Qui paie votre conseiller financier?

En comprenant la rémunération de votre représentant, vous saurez s’il travaille dans votre intérêt… ou le sien.

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Illustration: Catherine Ocelot

Un des plaisirs de Jean Dupriez, planificateur financier depuis 30 ans, c’est de se faire demander combien il gagne. Question à laquelle il répond sans gêne, en long et en large. Mais il n’en a pas souvent l’occasion : « Moins d’une personne sur 50 ose aborder le sujet », dit l’auteur du livre Savoir choisir son conseiller financier (Édival, 2010).

La quasi-totalité des ouvrages sur la planification financière ainsi que l’Autorité des marchés financiers (AMF) encouragent à poser la question : « Comment êtes-vous rémunéré ? » Et pour cause. « La réponse aide à déterminer si le conseiller travaille pour vous ou pour lui-même », explique Jean Dupriez.

Plus encore, cette information permet de comprendre ce que vous payez, directement ou indirectement, à votre conseiller. Des sommes parfois déduites de vos placements qui, à long terme, peuvent en réduire le rendement de dizaines de milliers de dollars.

Tout le monde doit gagner sa vie, et les conseillers financiers ne font pas exception. Le type de rémunération varie toutefois d’un expert à l’autre, et d’un produit à l’autre. D’où l’importance de prendre le temps de comprendre les nuances.

Certains conseillers sont salariés. Ceux qui travaillent pour une grande institution financière, notamment. Leur rémunération annuelle est habituellement augmentée par des primes de vente versées par leur employeur. On ne s’en étonnera pas, ces salariés proposent uniquement les produits de ce dernier. Tant pis si des titres aux rendements supérieurs ou assortis de frais moins élevés existent ailleurs sur le marché.

Un conseiller salarié convient généralement aux besoins des petits épargnants, estime Jean Dupriez. « À cette étape, l’important est surtout de mettre de l’argent de côté. » Une fois que vos économies dépassent 30 000 dollars, mieux vaut, à son avis, traiter avec un professionnel en dehors des banques.

La grande majorité de ceux-ci sont payés à la commission. « Pour bien des gens, commission égale conflit d’intérêts », dit Robert Frances, PDG du Groupe financier Peak, une société de courtage indépendante. Dans les faits, l’équation n’est pas si simple !

Dans le cas des fonds communs de placement, le conseiller reçoit généralement deux commissions, qu’il partage avec la société à laquelle il est rattaché. Les pourcentages varient selon le type de fonds (actions ou obligations) et de frais — c’est-à-dire payables soit à l’entrée (à l’achat, dans le jargon) ou à la sortie (au rachat).

Lorsque vous achetez des fonds avec frais de sortie, le conseiller reçoit une commission allant jusqu’à 5 % de l’investissement, que lui verse le gestionnaire du fonds (l’entreprise qui administre le placement). À cela s’ajoute une commission de suivi annuelle, également versée par le gestionnaire du fonds, d’un maximum de 0,5 % de la valeur de l’actif, et ce, tant que l’investissement est conservé.

À court terme, cette formule est intéressante pour le conseiller… mais moins pour le client. Car si celui-ci retire ses billes avant un nombre d’années déterminé — généralement six ou sept ans —, il paie une pénalité importante sur la somme retirée. « En moyenne, elle est de 6 % et diminue graduellement dans le temps », explique Jean Dupriez.

Dans le cas des fonds avec frais d’entrée, le client paie lui-même, au moment de la transaction, une commission de 0 % à 5 %. Qui choisit le taux ? Le courtier ! « La plupart facturent 0 % », dit Léon Lemoine, planificateur financier à Gestion Ethik. N’hésitez donc pas à négocier… ou à aller voir ailleurs.

Avec ce produit, le client n’est pas captif. Le conseiller y trouve également son compte, puisque la commission de suivi annuelle, versée par le gestionnaire du fonds, est plus élevée et peut atteindre 1 % de la valeur de l’actif.

Un conseiller qui propose des fonds avec frais d’entrée de 0 % est manifestement là pour le long terme. Avec cette formule, les intérêts de tout le monde se rencontrent, dit Jacques Lépine, directeur général de Placements Manuvie au Québec : « Si le client obtient de bons conseils, la valeur de son portefeuille augmentera, tout comme la rémunération du conseiller. »

Tous les fonds communs de placement sont offerts avec ces deux structures de frais (et parfois même une troisième, mixte). Alors n’hésitez pas à insister pour avoir la formule avec frais d’entrée à 0 %.

Peu importe ce que vous choisirez, sachez que tous les fonds sont assortis de frais de gestion (de 1 % à 2 %), que le gestionnaire du fonds déduit du rendement annuel. Depuis juillet 2014, le conseiller est légalement tenu d’informer son client des frais de gestion.

Pour ceux que le concept même de commission horripile, il existe des conseillers rémunérés au moyen d’honoraires. Ils prélè­vent un pourcentage annuel — généralement en deçà de 1,75 % — des actifs sous leur gestion, peu importe que leur valeur monte ou baisse. Il ne s’agit pas d’une commission, puisque l’argent vient de vos poches plutôt que des coffres de l’entreprise qui offre le produit. Plus la valeur de votre portefeuille est élevée, plus votre pouvoir de négociation est grand. Mais votre actif doit être d’au moins 100 000 dollars.

