Revenu disponible des ménages québécois: suffit, la déprime!

Le Québec a aujourd’hui rejoint la moyenne des six autres provinces non pétrolières du Canada. Le défi consiste maintenant à dépasser cette moyenne en continuant à pousser sur l’emploi et en faisant décoller la productivité.

Photo: PraxisPhotography
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Le 18 janvier dernier, le Bulletin Flash de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) a publié l’information suivante: «Avec un revenu disponible des ménages par habitant de 26 046 $ en 2014, le Québec se classe, pour une deuxième année de suite, au dernier rang des provinces et des territoires.» Le lendemain, les manchettes ont fusé de partout: «Le Québec bon dernier au Canada», «Le Québec à la traîne», «Le Québec toujours au dernier rang», «Le Québec stagne», «Le Québec doit assumer sa pauvreté». La déprime.

Comment juger de cette situation?

Qu’est-ce que le revenu disponible des ménages et comment se compare-t-il au revenu total d’un territoire?

Pour commencer, il faut savoir de quoi on parle. Les ménages (les familles, quoi!) forment l’un des cinq grands secteurs visés par les comptes économiques de la nation. Les quatre autres sont les gouvernements, les entreprises corporatives, les établissements à but non lucratif et les non-résidents.

Le revenu total engendré par l’activité économique de ces cinq groupes sur notre territoire est le fameux produit intérieur brut (PIB). En 2014, le PIB du Québec était de 370 milliards de dollars. Les ménages ont tiré de cette production un revenu primaire de production de 259 milliards, dont environ 80 % en rémunération salariale, 10 % en revenu de travail autonome et 10 % également en revenu de capital (intérêts, dividendes, redevances, etc.). Ils ont cependant transféré 113 milliards aux quatre autres secteurs, dont 76 milliards en impôts sur le revenu et cotisations sociales aux gouvernements. En contrepartie, ils ont obtenu 68 milliards en transferts de ces autres secteurs, dont 48 milliards en prestations diverses des gouvernements (assurance-emploi, sécurité de la vieillesse, régime de rentes, aide sociale, etc.).

Le revenu disponible des ménages est précisément ce qu’il leur reste en poche après tout ce brassage (revenu primaire de production, moins transferts payés, plus transferts reçus):

Revenu primaire de production 259 milliards
moins transferts payés – 113 milliards
plus transferts reçus + 68 milliards
= 214 milliards

214 milliards, c’est le revenu dont ils disposent finalement pour consommer et épargner.

Mais si, en 2014, les ménages ont empoché 214 milliards sur les 370 qui ont été engendrés en revenu total par l’économie, où sont passés les autres 156 milliards? Tout simplement, les quatre autres secteurs les ont partagés entre eux. À chacun son revenu disponible. Par exemple, les gouvernements utilisent l’excédent de leurs revenus fiscaux sur les transferts qu’ils effectuent afin de financer des services comme la défense, l’éducation, la santé, le transport, la sécurité publique, la justice, etc. Les entreprises corporatives, elles, retiennent une partie de leur excédent d’exploitation afin de le réinvestir. Les établissements à but non lucratif nous donnent les centres de la petite enfance, les universités et l’économie sociale.

Il faut donc garder à l’esprit que ces 156 milliards ne disparaissent pas dans un trou noir, mais procurent un complément de bien-être matériel tangible aux ménages que nous sommes. Les gouvernements nous donnent accès à un éventail de services publics et d’infrastructures. L’investissement des entreprises maintient et développe notre potentiel de revenu futur. Il faudra se rappeler, dans la suite, que c’est la totalité du PIB qui contribue au niveau de vie de la nation, et pas seulement — sans nier sa grande importance — la portion que les ménages captent en privé sous forme de revenu disponible.

Les deux premières colonnes du tableau 1 reprennent le classement des 10 provinces canadiennes selon les chiffres officiels du revenu disponible des ménages par habitant en 2014 rapportés par le communiqué de l’ISQ en janvier. Les chiffres vont de 40 495 dollars au sommet en Alberta — c’était avant la dégringolade du prix mondial du baril de pétrole — à 26 046 dollars dans la cave au Québec. Cette dernière somme au Québec est égale à notre revenu disponible de 214 milliards divisé par la population moyenne de la province en 2014, soit 8,2 millions d’habitants.

Tableau 1. Revenu disponible des ménages par habitant dans les 10 provinces canadiennes en 2014 ajusté ou non pour les différences de coût de la vie interprovinciales (en dollars)

Province Revenu disponible des ménages par habitant avec ou sans ajustement pour le coût de la vie
En dollars à pouvoir d’achat variable d’une province à l’autre En dollars à même pouvoir d’achat qu’au Québec
Rang Dollars Rang Dollars
Alberta 1 40 495 1 38 066
Saskatchewan 2 32 249 3 30 314
Terre-Neuve 3 31 915 2 30 928
Colombie-Britannique 4 31 460 4 28 711
Ontario 5 29 687 7 26 327
Nouvelle-Écosse 6 27 482 10 25 833
Manitoba 7 27 478 5 27 478
Nouveau-Brunswick 8 26 912 6 26 628
Île-du-Prince-Édouard 9 26 368 8 26 090
Québec 10 26 046 9 26 046

Sources: Statistique Canada; Institut de la statistique du Québec; calculs PF.

