Quel fardeau après Trudeau ?

Le plan budgétaire Trudeau-Morneau n’alourdira le fardeau de la dette fédérale ni pour les générations actuelles ni pour les générations futures.

Le premier ministre Justin Trudeau. (Photo: Jake Wright/La Presse Canadienne)
Le premier ministre Justin Trudeau. (Photo: Jake Wright/La Presse Canadienne)

Le nouveau premier ministre du Canada, Justin Trudeau, est plutôt du genre hop la vie. Mais il ne faut pas s’y tromper. Il a installé autour de lui l’équipe économique sans conteste la plus compétente à Ottawa en 60 ans. Derrière le ministre des Finances Bill Morneau, il y a les Bains, Bibeau, Brison, Duclos, Goodale et McCallum, qui ont tous, eux aussi, de solides états de service en matière économique.

La surprise, voire l’inquiétude de bien des gens, c’est de constater que le budget fédéral de mars dernier propose une suite de déficits annuels qui doivent faire augmenter la dette de 115 milliards d’ici cinq ans. Est-ce que tous ces ministres qu’on dit respectables ne seraient pas plutôt une bande d’irresponsables ?

Pas du tout. On peut critiquer les mesures du budget, comme la baisse d’impôts pour la classe moyenne, l’augmentation des allocations familiales ou l’investissement accéléré dans le logement social et les infrastructures. Mais il est impossible de prétendre que le plan financier du gouvernement alourdira inconsidérément le fardeau de la dette des contribuables d’aujourd’hui ou de demain.

ECONOMIE dette PIB
Aucun autre pays du G7 n’a un service de la dette aussi léger que celui du Canada en pourcentage de son PIB.

Le fardeau de la dette, c’est le pourcentage du revenu qui doit être consacré au paiement des intérêts. Pour les gouvernements, il s’agit du poids du service de la dette dans le revenu national (PIB), car c’est le revenu national qui est la source de leurs revenus fiscaux. Plus le poids des intérêts à payer dans le PIB est élevé, plus il faut imposer le PIB pour honorer ces paiements.

Or, comme en témoigne le graphique ci-contre, le poids du service de la dette fédérale dans le revenu national était presque cinq fois moins lourd en 2015 (1,3 % du PIB) qu’il l’était il y a 20 ans, en 1995 (6 % du PIB). En fait, l’an dernier, le gouvernement a prélevé 26 milliards de dollars en impôts pour payer les intérêts sur sa dette. Mais s’il avait dû éponger une dette aussi lourde qu’en 1995, il aurait fallu qu’il aille en chercher 118 milliards ! Aucun autre pays du G7 n’a un service de la dette aussi léger que celui du Canada en pourcentage de son PIB.

Quelle sera l’incidence du plan budgétaire de MM. Trudeau et Morneau, s’il est réalisé comme prévu, sur le poids du service de la dette fédérale dans le PIB canadien ? Minime, pour deux raisons. Premièrement, même si les déficits budgétaires envisagés doivent faire augmenter la dette de 115 milliards sur cinq ans, on prévoit généralement que le PIB va croître encore plus vite : de 420 milliards de 2015 à 2020. Deuxièmement, il est probable que le gouvernement pourra continuer d’emprunter à des taux d’intérêt très faibles. Ses nouveaux emprunts sur 10 ans portent présentement intérêt à 1,25 %. Cela veut dire que peu d’investisseurs s’attendent à une hausse généralisée des taux d’intérêt bien au-delà de ce niveau dans les 10 années à venir.

Conclusion : le fardeau de la dette fédérale ne s’alourdira ni pour les générations actuelles ni pour les générations futures. En même temps, le budget de mars dernier offre un soutien opportun à une économie qui peine à se dégager de la stagnation engendrée par la chute du prix mondial du pétrole. Avec son taux de chômage qui se promène en haut de 7 %, le principal défi du Canada n’est-il pas de créer les 300 000 emplois qu’il lui manque pour atteindre le plein emploi ?

