Québec: un budget défensif en vue des élections

Le budget présenté par Raymond Bachand est «électoraliste», mais pas au sens traditionnel du terme. Il n’y a pas de bonbons pour les contribuables. C’est d’abord un budget «défensif», qui vise à contrer les attaques en prévision de la prochaine bataille électorale. Première étape d’un plan en deux temps.

Budget Bachand 2012
Photo : Jacques Boissinot/PC

Québec – Le budget déposé à Québec a de fortes chances d’être le dernier du gouvernement Charest avant les prochaines élections. Et il a été calibré en conséquence. En conférence de presse au Centre des congrès, le ministre des Finances, Raymond Bachand, a affirmé qu’il serait «fier d’aller en élections sur ce budget», un document «responsable» et «costaud».

À l’image d’une équipe de hockey qui s’apprête à entrer en séries éliminatoires, le Parti libéral du Québec commence par solidifier sa défense. C’est elle qui gagne des championnats. Un parti politique difficile à attaquer peut espérer garder le pouvoir.

L’amélioration de l’attaque viendra dans les prochaines semaines. Un plan de match en deux temps.

D’abord, le budget défensif.

Ce n’est un secret pour personne : le Parti libéral utilisera son Plan Nord en général, et l’exploitation des ressources naturelles en particulier, comme fer de lance de sa réélection. Les sondages et les groupes de discussion montrent que les Québécois sont ouverts à cette idée. De plus, elle touche le développement économique, traditionnellement une force de la marque libérale.

Mais inutile de creuser très profond pour voir apparaître les doutes. Est-ce que les Québécois vont profiter pleinement du boum minier, gazier et peut-être pétrolier de la province ? Est-ce que le profit ira au privé et les coûts au public ? Le Québec sera-t-il vendu à rabais aux entreprises étrangères ? Le fer à un cent la tonne de l’époque Duplessis continue de hanter la mémoire populaire.

Tous les partis d’opposition l’ont bien noté et tentent d’exploiter cette faille dans le roc libéral. Avec un certain succès.  Les coups du Parti québécois – «le Plan marketing du Nord» – et de la Coalition avenir Québec – «une économie de propriétaire» – commençaient à porter. Le Plan Nord risquait de se transformer en faiblesse.

Le budget tente de colmater cette brèche avec pas moins d’une dizaine de nouvelles mesures.

Parmi les plus importantes :

–  Création de Ressources Québec, une filiale d’Investissement Québec, dédiée à l’aide aux entreprises qui œuvrent dans le sous-sol québécois. Son budget sera de 486 millions de dollars sur 5 ans.

–  Ajout de 250 millions $ dans un fonds spécial, Capital Mines Hydrocarbures, afin que l’État devienne partenaire de certains projets d’exploitation des ressources naturelles. L’État puisera maintenant dans un fonds total de 750 millions pour y participer. Une mesure qui vise à contrer les attaques de la Coalition avenir Québec, qui réclame que l’État devienne actionnaire des projets.

–  Le gouvernement se réserve maintenant le droit d’exiger une participation dans les projets d’exploitation minière si une entreprise demande de l’argent public afin de construire des infrastructures, par exemple une route pour se rendre au gisement. C’était une demande de l’ancien premier ministre péquiste Jacques Parizeau.

–  Réduction des crédits d’impôts dédiés aux travaux d’exploration des minières à compter de 2014.

–  Création d’un «guichet central» pour coordonner les efforts de l’industrie et du gouvernement. Le siège social sera à Rouyn-Noranda.

–  Les nouveaux permis de recherche de pétrole et de gaz seront plus dispendieux et soumis aux enchères, comme dans d’autres provinces.

–  Augmentation du régime de redevances pour le pétrole terrestre, selon le volume de production.

Ces mesures ne satisfont pas les partis d’opposition, qui les jugent bien timides compte tenu de l’importance stratégique de ces ressources. Le gouvernement pourra toutefois dire qu’il tente d’améliorer ce «plan d’une génération».