Afin de comparer adéquatement le pouvoir d’achat des ménages des diverses provinces, il est essentiel de tenir compte des écarts interprovinciaux de coût de la vie

Comparer les niveaux de revenu des provinces sans tenir compte des importants écarts de coût de la vie qui existent de l’une à l’autre n’a cependant aucun sens. Par exemple, Statistique Canada a calculé qu’en moyenne en 2014, les prix à la consommation de ce que les ménages achetaient étaient 15 % plus élevés à Toronto qu’à Montréal. La moitié de cet écart dépend du coût du logement, qui est beaucoup plus cher pour la même qualité à Toronto; l’autre moitié provient des autres biens et services de consommation, qui sont eux aussi moins chers à Montréal. Pensons à l’électricité, aux centres de la petite enfance, à la scolarité universitaire, aux médicaments, à l’assurance automobile. Bref, en 2014, vous aviez besoin de 1 150 dollars à Toronto pour acheter ce qui coûtait 1 000 dollars à Montréal.

Les deux dernières colonnes du tableau 1 reprennent donc les chiffres et le classement des deux précédentes en les corrigeant pour les écarts de coût de la vie. Pour chaque province, le chiffre ajusté estime le revenu disponible calculé avec les prix du Québec dont il aurait fallu que ses ménages disposent pour bénéficier du même pouvoir d’achat que celui que leur ont procuré le revenu disponible et les prix avec lesquels ils ont effectivement dû composer chez eux.

Cette correction pour les écarts de coût de la vie ne modifie guère le classement du Québec. Il monte du 10e au 9e rang des provinces. On observe toutefois que le classement des cinq dernières provinces — l’Ontario, le Québec et les trois provinces maritimes (Île-du-Prince-Édouard, Nouvelle-Écosse et Nouveau-Brunswick) — est assez serré. Le revenu disponible par habitant du Nouveau-Brunswick, au 6e rang (26 628 dollars), n’est supérieur que de 3 % à celui de la Nouvelle-Écosse, au 10e rang (25 833 dollars). Étant donné la marge d’erreur qui caractérise habituellement ces estimations, on peut dire que le revenu disponible des ménages par habitant est à peu près le même dans ces cinq dernières provinces.

Le revenu disponible des ménages dans les Maritimes est soutenu par une charge fiscale nette qui est la plus légère de toutes les régions du Canada

Il est naturel de se demander comment il se fait que les ménages des trois provinces maritimes aient un niveau de revenu disponible par habitant qui est proche des sommes observées en Ontario et au Québec, alors qu’elles sont reconnues comme étant les moins riches du Canada. C’est que la charge fiscale nette que les gouvernements prélèvent sur le revenu des ménages (en impôts sur le revenu et cotisations sociales, moins prestations diverses) est nettement plus faible dans les Maritimes qu’au Québec et en Ontario. En 2014, les gouvernements ont prélevé au net 13 % du revenu disponible en Ontario et 11 % au Québec, mais seulement 5 % dans les Maritimes. Étant moins riches, ces dernières sont favorisées par des transferts fédéraux aux particuliers plus importants qu’au centre et à l’ouest du pays.

Si les ménages ontariens et québécois avaient subi une ponction fiscale nette aussi légère que dans les Maritimes, le revenu disponible par habitant au tableau 1 aurait été de 28 701 dollars en Ontario et de 27 849 dollars au Québec. L’Ontario aurait occupé le 6e rang au lieu du 7e et le Québec le 7e rang au lieu du 9e. Les deux provinces centrales auraient bel et bien devancé les trois maritimes, comme il est logique de s’y attendre.

La charge fiscale nette du Québec est inférieure à celle de l’Ontario

Il vaut la peine de signaler ici une erreur qui est récurrente au sujet de la charge fiscale nette supportée par les ménages du Québec. On s’imagine souvent que la raison pour laquelle le revenu disponible par habitant enregistré par Statistique Canada et l’ISQ au tableau 1 est plus faible au Québec est que le poids des impôts sur le revenu y est plus lourd que dans les autres provinces. Ce n’est pas du tout le cas. Que les Québécois paient plus d’impôts sur le revenu et de cotisations sociales que les autres Canadiens est tout à fait exact. Cependant, en contrepartie de ces prélèvements fiscaux plus lourds, ils reçoivent beaucoup plus de transferts gouvernementaux que leurs compatriotes des autres parties du Canada. C’est le cas, par exemple, pour les prestations d’assurance-emploi, de rentes du Québec, d’assurance parentale et d’aide sociale, pour les allocations familiales, pour la prime au travail et pour le crédit pour solidarité.

C’est pourquoi la charge fiscale nette au Québec (impôts et cotisations moins transferts) n’est que de 11 %, comme je viens de l’indiquer. Elle retranche moins d’argent au revenu disponible de l’ensemble des ménages qu’en Ontario, où elle est de 13 %. Les ménages ontariens paient moins d’impôts que les ménages québécois, mais ils reçoivent beaucoup moins de transferts gouvernementaux.