 

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20 commentaires
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J’aime beaucoup les lunettes roses que vous portez. Je porte à votre attention deux phénomènes : 1) Le gouvernement n’a aucune projection pour nous dire quand le Canada reviendra à l’équilibre budgétaire. 2) Il y a une semaine, Justin Trudeau nous annonçait qu’il ne fallait pas faire une fixation de la cible d’un déficit de 30 milliards, qu’il pourrait donc être plus élevé. Bref, en six mois de gouvernement Trudeau, Ottawa a perdu le contrôle des finances publiques. Ça c’est inquiétant, car la journée que l’on voudra faire le ménage, et on devra le faire, il y aura alors des pleures et des hurlements, car contrairement à ce que croit le premier ministre, un budget ne s’équilibre pas tout seul.

Notre principal tort vient selon-moi qu’on présente la dette et les intérêts sur la dette comme un « fardeau », lorsqu’il faudrait plutôt positionner la dette dans la colonne des investissements. Tout comme sur la manière de financer les investissements. Ici d’ailleurs, les termes de coopération et de partenariats prennent leur vraie mesure. Puisque c’est la clef de l’investissement réussit.

Ce qui devient plus intéressants dans ce cas, c’est l’analyse de la structure de la dette. On ne s’en cachera pas, certaines dettes peuvent — ou avoir pu au fil du temps — s’être avérées inutiles. Au-delà des déficits versus pas de déficits, c’est le contrôle adéquat des dépenses et une bonne allocation des postes de dépenses qui sont susceptibles d’établir une différence, tout autant pour palier au financement des intérêts sur la dette soi dit en passant.

Je ne suis pas de ceux qui croient en une hausse très importante des taux d’intérêts avant plusieurs années. Pour pouvoir concevoir une hausse substantielle des taux d’intérêts, il faudrait : pouvoir rééchelonner les dettes ou bien les racheter ou bien les effacer en partie ou en totalité ou bien réduire la valeur de certains actifs ou une combinaison entre autre de tout cela.

De tels aménagements devraient s’appliquer alors tant aux États, qu’aux compagnies, qu’aux citoyens.

Ce qui contribue à rendre les taux d’intérêts historiquement bas : c’est la masse croissante des dettes indépendamment de la croissance du PIB, le tout couplé à la croissance insuffisante des États. — Il n’en demeure pas moins que le plan de Justin Trudeau génèrera de la croissance pratiquement mécaniquement de par la valorisation des investissements notamment dans les infrastructures et par l’effet de levier de certaines baisses d’impôts ; il faudra cependant se montrer très inventif pour contribuer à créer 300 000 nouveaux emplois ou plus ; ce qui en tous points est ce qu’il y a de meilleur pour générer un accroissement naturel de ce qu’il convient d’appeler : le bien commun.

Une répartition équitable de la richesse entre tous les canadiens pourrait certainement solutionner de nombreux problèmes. Puisque finalement ce qui compte, ce ne sont pas les dettes que contracte l’État au nom de la nation, c’est plutôt notre capacité intrinsèque de tous pouvoir parer et financer aux besoins qui satisfont à conférer une certaine valeur ajoutée à ce que devrait être l’État.

Aucun État quel qu’il soit ne peut être fort, lorsqu’il contraint une partie de la population à vivre d’expédients laissant les uns et les autres en quasi-permanence aux abois.

@M. Serge Drouginsky,

Quelques observations en rafale. D’abord, le gouvernement Trudeau n’a pas partagé la richesse. En abaissant les impôts des familles et créant un déficit, il a fait un transfert de richesse inter-générationnel. Les enfants actuels paieront demain les baisses d’impôts d’aujourd’hui. Aussi, en augmentant de quelques milliards l’impôt des « riches », le gouvernement Trudeau fait preuve d’idéologie sous prétexte de faire payer les riches, alors que parti comme il l’est actuellement, le gouvernement Trudeau aurait pu supporter un déficit supplémentaire de quelques milliards. On constate aujourd’hui, qu’il n’était pas nécessaire d’augmenter les impôts ou de réduire certains avantages fiscaux, sinon pour répondre à une idéologie centrée sur la lutte des classes!

Aussi, il va falloir arrêter de dire que les déficits sont des investissements. Le demi-milliards à Radio-Canada n’est pas un investissement, c’est une dépense pure et simple. Je veux bien investir dans les infrastructures encore faut-il que ces dernières perdurent. S’endetter sur 40 ans pour un viaduc qui va durer 20 ans, ce n’est pas investir.

