REER ou CELI?

Le compte d’épargne libre d’impôt, c’est parfois une bonne solution de rechange au REER.

Ill : Virginie Egger

En mettant sur pied le compte d’épargne libre d’impôt (CELI), en 2009, le gouvernement fédéral a offert aux Canadiens le plus important outil d’épargne depuis la création du REER, en 1957. Et sa popularité ne se dément pas. Au cours des trois premières années d’existence du CELI, 8,2 millions de personnes y ont eu recours. Jusqu’à maintenant, elles y ont déposé au total 60 milliards de dollars. Pourtant, encore aujour­d’hui, bien peu de gens comprennent le b.a.-ba de ce placement.

Le CELI permet d’investir jusqu’à 5 000 dollars par année (5 500 à compter de 2013) sans devoir payer d’impôt sur les rendements, même au moment de retirer ses économies. Les droits de cotisation inutilisés s’accumulent au fil des années, les sommes placées peuvent être retirées en tout temps, et il est même possible de les rembourser à partir de l’année suivante.

Malgré sa popularité, le CELI n’est pas toujours bien utilisé et certaines de ses règles sont méconnues. Par exemple, au cours des deux premières années d’existence du programme, 2 % des titulaires de CELI ont dépassé leurs limites de cotisation en ouvrant des comptes dans plusieurs institutions financières ou encore en redéposant des sommes qu’ils avaient retirées au cours de la même année, dépassant ainsi leur limite annuelle. Les épargnants s’exposent alors à de coûteuses pénalités : 1 % d’intérêt par mois, calculé sur l’excédent. L’Agence du revenu du Canada a géné­rale­ment accepté de ne pas imposer ces pénalités, admettant que bien des contrevenants n’avaient pas volontairement enfreint les règles, mais qu’ils les avaient mal comprises.

Dans un rapport déposé en 2010, l’ombudsman des contribuables, J. Paul Dubé, avait d’ail­leurs déploré le fait que l’Agence du revenu ait mal informé les Canadiens au sujet des règles du CELI. À la suite de ses recommandations, l’Agence a clarifié l’information affichée dans son site Web et organisé des séances de formation avec les employés des institutions financières qui offrent ce programme à leur clientèle, ce qui a permis de réduire le nombre de cas de dépassement des limites permises.

En plus d’être parfois mal compris, le CELI n’est pas toujours exploité au maximum des possibilités qu’il offre. En effet, son nom – compte d’épargne – donne à croire qu’il sert principalement à épargner, comme on le fait dans un compte bancaire, alors qu’il est plus avisé de s’en servir comme d’un outil d’investissement, selon Fabien Major, conseiller indépendant en sécurité financière et auteur du guide Investir dans un CELI. « On aurait peut-être dû l’appeler « régime libre d’impôt », pour que les gens comprennent qu’ils peuvent choisir différents types de placements, comme on peut le faire dans un REER », explique-t-il. Simon Beauchemin, conseiller en fiscalité chez Desjardins, déplore pour sa part que trop de gens se servent du CELI comme d’un compte bancaire, où ils font des retraits et des dépôts. « Si on veut que nos rendements soient à l’abri de l’impôt, on doit pouvoir en obtenir, des rendements, dit-il. Il faut laisser à l’argent le temps de fructifier. »

Le CELI permet d’épargner pour des projets à moyen ou à long terme, comme un voyage, l’achat d’un chalet ou des travaux de rénovation, précise Fabien Major. Il peut parfois aussi servir à mettre de l’argent de côté pour la retraite, plus efficacement qu’un REER. En effet, les personnes à faible revenu, qui ne paient pas d’impôt ou en  paient peu, n’ont rien à gagner de l’avantage principal du REER (une déduction d’impôt). Si elles réussissent à épargner, cet argent sera mieux placé dans un CELI, puisque les retraits ne seront jamais imposés, même si le revenu augmente plus tard.

Quels placements choisir pour son CELI ? Fabien Major recommande d’éviter ceux qui procurent des rendements anémiques et de privilégier, selon son profil d’investisseur et son horizon de placement, des fonds communs d’obligations, des fonds indiciels négociables en Bourse ou des indices obligataires.

Peu importe votre choix, il faut prendre garde aux frais : certaines institutions financières imposent des frais annuels, des frais de retrait, de transfert et de fermeture, qui peuvent être supé­rieurs aux intérêts amassés. Faites fructifier votre argent à l’abri de l’impôt, mais assurez-vous qu’il ne se retrouve pas dans d’autres poches.

***

ENTRE LE CELI ET LE REER, MON CŒUR BALANCE…

COTISER À UN REER

– Si Geneviève dépose 5 000 dollars dans un REER, elle recevra le remboursement de l’impôt qu’elle a déjà payé sur cette somme.

– Lorsqu’elle voudra retirer de l’argent de son REER, elle devra payer l’impôt sur la valeur du retrait, selon son niveau de revenu. En général, les fonds accumulés dans un REER sont utilisés au moment de la retraite. L’impôt à payer est alors généralement plus faible, car les revenus du cotisant ont diminué.

– Les cotisations annuelles de Geneviève sont limitées à 18 % de son revenu gagné l’année précédente. Ses droits de cotisation inutilisés sont reportés indéfiniment.

AVANTAGE : ÉCONOMISER POUR SA RETRAITE.

 

COTISER À UN CELI

– Si elle cotise à un CELI, Geneviève n’a pas droit à un remboursement d’impôt.

– Elle peut toutefois retirer de l’argent de son CELI dès qu’elle le veut, sans devoir payer quoi que ce soit au fisc. Par exemple, si elle a placé 5 000 dollars et que ceux-ci ont généré des gains de 1 000 dollars, elle pourra retirer ses 6 000 dollars sans payer un sou d’impôt.

– L’année après qu’elle aura puisé dans son CELI, Geneviève pourra remettre la somme prélevée, à laquelle elle pourra ajouter la cotisation de 5 000 dollars permise pour l’année en cours (5 500 à compter de 2013). Si elle n’utilise pas ses droits de cotisation, elle pourra s’en prévaloir ultérieurement.

AVANTAGE : FINANCER UN PROJET À MOYEN OU À LONG TERME.

 

L’ERREUR À NE PAS COMMETTRE

Geneviève dépose 5 000 dollars dans son CELI en janvier 2011 (cas fictif). Pour ses vacances, en juillet, elle en retire 2 000. Puis, en octobre, elle reçoit une prime à son travail et rembourse la somme retirée. En tout, elle aura donc déposé 7 000 dollars dans son CELI en 2011, soit 2 000 de plus que la limite permise. Elle devra payer une pénalité mensuelle de 1 % sur la somme excédentaire, soit 60 dollars au total. Pour respecter les règles, elle aurait dû attendre 2012 pour rembourser les 2 000 dollars retirés de son compte.

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