Régis Labeaume et Scott Walker

Scott Walker, le gouverneur républicain du Wisconsin, a été réélu mardi, survivant à un scrutin de rappel initié par les syndicats et le Parti démocrate de cet État. Cette élection risque de modifier lourdement le rapport de force entre les syndicats du secteur public aux États-Unis et l’administration des États et du gouvernement américain.

Pour réduire le déficit anticipé de 3,6 milliards de dollars de son État l’an prochain, le gouverneur avait imposé une hausse de leurs cotisations au régime de retraite et une hausse des primes de leur régime d’assurance-santé. Après dix mois, ces deux seules mesures avaient épargné 1 milliard de dollars aux contribuables du Wisconsin et avaient permis de préserver tous les services offerts par l’État. Le Wisconsin prévoit même un surplus de 150 millions de dollars à la fin de 2013.

Le gouverneur Walker s’était mis à dos les syndicats du secteur public par une série de mesures qui restreignaient en plus leur pouvoir de négociation. Les syndicats ne peuvent plus demander une hausse de la rémunération de leurs membres plus élevée que le taux d’inflation, à moins de demander une dispense par l’entremise d’un référendum auprès de la population. Les mesures prévoient aussi un vote d’allégeance syndicale annuelle et ne rend plus obligatoire le versement des cotisations syndicales. Ceci appauvrit les organisations syndicales et limitent considérablement leur pouvoir d’influence et leurs contributions au Parti démocrate.

On peut accuser le gouverneur de ne pas faire dans la dentelle. Ce qui plus saisissant, c’est de voir ce qui se passe quand il n’y a plus cette obligation d’être représenté par un syndicat et que les fonctionnaires exercent leur choix personnel. L’adhésion au syndicat des employés de l’État et de ses municipalités a baissé des deux-tiers, passant de 22 300 à 7 100, et celui du syndicat des enseignants a perdu 6000 de ses 17000 membres.

Consternés, les dirigeants syndicats ont contesté, sans succès, les mesures devant les tribunaux et ont lancé une procédure qui n’a été utilisée que trois fois dans l’histoire des États-Unis, c’est-à-dire demander par pétition la tenue d’une élection de rappel qui aurait pu conduire au remplacement du gouverneur élu en novembre 2010.

Plus d’un million de personnes ont demandé la tenue de ce scrutin, excédant de loin les exigences de la loi. Il s’est avéré que presque tous les opposants au gouverneur ont signé la pétition. L’opposant démocrate au gouverneur Walker n’a reçu hier soir que 1,1 million de votes, seulement 100 000 de plus que le nombre de signataires de la pétition. De son côté, Scott Walker a récolté 1,3 million de votes, augmentant de 52 % à 53 % son pourcentage du vote populaire.

C’est une dure défaite pour les syndicats américains qui se réclament, évidemment, de l’intérêt public et du bien commun. Le Parti démocrate sort lui aussi amoché, mais les sondages réalisés aux bureaux de scrutin après la votation, montre le président Obama nettement en avance sur son adversaire républicain Mitt Romney dans cet État. Le président n’a pas fait campagne au Wisconsin et s’est contenté d’un appui… sur Twitter. On aura vu mieux comme implication personnelle. De plus, un répondant sur six qui dit appuyer le président, a voté hier pour le gouverneur républicain.

Je retiens quelques leçons de ce scrutin. Les comparaisons sont difficiles, car le système politique américain et les lois du travail sont très différents aux États-Unis que chez nous. J’observe néanmoins que pour beaucoup de personnes les régimes de retraite du secteur public paraissent comme étant un privilège énorme et sont conscients de leur impact sur les finances publiques. Plusieurs trouvent aussi que les syndicats du secteur public exercent un rapport de force considérable face à celui des contribuables.

Ce sentiment est incarné ici par le maire de Québec, Régis Labeaume. Le maire de Québec veut « mettre fin aux vaches sacrées et aux tabous » et changer le rapport de force entre les villes et leurs employés. Il veut donner un coup de barre « magistral » dans les régimes de retraite. Celui de la ville de Québec accusera à la fin de l’année un déficit de 750 millions de dollars.

Pour changer le rapport de force, il veut que les villes québécoises obtiennent le droit de lock-out, comme les grandes villes canadiennes. Il n’aime pas non plus le système d’arbitre qui fait peser sur les épaules d’un seul individu le sort de centaines de milliers de contribuables.

C’est aux élus de décider comment doivent être gérés les fonds publics. Si les gens ne sont pas contents, il y aura des élections tôt ou tard. On l’a vu hier au Wisconsin.

 

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Excellent compte-rendu d’une histoire fascinante. Entretemps chez-nous, Elections Canada ordonne au NPD de rembourser les commandites reçues des syndicats lors du congrès du NPD.

http://www.ledevoir.com/politique/canada/351759/le-npd-doit-rembourser-ses-commandites

A suivre. Saura-t-on qui a donné, et les sommes ?

En passant, saviez-vous qu’en Alberta, selon le directeur général des élections de cette province, la Loi électorale protègerait l’anonymat de ceux qui sont reconnus coupables d’avoir enfreint la loi au chapitre du financement des partis ? Les Albertains savent que des infractions ont eu lieu mais ne peuvent pas savoir qui a fait une contribution illégale et quel parti a reçu une contribution illégale ? Faut le faire !

http://www.calgaryherald.com/news/Companies+fined+illegal+donations+Alberta+political+parties+named/6694484/story.html

Mais cela fait scandale; sait-on le Macleans y prêtera peut-être attention.