@ Martin Beaulieu,

Merci pour vos commentaires. Je conçois toutefois que vous vous livrez à une relecture de mes propos qui n’est pas exacte. Je mettrai de côté les aspects idéologiques qui vous soulignez car je ne connais pas un seul parti qui n’ait pas dans son fonds de commerce la moindre petite parcelle d’idéologie. Libre à vous de souscrire aux idéologies qui vous plaisent ou de n’en souscrire fondamentalement à aucune comme c’est mon cas.

Allons par conséquent à l’essentiel.

— Vous écrivez ceci : « D’abord, le gouvernement Trudeau n’a pas partagé la richesse », c’est exact ! Si ce n’est que je n’ai jamais écrit cela. Et moins encore par le truchement de déficit public et de baisses d’impôts concédées aux classes moyennes.

Ce que j’ai écrit est ceci : « Une répartition équitable de la richesse entre tous les canadiens pourrait certainement solutionner de nombreux problèmes. » — Qu’est-ce que cela signifie ? Eh bien tout simplement que les canadiens ne payent tous pas globalement assez d’impôts. Une meilleure répartition de la richesse favorise une meilleure répartition de l’impôt.

— Vous écrivez ceci : « Aussi, il va falloir arrêter de dire que les déficits sont des investissements », hormis le fait que vous n’avez pas à me dire ce que je dois dire ou bien ne pas dire. Je suis sur ce point désolé de vous dire que vous devriez réviser quelque peu vos notions d’économie. Une part du déficit public : c’est de l’investissement. Quant aux dettes qui en résultent ce n’est pas un fardeau pour autant que nous ayons la capacité financière de parer au remboursement des intérêts sur la dette. C’est cette capacité qu’il faut cultiver et soigner. D’ailleurs, c’était un concept également adopté par Jim Flaherty.

Ce qui me semble plus intéressant, c’est la structure de la dette. Toutes les dettes ne sont pas strictement égales. Loin s’en faut.

— Finalement je n’entrerai pas dans le détail du financement de Radio-Canada. Personnellement, je trouve qu’il y a de très bonnes choses sur Ici-Radio-Canada.

Ce que j’ai écrit est ceci : « Au-delà des déficits versus pas de déficits, c’est le contrôle adéquat des dépenses et une bonne allocation des postes de dépenses qui sont susceptibles d’établir une différence, tout autant pour palier au financement des intérêts sur la dette soi dit en passant. »

En politique, ne faut-il pas procéder à des arbitrages et faire des choix ? — Il faut donc travailler sur des outils permettant d’obtenir un aide adéquate en termes de décisions. Et disposer des ressources humaines qu’il faut. Cette problématique existe aussi dans le domaine privé. De mauvaises décisions prises au plus haut niveau peuvent avoir des conséquences désastreuses. De bonnes décisions éclairées sont susceptibles d’apporter grands biens à toute la communauté.

Un peu plus et on croirait que s’endetter, c’est s’enrichir…

N’importe quoi!

Ha? et acheter une maison c’est quoi au juste?
Tu as une vision étroite de l’économie^^
Si tu investis, cela veut dire deux chose… un actif et un passif….une dette et un bien
Bien, grace auquel tu espère faire une plus value (soit en gagnant des revenus, soit en coupant des dépenses)
Le bien fondé de cet investissement dépend des bénéfices que tu veux en tirer sur le court-moyen-long terme et ses couts (incluant les intérêt et ta capacité à payer celle-ci)…comme l’auteur le démontre, notre capacité de payer à augmenter en même temps que les intérêts de la dette ont diminués
C’est une équation comptable de base
Donc parfois, en invstissant dans des programmes, tu coupes une dépense futur, ou tu te garantis des revenus futurs
Comme l’éducation, qui n’est pas une dépense mais un investissement futur… (augmentation des impots percu, augmentation de l epargne, aigmentation de la productivité et donc du PIB/personne…etc…)
On entend souvent ces deux erreurs : on va dépenser plus en éducation ou encore on va se remettre a investir en santé….
On investit en éducation (avantage économique futur) et on dépense en santé (exception faite des volets prévention qui eux donne un avantage en coupant des dépenses futures)

Y a pas une seule entreprise au monde, un seul gouvernement qui ne fonctionne pas de cette facon….
Jamais vu une compagnie avec 0 passif (dette)…elles se financent toutes grace a leurs dettes
en fait, une compagnie en santé financière, est financé en grande partie par la dette ..
N’as-tu jamais entendu l’expression : pour faire de l’argent, il faut en dépenser?
Alors oui …s’endetter c’est s’enrichir… c’est fou hein^^

Bravo Sophie ! Vous avez bien expliqué ce que la majorité des répondants ne comprennent pas et ne réaliseront sans doute jamais !