La division politique du Canada en 10 provinces ne correspond à aucune logique économique ou démographique

Un problème fondamental avec les résultats présentés au tableau 1 est qu’ils sont basés sur la division politique du Canada en 10 provinces. Le problème ici est que cette division est un pur produit des aléas de l’histoire politique du pays. Elle ne correspond à aucune logique économique ou démographique.

Sur le plan économique, le pays comprend deux sortes de provinces. D’une part, trois d’entre elles, l’Alberta, la Saskatchewan et Terre-Neuve, possèdent d’importantes réserves de pétrole. De 1998 à 2014, leur économie a «surfé» allègrement sur la vague croissante du prix mondial de cette ressource, qui est passé de moins de 20 dollars américains le baril à plus de 100 dollars. Sans surprise, on les trouve toutes les trois au sommet du classement en matière de revenu disponible par habitant au tableau 1.

D’autre part, les sept autres provinces, Québec compris, ont une dotation quasi nulle en pétrole. Elles occupent les sept derniers rangs du classement. Il va de soi que, si on veut apprécier correctement le niveau du revenu disponible des ménages par habitant du Québec, il faut le comparer à celui de provinces économiquement semblables, c’est-à-dire à celui des six autres provinces non pétrolières (les trois provinces maritimes, l’Ontario, le Manitoba et la Colombie-Britannique). Il faut sortir le pétrole du décor.

L’absence de logique démographique dans le découpage politique du tableau 1 est tout aussi évidente. En 2014, la grande province diversifiée de l’Ontario comptait 13,7 millions d’habitants, tandis que 146 000 personnes, soit 94 fois moins, habitaient la petite province agricole de l’Île-du-Prince-Édouard. Comparer une citrouille comme l’Ontario avec un raisin comme l’Île-du-Prince-Édouard n’a aucun sens. Il faut faire des regroupements afin d’atténuer les différences de taille entre les unités qui sont comparées.

Depuis 30 ans, le revenu disponible des ménages par habitant a augmenté plus rapidement au Québec que dans les six autres provinces non pétrolières, avec un certain plafonnement depuis 10 ans

Le tableau 1 est également dépourvu de toute profondeur historique. Il présente une photographie instantanée du revenu disponible des ménages par habitant en 2014 sans nous informer sur le fil de son évolution des dernières décennies. Dans le cas d’une province qui, comme le Québec, se classe au bas de l’échelle, il est primordial de savoir quelle sorte de tendance cela reflète à moyen et long terme. S’agit-il d’une province dont le revenu disponible a continuellement perdu du terrain par rapport à la moyenne des provinces comparables depuis 30 ans, ou d’une province qui s’en rapproche peu à peu, mais qui n’a pas encore fini de combler son retard? Dans le premier cas, la déprime est justifiée; dans le second, on peut et on doit garder confiance.

Pour y voir clair, le graphique 1 trace l’évolution du rapport entre le revenu disponible des ménages par habitant du Québec et celui des six autres provinces non pétrolières réunies de 1985 à 2014. L’aboutissement de la trajectoire en 2014 correspond aux données ajustées pour le coût de la vie du Québec et des six provinces qui ont été rapportées ci-dessus dans la dernière colonne du tableau 1.

Fortin-Revenu_dispo-graphique1

La tendance à long terme du revenu disponible du Québec relativement aux six autres provinces non pétrolières ressort clairement du graphique. Elle a fortement augmenté depuis 1985, avec un certain plafonnement depuis 10 ans. Il y a 30 ans, en 1985, le revenu disponible des ménages par habitant du Québec était loin derrière. Il équivalait à 90 % de celui des six provinces. Il retardait donc de 10 % sur celui des six autres provinces.

On voit que, pendant les 20 années suivantes, de 1985 à 2004, le revenu disponible a presque toujours augmenté plus rapidement au Québec que chez ses partenaires, au point que, en 2004, le Québec n’accusait plus qu’un retard de 2 % sur les six. Par la suite, de 2004 à 2014, le revenu disponible des ménages québécois par habitant a continué à progresser, mais il a cessé de grimper plus vite qu’ailleurs. Le graphique 1 montre qu’il est demeuré relativement stable, autour de 97 % de celui des six autres provinces. Le retard québécois en 2014 était de 3 %.

L’amélioration de la position comparative du Québec depuis 30 ans est principalement due à l’essor de son taux d’emploi

Qu’est-ce qui a permis à l’écart de revenu disponible par habitant du Québec avec les autres provinces non pétrolières de passer de 10 % en 1985 à 3 % en 2014, comme l’illustre le graphique 1? C’est d’abord et avant tout l’essor de son taux d’emploi.

Le taux d’emploi, c’est l’emploi total en pourcentage de la population des principaux âges actifs (les 15 à 64 ans). Le graphique 2 permet de visualiser son ascension au Québec en comparaison des six autres provinces. En 1985, il atteignait 62 % au Québec et 69 % chez les six. Le Québec accusait un retard de sept points. Trente ans plus tard, en 2015, on voit que le taux du Québec a rejoint la moyenne des provinces non pétrolières, à 75 %. Comme plus de gens au travail permettent de produire plus de richesse, l’avantage du Québec en matière de progression du taux d’emploi lui a permis de faire avancer le revenu disponible de ses ménages par habitant plus rapidement que ses partenaires canadiens. Le graphique 1 témoigne du résultat.