L’autre mesure défensive concerne la gestion des finances publiques, un sous thème de l’économie. «À qui faites-vous le plus confiances pour gérer votre argent ?» sera une question importante de la prochaine campagne.

Le budget tente de briser cette impression que le gouvernement a perdu le contrôle des finances publiques.

Depuis que le gouvernement Charest a pris le pouvoir, en 2003, 49,5 milliards de dollars ont été ajouté à la dette brute, qui totalise 183,7 milliards cette année (2011-12). L’an prochain, les intérêts sur la dette vont coûter 8,2 milliards de dollars, soit 785 millions de plus que cette année.

Le gouvernement se défend en soutenant que le Fonds des générations, qui vise à réduire le poids de la dette, sera bonifié dans les prochaines années.

Le ministre Raymond Bachand a parlé d’un budget «responsable» parce qu’il protège les services publics et limite la hausse des dépenses des programmes (hors du service de la dette) à 2 %.

Le gouvernement insiste pour dire que le poids de la dette en fonction du produit intérieur brut (la taille de l’économie) est de 55 %, alors qu’elle atteint 59 % en 1998, sous le gouvernement péquiste précédent.

Le gouvernement affirme que le pourcentage du déficit sera cette année de 1 % du PIB, alors que les États-Unis (8,7 %), la France (5,4 %) et l’Ontario (2,5 %) sont dans une position beaucoup plus difficile. (Évidemment, les hausses de la TVQ et des différents tarifs depuis 2010 ont grandement aidé à stabiliser, puis réduire le déficit, qui est de 3,3 milliards cette année.)

Jouer défensif n’est toutefois pas suffisant. Avec un taux d’insatisfaction envers le gouvernement qui demeure à plus de 70 % depuis deux ans, Jean Charest doit également donner des raisons aux citoyens de voter pour lui. Il doit attaquer.

C’est la deuxième étape du plan de match gouvernemental du printemps : montrer qu’il est actif, qu’il gouverne, qu’il n’est pas à court d’idées.

D’ici la mi-mai, voici ce qui est prévu :

–  Le plan d’action vert sur les changements climatiques 2013-20 sera dévoilé sous peu, avec à la clé des investissements de 2,7 milliards de dollars. (Auto-financé, dit-on, avec les revenus du marché du carbone) ;

–  La politique d’aide aux aînés «Vieillir chez soi» 2012-17, elle aussi dotée d’un budget de 2,7 milliards sur 5 ans, sera rendue publique d’ici quelques semaines ;

–  Un nouveau plan de développement de l’industrie touristique, avec une enveloppe de 175 millions, verra le jour. Une série de mesures qui permettra aux ministres et députés libéraux de multiplier les annonces régionales ;

–  Un salon Plan Nord, dont le gouvernement est partenaire, se tiendra du 20 au 22 avril à Montréal.

–  Sans compter les annonces à venir de Gaz Metro, du CN et d’Hydro-Québec, qui lanceront des études de faisabilités en partenariat avec le gouvernement pour des projets liés au Plan Nord.

Si le gouvernement réussit à contenir les attaques sur le Plan Nord, l’économie et sa gestion des finances publiques, tout en proposant des idées qui plaisent aux Québécois sur d’autres fronts, Jean Charest sera tenté de se lancer en élections au début du mois de mai.

Le chemin vers la campagne ne sera pas simple pour autant. Les étudiants peuvent refroidir le printemps de Charest, l’économie mondiale peut se détériorer, le budget fédéral peut réserver de mauvaises surprises…

Et surtout, les intentions de vote chez les francophones doivent remonter. Pour que Jean Charest puisse espérer l’emporter, son plan de match en deux volets devra lui permettre de gagner quelques points dans ce segment clé de l’électorat qui décide de 80 % des circonscriptions au Québec.