S’il existe une affirmation que je ne suis plus capable de lire, c’est bien celle de la transmission générationnelle de la dette. Même si, ici, l’affirmation est positive (« le fardeau de la dette fédérale ne s’alourdira ni pour les générations actuelles ni pour les générations futures »), il n’en demeure pas moins que l’idée reste.

À toute dette, correspond une créance. Quand une génération hérite, elle hérite de tout, pas juste d’une moitié. Si une génération voyait sa dette s’alourdir à cause la génération précédente, elle verrait aussi sa créance augmenter d’autant. Ce n’est pas une question de génération, mais de classe. La génération qui suit devra partager qui reçoit et qui pait, car ceux qui paient ne sont pas nécessairement les mêmes que ceux qui reçoivent.

Sur un autre sujet, un prêt à 1,25 % avec une inflation supérieure à ce taux, c’est pratiquement un prêt gratuit, un gouvernement serait fou de s’en passer.

30 milliards de déficits en 6 mois, si on fait une projection, ça correspond à 240 milliards sur 4 ans, 300 milliards sur 5 ans. Junior va probablement faire la même chose que son père (déficits à go-go); il ne connaît pas autre chose, mais sa fiducie ne sera pas affectée, heureusement.

Notons également qu’il n’y a rien dans le 30 milliards pour stimuler, relancer, structurer, etc. l’économie. Une bonne partie est allée à l’Afrique, à l’ONU, les réfugiés, bref des projets-chouchous de Junior.

C’est clair qu’on va payer cher pour ce gouvernement. Espérons que les dommages seront seulement économiques.

M. Fortin, j’ose espérer que vous ne croyez pas vraiment ce que vous écrivez…

Excellent article, merci. Vous devriez l’envoyer à Rona Ambrose et sa bande d’oiseaux de malheur!

C’est dommage de lire de lire de tels âneries écrit par Pierre Fortin, qui se veut d’habitude sérieux et juste. À moins que ça soit une satire cet article? Peut-être finalement …

« MacLean’s est rendu un organe de propagande pour Trudeau. J’imagine que ce sera la même chose avec L’Actualité vu que ce sont les mêmes propriétaires.

J’ai des frissons lorsque je lie que L’endettement à coup de milliard n’est pas significatif.

Lorsque vous faite le lien ou le rapport entre PIB et poids « relatif » d’une dette, je vous invite à revoir la courbe de la dette, des années concernées et quel en fut les coups sociaux sur nos systèmes. C’est le ministre Martin qui a coupé des milliards pendant 8 ans en transférant des milliards dans les frais de dépenses des provinces. Ensuite, ce fut les conservateurs qui ont sabrer partout dans nos programmes de protections sociales, mais aussi sociétaux, comme dans les domaines scientifique.

Alors, M. Fortin, je vous respecte beaucoup, mais reprenez l’analyse en fonction des impacts et n’encouragez pas un gouvernement de libéraux à refaire ce que Trudeau père à fait en nous amenant à des déficits impressionnants.

Quand je lis Pierre Fortin le ciel est bleu !!! Quand le père PET a ouvert la machine , il a endetté le Canada et on venait tout juste dernièrement de voguer dans des eaux moins troubles et il ne faut pas oublier que le Canada est un très grand pays avec un très petit PIB ! Donc il faut constamment y faire attention ! La population devrait doublé et on aurait aucun problème à gouverner avec des déficits récurants de près de 30 milliards de dollars !
M. Fortin votre optimiste est hilarent et vous voyez la même chose pour le Québec une province qui perd à tous les jours son pouvoir économique !

Veuillez svp lire sophie le 8 juin 2016 à 8 h 53 min. Quand on emprunte sur 10 ans à 1,25 %, c’est beaucoup plus facile de rentabiliser une dette.

Bombardier et Aveos ne sont manifestement pas sur la liste des « investissements » de Trudeau. Ça me fascine, les Québécois qui votent pour un parti historiquement anti-Québec.