Que peut faire Trump contre le Canada?

Le quart de l’économie canadienne repose sur les exportations vers les États-Unis. Donald Trump peut-il vraiment fermer la frontière entre les deux pays?

(Photo: Mario Beauregard/La Presse Canadienne)
(Photo: Mario Beauregard/La Presse canadienne)

Dans cinq minutes, quand vous aurez terminé de lire cet article, plus de huit millions de dollars en biens et services auront traversé la frontière canado-américaine. Énorme! En 2015, les échanges commerciaux des États-Unis avec le Canada, leur deuxième partenaire, s’élevaient à plus de 575,5 milliards de dollars américains. Par comparaison, les échanges entre les États-Unis et la Chine, leur premier partenaire commercial, étaient de 598,1 milliards de dollars américains. Les entreprises canadiennes sont maintenant inquiètes, parce que cette relation pourrait être sur le point de s’effriter.

«Peu importe le type d’entreprise, tous sont préoccupés par le discours protectionniste de Donald Trump», dit Stéphane Forget, PDG de la Fédération des chambres de commerce du Québec, qui regroupe 60 000 entreprises et 150 000 hommes et femmes d’affaires. Le marché américain est vital pour écouler leur production. Par exemple, les entreprises québécoises ont vendu pour 59,5 milliards de dollars canadiens de produits aux Américains en 2015, contre 34,7 milliards aux Canadiens des autres provinces.

La situation est la même en Ontario: en dollars, les entreprises ont exporté presque cinq fois plus de produits vers les États-Unis que vers le reste du pays. En Alberta, c’est deux fois et demie plus. Au total, presque le quart de la production canadienne est vendue à nos voisins du Sud.

1994: L’ALENA entre en vigueur
2000: Bulle techno
2008: Grande récession
(Statistique Canada)

D’un point de vue commercial, l’économie canadienne est en quelque sorte un 51État américain, selon l’économiste Stephen Gordon, de l’Université Laval. L’avantage de cette intégration: les États-Unis sont une économie prospère, riche en occasions d’affaires. Le désavantage: Canada inc. ne peut pas faire grand-chose si le gouvernement américain décide de fermer la porte au commerce.

«Bombardier fait des affaires des deux côtés de la frontière et le Canadien National, qui a son siège à Montréal, est tout à fait intégré en Amérique du Nord. Son réseau va jusque dans le sud des États-Unis», dit Patrick Leblond, professeur à l’École supérieure d’affaires publiques et internationales de l’Université d’Ottawa et spécialiste de l’intégration économique nord-américaine.

Dans le domaine de l’automobile, en Ontario, les fabricants de pièces Magna et Linamar sont très dépendants de l’accès au marché américain, puisqu’ils font affaire avec les trois grands constructeurs automobiles américains: General Motors, Ford et Fiat Chrysler. Dans l’Ouest, les grandes entreprises du domaine de l’énergie, comme TransCanada et Enbridge, ont elles aussi des ramifications à l’échelle du continent nord-américain.

«Nous avons seulement un voisin, les États-Unis, dit Stephen Gordon. Pour aller au Mexique, il faut traverser ce pays. Pour aller ailleurs à l’étranger, il faut franchir des milliers de kilomètres d’océan. La géographie nous condamne à une certaine dépendance envers les Américains.»

Mais les États-Unis dépendent eux aussi du Canada. Selon des données de l’État canadien, près de neuf millions d’emplois aux États-Unis seraient tributaires des échanges commerciaux et des investissements avec le Canada.

Il y a toutefois une grande différence entre les deux pays. Les exportations des États-Unis vers le Canada représentent environ 1,5 % de l’économie américaine, alors que les exportations du Canada vers les États-Unis représentent 25 % de l’économie canadienne. Le Canada est donc beaucoup plus dépendant du commerce avec son voisin que ne le sont les États-Unis.

Serait-il même possible d’imaginer l’économie canadienne sans l’apport des États-Unis? «Difficilement, parce que notre relation est rentable dans les deux sens», dit Stéphane Forget, de la FCCQ.

Malgré les craintes des entreprises, il faut selon lui différencier le «candidat Trump», qui a fait des déclarations-chocs pour être élu, du «président Trump», qui pourrait bien pousser sa réflexion sur les rapports commerciaux entre les deux pays. «Je crois qu’il sera rattrapé par la réalité économique», conclut-il.

 

(Statistique Canada)

 

7

Nombre de fois qu’une voiture nord-américaine traverse la frontière durant son assemblage. (Source: Conseil nord-américain de la compétitivité)

 

25 %

Contenu américain dans les importations des États-Unis en provenance du Canada. (Source: NAFTA at 20, Congressional Research Service)

 

1,1 million

Selon le Service commercial américain à l’étranger (USFCS), l’investissement direct américain soutient 1,1 million d’emplois canadiens.

 

402 milliards

Les chiffres montrent combien notre relation économique avec les États-Unis surpasse celle avec les autres pays du monde. En 2015, le Canada a exporté pour 402 milliards de dollars de biens aux États-Unis, son premier partenaire commercial. C’est 20 fois plus qu’en Chine, son deuxième partenaire commercial.


À lire aussi:

Y a-t-il une vie après l’ALENA?


Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

12 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Vous n’êtes donc pas écoeuré de faire dans la démagogie ? Ce sera le meilleure Président de l’histoire. Simplement parce qu’il va faire le ménage. Comme c’est étrange de voir ceux qui sont d’avis contraire. Ceux qui profitent du système et ceux qui ne veulent rien perdre.

Je me demande bien ce que nos coutumiers et invétérés « american haters » pensent de tout ceci…

J’attends toujours qu’ils nous fassent savoir de quelle façon ils comptent remplacer ces échanges commerciaux et combler l’immense vide financier que ça créerait si leurs suggestions à courte vue était intégralement appliquée.

La mondialisation ne sert pas les citoyens des différents Pays.
La mondialisation ne sert pas l’environnement.
La mondialisation ne sert que le profit des transnationales et le pouvoir de l’oligarchie mondiale.

Il faut revenir à la philosophie de cette publicité des années 70:

https://www.youtube.com/watch?v=TcU04DgvzPI

Québec sait faire !
Achetez du Québec d’abord !

C’est applicable à tous les Pays.
Et chaque Pays sait faire des choses que d’autres ne savent pas.
On peut ainsi partager nos forces et non être en compétition pour écraser l’autre.
De plus, cela favorise toujours l’emploi local en développant les forces locales.
Mais bien sûr, cela enlève la possibilité pour les quelques gros riches capitalistes de faire faire leurs produits par des populations payer à des salaires de crèves faim voire d’esclavagisme.

Serge Charbonneau
Québec

Un mur autour du Québec avec ça?

Ce que vous semblez ignorer, c’est que l’économie du Québec au grand complet dépend grandement des exportations et plus particulièrement de celles vers les USA, or, en insistant fortement sur « acheter au Québec’ non seulement ferez-vous en sorte que les Québécois paieront plus cher pour plusieurs produits qui sont actuellement produits ailleurs à meilleur coût, mais en plus, les pays avec lesquels nous transigeons feront de même (acheter local et non plus chez nous…) et nos entreprises exportatrices fermeront.

Au final, vous préconisez exactement la même philosophie que Lisée et Trump ce qui, à moyen terme, est dévastateur pour ceux qui pratiquent une telle politique.

Que du vent M. Charbonneau ! Tout ce que vous avancez n’est que foutaise. Vive la RÉPUBLIQUE DE BANNE de M. Lisée !! Vous serez sûrement l’un des poissons payeur ou bien l’un des favorisés de cette république ( en petites lettre bien entendu ). Je suis beaucoup plus concerné par notre Justin que M. Trump, car ce dernier a du fonceur au lieu du mou pour le premier. L’on verra les résultats dans un proche avenir….

Oubliez le protectionniste, le vrai danger c’est les baisses d’impôt et l’allégement des réglementations qui vont nous rendre encore moins compétitifs que nous ne le sommes déjà.

À ce rythme l’attrait des USA pour les investisseurs et les professionnels de haut niveau va bientôt devenir irrésistible. Alors que nos gouvernement rament dans la direction opposée (taxent l’investissement, les riches, le carbone, hausses de tarifs, etc…) on se cherche de gros problèmes…

Une chose que Trump va bientôt faire, c’est de réduire de façon substantielle la règlementation et les impôts des sociétés ce qui aura comme conséquence que notre gouvernement n’aura d’autre choix que de faire la même chose ici sinon, gare aux délocalisations vers les USA.

Pourquoi dire que Trump veut faire des choses «contre» le Canada ou «contre» tout autre Pays alors que tout son programme concerne faire des choses «pour» son Pays ?

Les dirigeants doivent-ils travailler pour les autres Pays ou pour le leur ?
Les dirigeants doivent-ils travailler pour les transnationales ou pour leurs concitoyens ?

Serge Charbonneau
Québec

Article de peur!
Il manque dans cette analyse tronquée une donnée majeure: la balance commerciale.
Elle permet de doser et de pondérer l’annonce enflée de l’effet Trump.
Les neuf millions d’emplois générés aux É-U par les échanges représentent à eux seuls 300 milliards…
le protectionnisme des É-U a toujours existé : juste à voir le bois d’oeuvre.
L’impérialisme américain aussi.
Ce qui change et va changer encore plus, c’est aussi la dynamique à travers laquelle les É-U ont pillé le FMI depuis son existence en en détournant les fonds à leur premier profit.
Surtout en se repliant sur le suprématie factice…
Le discours de Trump, c’est du vent!

Suggestion de titre pour votre article, Monsieur Lord :
« Qui a peur du Grand méchant loup? »

À sa première journée en fonction, Trump a fait plus pour le Canada qu’Obama en sept ans. Il a pris une décision en quelques heures qu’Obama a pris plus de six ans à prendre. C’est du jamais vu. Obama a prouvé qu’il était le président états- uniens le plus anti-Canada, tandis que Trump nous prouve qu’il est le contraire du moron qui l’a précédé.

Il vient d’ accepter de mettre en marche le projet nord -sud de Keystone! C’ est très bon pour le Canada! L’ objectif premier deu président Trump est de créer des emplois! Forcément son voisin immédiat qu’ est le Canada sera proche de cette nouvelle économie et comme il a toujours été complice de l’économie américaine ; le Canada saura en tirer profit ! Donc le titre positif de cet article devrait être : Que peut faire Trump pour le Canada !!!!!!