Les syndicats sont des lobbies trop puissants, particulièrement dans les villes. De là à voter des lois anti-syndicales, cela équivaut à jeter le bébé avec l’eau du bain. Des mesures correctrices sont nécessaires, mais détruire les syndicats ne fera que laisser toute la place aux patrons et une détérioration considérable des conditions de travail de tout le monde, y compris tous les jaloux qui ne bénéficie pas de telles conditions. Le résultat de cette élection ne me surprend pas. Aux É.U., les syndicats sont mal vus dans la population. Pourtant, sans bataille syndicale, leur système tellement inégalitaire serait encore pire. Triste cette guerre anti-syndicale qui se déroule au Sud de la frontière, quand on pense qu’un seul rééquilibrage des rapports de force ferait l’affaire. Je sais bien que pour M. Duhamel, ces mesures devraient être appliquées ici, mais je ne le crois pas.

Il fait si bon vivre au Royaume du «me, myself and I» (je, me, moi).

Vivement le chacun pour soi et tant pis pour les autres car «they deserve what they get» (on a ce que l’on mérite dans la vie).

Le vivre ensemble et le bien commun c’est devenu ringard et les Chartes des droits et libertés individuelles encouragent cette vision de l’humanité.

Autres temps, autres moeurs…

L’État du Wisconsin est considéré politiquement comme un État centriste et aussi comme un baromètre, ainsi les électeurs peuvent-ils choisir un président Démocrate et en même temps choisir un gouverneur Républicain. D’ailleurs, la comparaison avec Québec est très compatible puisque les gens de Québec votent souvent du « bon bord », ce qui veut dire qu’ils peuvent virer de bord au gré des élections.

Pratiquement, je ne pense pas que le Wisconsin amorce un virage idéologique (on le saura peut-être bientôt avec les présidentielles), je pense simplement que les électeurs ont choisi un candidat jeune et dynamique (Scott K Walker) contre un candidat qui inspire l’expérience (Tom Barrett). Je suppose que suffisamment de gens sont globalement satisfaits de son action comme gouverneur de l’État et qu’ils ne sont pas opposés au fait qu’on brasse « un peu » la cage des syndicats.

Ce qu’on remarque finalement, c’est que personne ou presque n’a de solution miracle pour relancer positivement l’économie à long terme. On essaye diverses solutions. Alors, dans ce genre de périodes, il devient toujours politiquement opportuniste de s’attaquer aux « vaches sacrées » et aux rentes de fait.

Cette tendance se remarque à peu près partout. Qu’on vive à Québec, Paris, Athènes ou à Madison.

Vous dites « C’est aux élus de décider comment doivent être gérés les fonds publics. Si les gens ne sont pas contents, il y aura des élections tôt ou tard. On l’a vu hier au Wisconsin »

Je suis entièrement d’accord avec vous M Duhamel, mais avec une petite nuance. Ce qu’on a vu au Wisconsin hier c’est un républicain avec un fond d’élection privé de $ 38M contre un démocrate avec $ 3M.

Ça ressemble effectivement à ce qui se passe chez-nous avec les libéraux…

Si vous cautionnez cela M Duhamel, dites-le ouvertement que Money talks mais svp, ne faites plus allusion au pouvoir du peuple car vous savez vous comme moi, qu’il est inexistant

@ lange

Ce que tu dis c’est que si on achèterait assez de pub anti-syndicat à la télé, tu finirais par devenir anti-syndical ?

M Duhamel vous abordez là un sujet vital pour l’avenir du Québec.

Je vous soumets qu’il n’y aura pas d’avenir viable à envisager pour le Québec et son économie tant que nous n’aurons pas notre Scott Walker. Tant que nous n’aurons pas réduit l’emprise légale que les syndicats ont sur le secteur public et sur les entreprises.

A l’heure actuel l’état québécois est pratiquement irréformable, noyauté qu’il est par les puissantes centrales syndicales financées royalement par des cotisations obligatoires (même quand vous n’êtes pas dans le syndicat…), sans parler des avantages fiscaux, etc…

Même la gauche n’y trouve plus son compte, tellement de richesses vont vers les employés du secteur public qu’elle n’a plus d’argent pour les projets qui lui tiennent à coeur, qui aideraient vraiment les plus démunis et l’environnement. Une gauche moderne a besoin que l’on réduise le pouvoir de ces syndicats qui la dénaturent.

Il est temps d’agir et d’oser, c’est ce que semble faire le maire Labeaume, c’est tout à son honneur espérons que d’autres suivront, qu’il aura des appuis (mais j’en doute…)

@ PBrasseur #7

« Je vous soumets qu’il n’y aura pas d’avenir viable à envisager pour le Québec et son économie tant que nous n’aurons pas notre Scott Walker. »

Avec un Scott Walker sa va tellement, mais tellement bien maintenant aux USA.

Quelle vision! Quel réalisme!
+++++++

@ David

« Ce que tu dis c’est que si on achèterait assez de pub anti-syndicat à la télé, tu finirais par devenir anti-syndical ? »

Mais c’est en plein ce qui vous est arrivé M. David.

Rappelez-vous il y a quelques années…

@ lange

Pas d’esquive. Tu dis que l’argent est le responsable du résultat (ce l’était aussi pour l’élection d’Obama en passant).

Donc tu dis que les pubs sont responsable du résultats. Donc toi, combien de pubs pour te faire changer d’idée ?

@ David

Auriez-vous l’obligeance de ne pas me tutoyer Monsieur? Est-ce trop demandé de votre part?