Le relèvement du taux d’emploi au Québec depuis 30 ans a deux causes principales: la hausse du niveau moyen de scolarisation et la politique familiale encourageant l’entrée dans la population active et permettant de mieux concilier travail et famille (congés parentaux, services de garde à tarif réduit, prime au travail, équité salariale, réforme de l’aide sociale, etc.).

Le principal frein à la progression du revenu disponible des ménages par habitant du Québec depuis 10 ans est le vieillissement rapide de sa population

Pourquoi, maintenant, comme l’indique le graphique 1, le revenu disponible des ménages par habitant du Québec a-t-il cessé de progresser plus rapidement que dans les six autres provinces non pétrolières après 2004? Comme on peut le constater en revoyant le graphique 2, ce n’est certainement pas parce que le Québec a perdu son avantage en matière d’emploi. Au contraire, de 2004 à 2014, le taux d’emploi de nos 15 à 64 ans a continué à progresser à bonne allure, pendant que celui de nos six partenaires, ayant été frappé plus durement par la récession de 2009, faisait du surplace.

Le principal frein à la lancée du revenu disponible des ménages québécois depuis 2004 a en fait été le vieillissement accéléré de la population. Les nouvelles cohortes de jeunes qui entrent dans la vie active ne sont pas assez nombreuses pour remplacer la populeuse génération des baby-boomers qui partent maintenant à la retraite. Par conséquent, la fraction de la population totale qui est plus jeune et d’âge à travailler et à produire des revenus diminue, tandis qu’à l’inverse la fraction qui est plus vieille et retraitée augmente. La même population totale doit donc se contenter d’un revenu disponible moins élevé.

Fortin-Revenu_dispo-graphique2

Le vieillissement de la population frappe tous les pays riches, dont le Canada. Mais, comme le montre le graphique 3, il est plus abrupt au Québec que dans les autres provinces. En 2000, le poids démographique des principaux âges actifs (les 15 à 64 ans) était 2 % plus important au Québec que dans les six autres provinces non pétrolières. Le fait de disposer de plus de bras et de cerveaux qu’ailleurs favorisait la production et le revenu au Québec. Le vieillissement accéléré nous a fait perdre cet avantage. Il a annulé en partie l’effet favorable de la hausse du taux d’emploi.

On peut voir au graphique 3 qu’en 2012, le poids démographique des 15 à 64 ans au Québec avait perdu son avantage de 2 % et avait déjà diminué à égalité avec celui des six provinces. Le rapport avec le niveau des partenaires va continuer à baisser d’ici 2020. À cette date, selon une projection démographique de Statistique Canada tracée sur le graphique, le poids des 15 à 64 ans sera 2 % moins important au Québec que chez ses partenaires. D’un avantage démographique de 2 % en 2000 à un désavantage de 2 % en 2020, les ménages du Québec auront donc, en 20 ans, subi une pression négative totale de 4 % sur leur revenu disponible par habitant en comparaison de celui de leurs compatriotes des six provinces.

Fortin-Revenu_dispo-graphique3

Cinq facteurs déterminent le niveau du revenu disponible des ménages par habitant

Faisons donc le point sur le revenu disponible par habitant des ménages en 2014, qui a soulevé tant d’inquiétude médiatique, puis jetons un coup d’œil sur l’avenir. Le tableau 2 sert d’appui. Il est construit en référence aux cinq facteurs déterminants du revenu disponible: la démographie, le taux d’emploi, l’intensité en heures, la productivité et le taux de rétention. Le revenu disponible des ménages par habitant croît en effet d’autant plus (1) qu’une plus grande fraction de la population fait partie des âges actifs (principalement les 15 à 64 ans), (2) qu’un pourcentage plus élevé des 15 à 64 ans (et des 65 ans ou plus!) occupe un emploi, (3) que ces personnes en emploi travaillent plus d’heures dans l’année, (4) que chacune de ces heures travaillées produit plus de richesse et (5) qu’une proportion plus importante de cette richesse est finalement mise à la disposition des ménages.

Tableau 2. Comparaison des cinq facteurs déterminants du revenu disponible au Québec et dans les six autres provinces non pétrolières du Canada en 2014a

Facteur déterminant du revenu disponible Québec Les six autres provinces non pétrolières Québec en pourcentage des six autres provinces non pétrolières
1. Démographie: population de 15 à 64 ans en pourcentage de la population totale 66 % 67 % 100 %
2. Taux d’emploi: emploi total en pourcentage de la population de 15 à 64 ans 74 % 74 % 100 %
3. Intensité en heures: moyenne des heures annuelles travaillées par personne en emploi 1 638 1 708 96 %
4. Productivité: revenu total (PIB) engendré par heure travaillée 55,67 $ 54,67 $b 102 %
5. Taux de rétention: pourcentage du revenu total (PIB) à la disposition des ménages 58 % 58 % 100 %
Total (produit des 5 facteurs): revenu disponible des ménages par habitant 26 046 $ 26 898 $b 97 %

a Les chiffres en pourcentage sont partout arrondis à l’unité de pourcentage près.
b Moyenne pondérée des sommes des six provinces ajustées pour le coût de la vie, c’est-à-dire exprimées en dollars à même pouvoir d’achat qu’au Québec (tout comme dans la dernière colonne du tableau 1).
Sources: Statistique Canada; Institut de la statistique du Québec; calculs PF.

