Qui est riche ?

Un économiste italien, Vilfredo Pareto, écrivait il y a un siècle qu’on ne sait pas où commence la richesse, pas plus qu’on ne sait où s’amorce la vieillesse. Être riche est aussi subjectif et relatif qu’être jeune ou vieux. Par exemple, un médecin spécialiste considéré comme riche à Sherbrooke ferait partie de la classe moyenne à Manhattan ou à Dubaï.

Photo : Graham Hughes/PC

Selon les magazines Forbes et Canadian Business, le Québec compte 13 milliardaires, dont les Desmarais, Coutu, Saputo et Beaudoin. Ils représentent 18 % des Canadiens dont la valeur du patrimoine dépasse le milliard. Eux, incontestablement, sont très riches.

Le Québec comptait aussi en 2009 quelque 2 400 particuliers dont les revenus annuels atteignaient le million de dollars. Ces chanceux – 0,04 % des contribuables – se retrouvent aussi dans le groupe des riches. C’est après qu’il devient plus dif­ficile de déterminer qui est véritablement riche.

Si on divisait la société québécoise en cinq groupes égaux en nombre, les revenus des ménages du quintile supérieur se situeraient en moyenne à 140 000 dollars – le double des revenus moyens de l’ensemble des ménages. Les gouvernements ont cependant une autre façon de déterminer la richesse : le palier supérieur d’imposition.

Le ministre québécois des Finances et de l’Économie, Nicolas Marceau, veut ajouter un palier de 25,75 % pour les Québécois qui déclarent des revenus imposables de plus de 100 000 dollars.

« Taxer les riches » ne veut pas dire la même chose à Ottawa et à Washington. Au fédéral, le taux supérieur d’imposition s’applique au-delà de 132 406 dollars. Aux États-Unis, le président Obama aimerait hausser les impôts des contribuables gagnant plus de 200 000 dollars et des ménages ayant des revenus supérieurs à 250 000 dollars.

Si le fisc québécois paraît si gourmand, c’est qu’il y a peu de riches au Québec : seulement 16 % des Canadiens qui touchent des revenus supérieurs à 100 000 dollars y vivent. Avec une population pres­que deux fois moindre, l’Alberta en compte 19 %.

Le phénomène s’observe même si on abaisse le critère de comparaison : à peine 24 % des familles ou personnes seules au Québec gagnent plus de 80 000 dollars par année, alors que la moyenne est de 31,8 % au Canada et de 35,1 % en Ontario.

Non seulement il y a davantage de riches dans les autres provinces, mais ils sont aussi plus riches ! Ils avaient des revenus de 20 % à 22 % supérieurs à ceux des Québécois de même statut social en 2007-2008, après les impôts et les transferts.

Qu’importe, diront certains. Assurons-nous que les riches québécois paient leur « juste part » d’impôts et contribuent au bien public. Cela semble être le cas. Les particuliers déclarant des revenus de 100 000 dollars et plus ont payé le tiers de tous les impôts sur le revenu du Québec en 2009, même s’ils ne représentaient que 4,1 % des contribuables. Les impôts qu’ils ont payés étaient donc huit fois supérieurs à leur poids démographique.

Jacques Nantel, professeur à HEC Montréal, s’est demandé récemment dans son blogue du jour­nal Les Affaires ce que les riches faisaient de leur argent. La réponse : ils paient proportionnellement de trois à quatre fois plus d’impôts que la moyenne des ménages, épargnent 2,3 fois plus, investissent deux fois plus dans leur éducation et celle de leurs enfants, et donnent – toujours proportionnellement – deux fois plus aux œuvres caritatives.

L’une des conséquences du manque de riches à laquelle on pense moins, c’est que le Québec ne compte que pour 10 % des dons philanthropiques au Canada. Voilà qui est fâcheux pour les 16 318 organismes québécois qui peuvent délivrer des reçus fiscaux (et les 20 000 qui n’en donnent pas).