dans son compte de placement, car s’il ne désigne pas Renata expressément dans le testament, elle n’y aura pas droit, dit Tatiana Terekhova. Ou il peut décider de le laisser à son enfant. La décision lui revient entièrement. »

Pour sa part, Renata peut continuer d’investir 900 $ par mois dans son propre REER, comme elle en a l’habitude. Cela constituera son bas de laine pour la retraite. En ce qui a trait à leur résidence principale de 1 million $, sa valeur continuera probablement d’augmenter de 2 % ou 3 % par an. « Ces gains seront entièrement exonérés d’impôts, dit Caroline Nalbantoglu. Au début de la soixantaine, ils auront une maison qui vaudra 2 millions $ ou plus, le pécule de retraite de Diego sera de 1,2 million $ et Renata disposera de quelque 650 000 $ dans son REER. S’ils font tout cela, lorsqu’ils repenseront à cette époque de leur vie, ils verront l’héritage de Diego comme un cadeau tombé du ciel. »

.     .     .

LEUR SITUATION

ACTIFS

Argent de l’héritage
670 000 $

Compte d’épargne conjoint
40 000 $

REER de Diego
41 000 $

REER de Renata
25 000 $

CELI de Diego
37 000 $

CELI de Renata
26 000 $

Retraite d’entreprise de Diego
15 000 $

Voiture
10 000 $

TOTAL DES ACTIFS
864 000 $

TOTAL DES PASSIFS
0 $

VALEUR NETTE
864 000 $
(total des actifs moins total des passifs)

Cet article est originalement paru dans MoneySense. Traduction : Claude Aubin

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10 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Cet article informe très mal les lecteurs des conséquences légales relatives à l’achat d’une maison avec un montant provenant d’un héritage lorsqu’un couple est marié

J’ai lu une aberration dans le texte:

«Il faut toutefois que Diego garde à l’esprit qu’une fois que les couples mariés ont combiné leur argent, le produit de la vente de la maison familiale en cas de divorce est divisé en deux parts égales, peu importe la provenance de l’argent. »

C’est faux. faux. faux.

Les sommes obtenues par succession sont exclus du patrimoine familiale (art. 415 C.c.Q.) L’argent utilisées par Diego pour acheter la maison ainsi que la plus-value que cet argent va obtenir avec les années ne fera pas partie du patrimoine familial et n’ira pas à sa conjointe en cas de divorce et ce même s’ils ont combiné l’argent de l’héritage avec de l’argent provenant de leurs épargnes (voir art. 416 à 418 C.c.Q.)

Il serait fort pertinent pour ce couple de consulter un avocat ou un notaire pour bien comprendre les droits et obligations qu’engendre le mariage…

@Juriste

L’argent de l’héritage ne fait pas partie du patrimoine familial. Par contre la maison principale en fait partie. Donc ce n’est pas faux de dire que Diego garde son argent s’il le laisse dans un compte, mais qu’il le sépare en deux (lors d’un divorce) s’il s’en est servi pour acheter une maison.

Juriste a raison, cette affirmation est fausse. Allez lire avec attention l’article 418 C.c.Q. La valeur d’un apport fait à même des biens échus d’une succession pour l’acquisition d’un bien faisant partie du patrimoine familial est déductible de la valeur nette de celui-ci.

C’est faux….

Franchement renseignez-vous avant de partager des faussetés. Il s’agit d’une notion de base en droit de la famille… même des étudiants au bacc savent ça… .

Oui, la maison principale fait partie du patrimoine familiale, mais les apports effectués sur la maison avec des sommes qui ne sont pas dans le patrimoine familial vont revenir au conjoint lors du partage du patrimoine…

Le régime matrimonial fixé par contrat de mariage (société d’acquêts ou séparation de biens) ne change rien aux règles relatives à la constitution et au partage du patrimoine familial.

Les régimes matrimoniaux et le patrimoine familial, c’est deux choses complètement différente.

En Belgique, le plus intéressant serait de creer une société, d’acheter des appartements au nom de cette société et les mettre en location (l’héritage sert à couvrir les frais de notaires, les loyers payent les mensualités). L’avantage principal est que lors du décès de Diégo, son enfant est nommé à la tête de l’entreprise (-> ne paye pas 50% impôts sur héritage) et leur pension serait assurée. Il pourrait aussi acheter sa propre maison via une société, mais ce serait madame qui serait lésée en cas de divorce (à moins de lui fournir des parts pour son apport).

Typique du gars qui mérite pas sa chance. Suite a un heritage inespéré, au lieu de partager avec celle qu’il aime (au fait l’aime t’il vraiment?) , il se fait des scenarios catastrophes et en perd le sommeil. Ont voit un gros “L” sur son front.

Il y a tellement de gars qui se sont fait lavé à la suite d’un divorce, qu’il est compréhensible qu’il ait des hésitations.

Vous avez bien raison, c’est franchement de mauvais augure pour le reste du mariage.