En 2014, le revenu disponible des ménages par habitant était plus faible au Québec essentiellement parce que les personnes en emploi y ont travaillé moins d’heures dans l’année

On a pu constater, à l’examen des graphiques 2 et 3, qu’en 2014, le Québec était arrivé à parité avec les six autres provinces non pétrolières en matière de démographie (poids des 15 à 64 ans dans la population totale) et de taux d’emploi (pourcentage des 15 à 64 ans au travail).

Il reste à considérer les trois autres facteurs: l’intensité en heures, la productivité et le taux de rétention. Les données du tableau 2 établissent qu’en 2014, les personnes en emploi ont travaillé en moyenne pendant 4 % moins d’heures au Québec que dans les six autres provinces; que ces heures travaillées ont été néanmoins un peu plus productives au Québec, ayant en moyenne produit 2 % plus de revenus; et qu’un pourcentage identique de ce revenu engendré a été mis à la disposition des ménages au Québec et dans les autres provinces. (Dans ce dernier cas, les données de Statistique Canada et de l’ISQ permettent de calculer qu’en 2014, la charge fiscale nette des ménages a été de 11 % du revenu disponible au Québec et de 12 % dans les six autres provinces.)

Les résultats présentés au tableau 2 donnent une réponse claire à la question de savoir pourquoi les ménages du Québec ont disposé d’un revenu par habitant inférieur de 3 % à celui de leurs compatriotes des six autres provinces non pétrolières en 2014. C’est principalement — en fait, exclusivement — parce que les personnes en emploi ont travaillé en moyenne 4 % moins d’heures dans l’année au Québec: 1 638 heures au Québec contre 1 708 chez les six. (Le même écart de 4 % vient d’être enregistré en 2015: 1 663 heures au Québec contre 1 733 chez les six.) On constate en effet à la lecture des chiffres de la dernière colonne du tableau 2 que, dans le cas des quatre autres facteurs déterminants du revenu disponible, le rapport du Québec aux six autres provinces était égal ou supérieur à 100 %.

Il est intéressant d’observer que l’écart dans l’intensité en heures travaillées entre les femmes du Québec et celles des six partenaires est le même que l’écart entre les hommes du Québec et ceux des autres régions. Ce ne sont pas nos femmes qui tirent l’intensité relative en heures du travail du Québec vers le bas. La responsabilité est partagée entre les deux sexes. De plus, il est faux de croire que le travail à temps partiel involontaire est plus répandu au Québec que dans les six autres provinces non pétrolières. C’est en fait le contraire qui est vrai: le travail à temps partiel involontaire est moins répandu au Québec qu’ailleurs. Selon toute vraisemblance, la préférence pour des horaires de travail plus légers emporte l’adhésion volontaire de la grande majorité des travailleurs québécois. Elle s’exprime à travers leurs choix individuels ou est révélée par les conventions collectives de travail.

La conclusion suivante, bien que surprenante, est incontournable: si le revenu disponible des ménages québécois par habitant était inférieur à celui de leurs compatriotes des six autres provinces non pétrolières en 2014 (soit 26 046 dollars contre 26 898 dollars au tableau 2), c’est qu’ils ont choisi librement de renoncer à plus de revenus afin de pouvoir disposer de plus de temps libre pour vaquer à d’autres sortes d’occupations que le travail. Le revenu auquel ils ont ainsi renoncé est, pour ainsi dire, le prix qu’ils ont payé pour «acheter» plus de temps libre. Ce choix est parfaitement légitime.

Si on ajoute au revenu disponible la valeur du revenu auquel on choisit de renoncer pour se procurer un surplus de temps libre, on obtient le «vrai» niveau de vie des ménages québécois. Le calcul montre que ce vrai niveau de vie n’est pas différent de la moyenne qui est observée dans les six autres provinces non pétrolières.

À l’avenir, le Québec ne pourra en pratique réussir à dépasser la moyenne des six autres provinces non pétrolières que s’il fait mieux qu’elles en matière de taux d’emploi et de productivité

Cela ne fait pas du Québec un héros économique. On ne célèbre pas le fait d’être simplement «dans la moyenne». Mais en regardant l’avenir, est-il envisageable que le Québec réussisse à dépasser cette moyenne?

Pour la démographie, il n’y a pas grand-chose à faire. Il faudra encaisser le vieillissement de la population comme il viendra. L’idée répandue que plus d’immigration serait une solution au problème du vieillissement ne tient pas la route. Les chercheurs ont démontré cent fois plutôt qu’une que même doubler l’entrée annuelle d’immigrants internationaux de 45 000 à 90 000 au Québec éraflerait à peine la poussée du vieillissement. Les immigrants viennent dans les âges actifs, mais ils amènent avec eux leurs enfants et leurs parents inactifs, de sorte que plus d’immigration ne fait guère augmenter le poids de la population de 15 à 64 ans dans la population totale.