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Pour savoir à qui on a affaire

Pour s’assurer qu’un conseiller a le droit de vendre les placements qu’il offre : le Registre des entreprises et individus autorisés à exercer, dans le site Web de l’Autorité des marchés financiers (AMF). Pour savoir comment vérifier ses antécédents disciplinaires : le site de la Chambre de la sécurité financière. Impossible cependant de s’assurer qu’un conseiller qui se dit indépendant l’est réellement. « Le terme n’est pas réglementé, explique Robert Frances, PDG du Groupe financier Peak. N’importe qui peut le mettre sur sa carte. »

À compter de juillet 2016

Les relevés de placements devront indiquer clairement les frais payés au cours de l’année, ainsi que le rendement, que vous pourrez comparer avec un indice de référence. Vous saurez alors si votre conseiller vous en donne pour votre argent.

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13 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Qui paie? Au final, TOUJOURS le client.

pour répondre à François 1, je dirais que je ne peux quant même pas m’attendre à ce que ce soit mon conseiller financier qui me paye
pour ses services

Effectivement mais si vous achetiez des FNB, vous n’auriez pas à engraisser un « conseiller financier » qui, selon les stats, n’arrive pas, dans plusieurs cas, à « battre le marché ».

Ce conseil…je vous l’offre GRATUITEMENT!

Si je gère mon portefeuille directement sur les places boursières je devrai y consacrer énormement de temps à suivre l’évolution des bourses, des sociétés et de l’économie en générale.
Je n’en ai ni le temps, ni les connaissances.
Aussi, je mandate mon conseiller.
Je suis son client et je le paie pour son travail.
Donc, quand vous dite: « au final TOUJOURS le client » ce qui semble sous-entendre une certaine dose ce cynisme, je répons « bien évidemment et c’est normal ».

Quel que soit le produit que vous achetez, c’est la même chose, c’est le client qui paye. Je ne connais personne qui fait du bénévolat pour gagner sa vie, je ne comprends pas votre commentaire.

Titre de l’article: « Qui paie votre conseiller financier? ».

Je réponds: Le client.

Y a-t-il quelque chose que vous ne comprenez toujours pas là-dedans?

Il n’est pas toujours clair de savoir le rendement est affiché AVANT ou APRES frais de gestion. J’ai deja eu 2 sons de cloches différents par des conseillers financiers (indépendants ou salariés). Y a t’il une réglementation qui encadre cet affichage?
Sinon, vous pourriez parler aussi dans votre article des fonds de travailleurs. Ceux-ci ont des frais de gestion plus bas que ceux des fonds communs de placement et les représentants locaux qui sont des salariés des entreprises partenaires (souvent des milieux syndiqués) sont bénévoles et ne touchent aucune commission pour représenter les fonds de travailleurs. Ils ne sont pas conseillers financiers, mais cela peut être une une option intéressante pour ceux interessés a faire croire leur épargne en investissant dans l’économie québecoise, en maximisant leurs investissements grâce aux crédits d’impots additionnels dont ne bénéficient pas les fonds traditionnels. Juste a titre de comparaison, la performance du fonds de solidaritéde la FTQ a été très bonne en 2015 (9,6%) et si on ajoute a cela, les crédits d’impots cela représente un rendement au dela de 12% pour l’année 2015. Peu de conseillers financiers en parle car le fonds de solidarité ne rémunere pas les conseillers financiers a la commission.

Pourquoi ces frais ne seraient-ils pas facturables hors des rendements du fonds? Ainsi nous pourrions les déduire de nos impôts. Consommateurs, unissons-nous pour changer le système.

Enfin…je suis heureuse de constater qu’à partir de juillet 2016 les relevés de placements devront indiquer clairement les frais payés au cours de l’année.
J’avais souvent fait cette demande à mon conseiller de Groupe Investors mais sans réponse précise. C’est mon nouveau conseiller qui a fait un travail rigoureux, mes frais de gestion chez Investors étaient de 2.6%.

C’EST BIEN BEAU DE PARLER DES FONDS COMMUNS, SEULEMENT DE CES FONDS LÀ….MAIS RECTIFICATION, IL EXISTE LA POSSIBOLITÉ D’ACHETER DES FONDS….DISTINCTS QUI PERMETTENT DE TRANSFERER 10 % DU CAPITAL INVESTI, CHAQUE ANNEE, (TRANSFERT AUTOMATIQUE EFFECTUE PAR LA COMPAGNIE EMETTRICE) DONC , SI LE CLIENT A BESOIN D’ARGENT, CELA LUI DONNE UNE CERTAINE FLEXIBILITE DE RETRAIT SANS FRAIS….FRAIS QUI PEUVENT ETRES TRES BAS SUR LE MONTANT DU RETRAIT SI PLUS QUE 1O %…..MAIS AU BOUT DE 5 ANS, LE CLIENT A DEJA 50% DE SON ARGENT SANS FRAIS…..LORSQUE L’ON VEUT PRESENTER UN ARTICLE COMME CELUI-LA…..IL FAUT PARLER DE TOUT CE QUI SE FAIT SUR LE MARCHE, SANS PRECHER POUR SA PAROISSE…..CLAUDE K,