Qu’ont en commun l’iPhone et un cure-dent?

L’iPhone d’Apple fête ses 10 ans. Qu’en penserait Adam Smith, l’économiste du XVIIIe siècle considéré comme le père du capitalisme? 

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(Photo: Pexels)

L’iPhone 7, un autre chef-d’œuvre de design et d’ingénierie, est bourré de fonctionnalités améliorées. Adam Smith, le fondateur de l’économie moderne, serait probablement émerveillé. L’achèterait-il? Entrevue posthume avec le célèbre penseur.

(Les citations qui suivent sont toutes tirées de l’ouvrage Théorie des sentiments moraux, d’Adam Smith, publié en 1759.)

Que pensez-vous du nouvel iPhone? Qu’est-ce qui plaît tant à ceux qui l’achètent?

Combien de gens se ruinent, en consacrant tout leur argent à des babioles d’une utilité frivole? Ce qui plaît à ces amateurs de jouets n’est pas tant l’utilité que ceux-ci leur procurent que l’aptitude qu’ils ont à être utiles.

Vous voulez dire que la raison pour laquelle nous voulons nous débarrasser de notre vieil iPhone est que le nouveau modèle symbolise l’utile, non pas qu’il l’est réellement? Avez-vous un exemple?

Une montre qui retarde de deux minutes par jour est, par la même raison, méprisée de celui qui s’intéresse à l’horlogerie. Il la vendra peut-être pour deux pièces, et en achètera une autre pour cinquante, parce qu’elle ne retardera que d’une minute en quinze jours. L’unique usage d’une montre est cependant d’indiquer l’heure qu’il est, et de prévenir tous les inconvénients qui peuvent résulter pour nous de ne pas le savoir précisément. Mais la personne la plus attachée à avoir une montre qui ne retarde ou qui n’avance pas d’une minute n’en est pas plus scrupuleusement ponctuelle qu’une autre, ni plus occupée de savoir précisément l’heure qu’il est. Elle s’intéresse donc beaucoup moins au but de la montre qu’à la perfection de l’objet destiné à atteindre ce but.


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Donc, même si l’appareil photo du nouvel iPhone est meilleur, on ne prendra pas de bien meilleures photos. N’empêche, les technophiles se ruent dans les magasins pour se le procurer et s’acheter des accessoires pour aller avec.

Ils en remplissent leurs poches, et font faire ensuite de nouvelles poches pour en porter un plus grand nombre. Ils marchent ainsi surchargés d’une multitude de babioles, aussi chères et aussi pesantes que toute la marchandise d’un vendeur de rue; babioles dont quelques-unes peuvent avoir une sorte de commodité, mais dont il est facile de se passer, et dont l’utilité réelle ne vaut pas la peine de s’en affubler.

D’ailleurs, quand vous parlez de babioles inutiles, quels gadgets y avait-il au XVIIIe siècle de toute façon? De quel genre de babioles parlez-vous?

D’un cure-dent, d’une machine à couper les ongles ou à curer les oreilles, ou de toute autre babiole de cette sorte.

Mais cette poursuite de babioles, qui selon vos écrits ne parvient jamais à nous rendre heureux malgré les illusions que nous pouvons nous faire, a-t-elle quand même du positif?

C’est cette illusion qui suscite et entretient le mouvement perpétuel de l’industrie du genre humain. C’est elle qui d’abord incita les hommes à cultiver la terre, à construire des maisons, à fonder des villes et des États, à inventer et améliorer toutes les sciences et tous les arts qui ennoblissent et embellissent la vie humaine.

Au final, j’en déduis que vous n’achèteriez pas le nouvel iPhone. C’est juste?

Qu’est-ce qui peut être ajouté au bonheur d’un homme qui est en bonne santé, qui n’a pas de dettes, et qui a une conscience tranquille?

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Je suis en accord avec ces énoncés, n’Est-ce pas là le syndrome « Hygrade » plus on achète, plus on « devrait être heureux….ce n’est pas le cas. Vous achetez le bidule extra high-tech et quelque temps après, un nouveau modèle est sur le marché…et il faut vous le procurer, vous vous sentez dépassé, car d’autres personnes l’ont en leur possession et vous les jalousez. C’est de la consommation excessive de ces gadgets.

On pense acheter du bonheur, mais on achète seulement une impression de moment de bonheur. C’est un éternel recommencement.