Pour le taux d’emploi, le Québec peut continuer à gagner du terrain sur les six autres provinces non pétrolières, par exemple s’il consolide sa politique familiale, s’il soutient la persévérance scolaire à tous les niveaux, s’il appuie les travailleurs de 55 ans ou plus qui désirent rester actifs, s’il favorise l’intégration plus rapide des immigrants à l’emploi. Cependant, plus le taux d’emploi sera élevé, plus il sera difficile de le faire augmenter. En d’autres mots, il sera plus ardu de faire passer notre taux d’emploi de 75 à 80 % dans l’avenir que de l’avoir porté de 70 à 75 % dans le passé.

Pour l’intensité moyenne en heures travaillées, il n’y a pas d’autre stratégie souhaitable que de protéger et d’étendre la liberté des ménages de choisir leurs heures comme ils l’entendent.

Pour la productivité — la valeur produite par heure travaillée —, il y a énormément de progrès à faire. La productivité au Canada est de 15 à 20 % plus faible qu’aux États-Unis et dans les pays les plus dynamiques de l’Europe. Elle croît moins vite que là-bas depuis 30 ans. De 2000 à 2014, par exemple, elle a augmenté de 22 % aux États-Unis, mais seulement de 14 % au Québec et de 12 % en Ontario. Le mal est canadien, pas spécifiquement québécois. Simplement rattraper la productivité américaine et le faire plus vite que nos partenaires canadiens — tout en respectant l’environnement! — entraînerait un essor économique considérable au Québec.

Il y a cependant loin de l’idée à sa réalisation. La productivité est un phénomène mystérieux. Il n’y a pas de recette magique pour la faire progresser plus vite. Les suggestions suivantes ne sont pas nouvelles, mais leur importance est telle qu’on ne perd rien à les remettre en œuvre:

• cultiver le talent entrepreneurial et managérial;

• combattre les monopoles;

• protéger les accords de libre-échange existants et en susciter de nouveaux;

• encourager l’expansion de multinationales québécoises;

• réviser l’efficacité et l’équité des crédits d’impôt pour la recherche et le développement;

• revoir nos façons de faire en santé et en services sociaux;

• réparer nos infrastructures et en construire d’autres;

• remplacer les crédits d’impôt de complaisance par des règles fiscales générales;

• remplacer une partie de l’impôt sur le revenu par des taxes à la consommation.

Enfin, pour le taux de rétention du revenu par les ménages, une hausse est possible si les gouvernements réduisent leur charge fiscale nette en abaissant leurs impôts sur le revenu et leurs cotisations sociales ou en augmentant leurs prestations aux particuliers. Un arbitrage est cependant inévitable ici entre consommation privée et services publics. En abaissant sa charge fiscale nette, l’État laisse plus d’argent en revenu disponible aux ménages pour leur consommation privée. Mais il s’oblige alors, par le fait même, à vivre avec moins de revenus pour financer les services publics. Le Québec peut donc opter pour une charge fiscale nette moindre s’il le désire, mais il faut comprendre que, tout comme dans le choix du temps libre, il n’y a pas de pique-nique gratuit. On peut obtenir plus de consommation privée seulement en acceptant moins de services publics, tout comme on peut s’accorder plus de temps libre seulement en acceptant un revenu moindre.

Résumé

1. En 2014, le revenu disponible des ménages par habitant enregistré par Statistique Canada et l’Institut de la statistique du Québec a été plus faible au Québec que dans toutes les autres provinces canadiennes. Le Québec s’est classé au dernier rang des 10 provinces.

2. Le revenu disponible des ménages est la portion du revenu total (PIB) d’un territoire qui finit par aboutir dans leurs poches après qu’ils eurent été rémunérés pour leur contribution à la production économique (salaires et avantages sociaux, revenu de travail autonome et revenu de capital) et qu’ils eurent échangé des transferts avec d’autres grands secteurs de l’économie (administrations publiques, entreprises corporatives, établissements sans but lucratif, non-résidents).

3. Pour obtenir le revenu disponible des ménages, il faut en particulier soustraire de leur revenu de base les impôts sur le revenu et les cotisations sociales qu’ils paient aux gouvernements, et additionner les prestations diverses qu’ils reçoivent d’eux. Au Québec, en 2014, le PIB a atteint 370 milliards de dollars et le revenu disponible des ménages, 214 milliards (58 % du PIB).

4. La portion du PIB qui n’est pas captée par le revenu disponible des ménages (156 milliards en 2014) ne disparaît pas dans un trou noir. Elle sert à financer les services publics (défense, éducation, santé, transport, justice, etc.), les infrastructures, l’investissement des entreprises, les CPE, les universités, l’économie sociale.

5. Mesurer adéquatement le pouvoir d’achat que procure le revenu disponible des ménages dans les diverses provinces exige d’ajuster le revenu disponible pour les écarts interprovinciaux de coût de la vie. Une fois cette nécessaire correction introduite, le Québec monte au 9e rang des provinces en matière de revenu disponible des ménages par habitant.

6. La charge fiscale nette que les gouvernements prélèvent sur le revenu disponible des ménages (en impôts sur le revenu et cotisations sociales, moins prestations diverses) est plus faible dans les Maritimes qu’au Québec et plus faible au Québec qu’en Ontario. En 2014, elle était de 5 % dans les Maritimes, de 11 % au Québec et de 13 % en Ontario. Cela explique le rang relativement élevé des Maritimes en matière de revenu disponible des ménages par habitant. Les Québécois, quant à eux, paient plus d’impôts que les Ontariens, mais reçoivent beaucoup plus de transferts gouvernementaux qu’eux.

7. Le classement politique des provinces en matière de revenu disponible des ménages par habitant a le défaut de mettre sur le même pied les trois provinces de Terre-Neuve, de la Saskatchewan et de l’Alberta, qui disposent d’importantes ressources pétrolières et ont grandement bénéficié du quintuplement du prix du baril de pétrole de 1998 à 2014, et les sept autres provinces, y compris le Québec, dont la dotation en pétrole est quasi nulle. Le Québec doit être comparé aux six autres provinces non pétrolières, pas aux trois pétrolières.

8. Le classement politique a aussi le défaut de mettre sur le même pied de très grandes provinces, comme le Québec et l’Ontario, et de petites provinces, comme le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard. Le Québec doit être comparé à une autre grande province, comme l’Ontario, ou à un regroupement des autres provinces non pétrolières.

9. Depuis 30 ans, le revenu disponible des ménages par habitant a eu tendance à augmenter plus rapidement au Québec que dans les six autres provinces non pétrolières. En 1985, le Québec accusait un retard de 10 %; en 2004, le retard avait diminué à 2 %. Depuis 2004, cependant, l’écart entre le Québec et les six a cessé de diminuer. Il est resté à peu près stable autour de 3 %.

10. L’amélioration du revenu disponible des ménages par habitant du Québec relativement à ses six partenaires non pétroliers depuis 30 ans est principalement due à l’essor considérable du taux d’emploi de la population québécoise des principaux âges actifs. En 1985, le taux d’emploi des 15 à 64 ans était de 62 % au Québec et de 69 % dans les six provinces. En 1975, il était de 75 % dans les deux régions.

11. Le plafonnement du rapport entre le revenu disponible des ménages par habitant du Québec et celui des six autres provinces non pétrolières depuis 10 ans est en bonne partie attribuable à la chute dramatique du poids de la population québécoise des principaux âges actifs (les 15 à 64 ans) en pourcentage de la population totale. Le poids démographique des 15 à 64 ans va continuer à diminuer plus vite au Québec que dans les six provinces au moins jusqu’en 2020.

12. Cinq facteurs déterminent le niveau du revenu disponible des ménages par habitant: le poids démographique des 15 à 64 ans, leur taux d’emploi, leur nombre moyen d’heures annuelles travaillées, leur productivité (production par heure travaillée) et la fraction du revenu total (PIB) qui est mise à leur disposition pour leur consommation et leur épargne privée.

13. En 2014, le Québec était à parité (ou mieux) avec les six autres provinces non pétrolières dans toutes ces dimensions, sauf pour l’intensité en heures annuelles travaillées. Les personnes en emploi ont travaillé en moyenne 1 638 heures dans l’année au Québec et 1 708 heures dans les six autres provinces non pétrolières. Cette différence de 4 % dans l’intensité en heures est amplement suffisante pour expliquer le retard de 3 % des ménages québécois par rapport aux six autres provinces en matière de revenu disponible par habitant.

14. Le choix individuel et collectif de travailler moins d’heures afin de s’accorder plus de temps libre est parfaitement légitime. Si on ajoute au revenu disponible la valeur du revenu auquel on accepte de renoncer pour se procurer ce surplus de temps libre, il s’ensuit que le vrai niveau de vie des ménages québécois n’est pas différent de la moyenne qui est observée dans les six autres provinces non pétrolières. Pas supérieur, mais pas inférieur non plus.

15. À l’avenir, le Québec peut réussir à dépasser la moyenne des six autres provinces non pétrolières. Il sera obligé d’encaisser le vieillissement démographique, et il aurait avantage à laisser à ses citoyens le libre choix de leur nombre d’heures annuelles de travail. Il disposera cependant de plusieurs moyens de pousser sur le taux d’emploi et sur la productivité.

16. Quant à la proportion du revenu total (PIB) mise à la disposition privée des ménages, elle pourrait augmenter si la charge fiscale nette des gouvernements était abaissée, mais cela impliquerait forcément une réduction des fonds servant à financer les services publics. Plus de consommation privée entraînerait moins de services publics.

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21 commentaires
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Ben là!

Avec un article comme ça, vous allez faire de la peine à nos trolls de service.

Que pensez-vous des idées de M. Jacques Parizeau pour augmenter la productivité qu’il a données dans son entrevue à Radio-Canada avant de mourir ?
Je résume :

Plutôt que d’investir dans l’économie primaire comme le Plan nord, une solution du 19e siècle, investissons dans le futur.

1— Les PME du Québec ont besoin d’être robotisées davantage, mais elles n’ont pas les moyens de le faire d’elle même. Payons-leur les services de consultants qui vont les aider à établir leur besoin, concevoir un plan de robotisation et les assister dans la recherche de financement. https://www.qualite.qc.ca/services/consultants-quebec

2— Les imprimantes 3D sont le plus important développement technologique que nous sommes appelés à connaître dans les prochaines années. Investissons massivement dans la formation des jeunes à cette nouvelle technologie. Notamment dans les makerspaces, des centres communautaires d’initiation aux outils, comme La Fabrique à Sherbrooke.

J’ajoute :
Productivité, qualité et formation vont ensemble. Pour intervenir dans ce domaine, il faut absolument connaître les travaux d’Edward Deming et de ses successeurs, représentés aux Québec par le Mouvement québécois de la qualité.

Dans quelle direction va le flux migratoire interprovincial?

Depuis 10 ans ? Le Québec et l’Ontario ont tous les deux connu une émigration nette interprovinciale Le Québec a perdu au net 95 712 personnes et l’Ontario, 124 407 personnes. PF

Le coût de la vie inférieur au Québec s’explique essentiellement par notre niveau de vie plus faible. Certaines choses, en particulier l’immobilier résidentiel, coûtent moins cher parce que nous sommes plus pauvres. Bien sûr on peut en déduire que cela aide notre pouvoir d’achat mais il n’y a certainement pas de quoi pavoiser, surtout par quand vient le temps d’acheter du matériel et des technologies étrangères.

Si le revenu disponible des Québécois est rehaussé par les services et prestations plus généreux offerts par le gouvernement du Québec il faut aussi constater que la dette du Québec est de loin la plus élevé au Canada et que le Québec comme province «pauvre» reçoit presque 10G de péréquation par an qui vient notamment de provinces «riches» qui sont actuellement aux prises avec d’importants problèmes économique. Il est donc raisonnable de présumer que la «générosité» de l’état Québécois risque fort d’être prise à partie dans les années qui viennent. Et c’est sans parler de la qualité des services et infrastructures qui laisse très souvent à désirer.

Le Québec est une des société les plus vieillissante au Canada, ces dernières années ce fut un avantage, le plus faible nombre de jeunes et d’immigrants (qui traditionnellement chôment plus) pousse le taux de participation à la hausse. Dans les années qui viennent, alors que les boomers se retireront la tendance sera inversé. Cela aura un effet réducteur sur la productivité et la croissance du PIB. Côté démographique le vent contraire soufflera plus fort au Québec.

Un point soulevé par M. Fortin est que le Canada en entier a un problème de productivité, là-dessus je suis entièrement d’accord, je pense même que la mauvaise performance du Canada est largement sous-estimé parce que masquée temporairement par la formidable poussée de l’endettement des ménages et par la bulle des commodité (récemment éclatée). Il faut à mon avis relativiser la soi-disant bonne performance du Québec, en fait il faut se demander si c’est le Québec qui rattrape les autres, en particulier l’Ontario, ou si ce n’est pas plutôt l’Ontario qui nous rattrape vers le bas.

Je suis d’accord pour dire que la clef c’est la productivité, mais quand je vois les gouvernements (et leurs dettes) grossir et quand je vois l’investissement privé en chute libre je suis loin d’être optimiste. Le Canada et le Québec doivent redevenir des endroits attrayant pour l’initiative privée, pour l’investissement et pour l’entreprenariat, or pour le moment on en est très loin.

Une troisième réponse valable inclurait les deux premières : le Québec rattrape l’Ontario + l’Ontario nous rattrape vers le bas. Cette dernière a connu un ralentissement économique beaucoup plus important lors de l’événement 2008-2009 et a autant peiné à s’en remettre que le Québec.

Oui, l’Ontario a été plus durement frappé par la récession de 2009. Mais le rattrapage du Québec s’est fait bien avant 2009. PF

1. Raisonnement circulaire: il n’est pas plus juste de dire que les prix sont plus bas parce que les salaires sont plus bas que de dire que les salaires sont plus bas parce que les prix sont plus bas. 2. Si mon salaire est 10% plus bas, mais que ma maison me coûte 10% moins cher, il est faux de prétendre que mon niveau de vie est plus bas. Il est exactement le même qu’ailleurs. 3. Pour les importations de l’étranger, vous avez un point. Le problème est que la zone monétaire canadienne est dysfonctionnelle, comme l’a démontré le Nobel d’économie Robert Mundell il y a 55 ans.

un point à ajouter avec votre commentaire. Avec le vieillissement de la population, il n’y a pas seulement un baisse de la population active. Ce fait s’accompagne aussi par une diminution de l’offre des emplois les mieux rémunérés.

Au secondaire (dans les années 90) on nous promettais l’embarras du choix pour les offres d’empois suite au départ à la retraite des boomers. Or, ces postes sont plus souvent abolis que remplacer suite aux innovations technologiques, ce qui laisse peu de perspectives intéressantes pour les nouveaux travailleurs en comparaison avec les trente glorieuses, sans compter l’accès à la propriété qui est plus difficile et qui dilapide le capital de ma génération en loyer plutôt qu’en aqquisition de patrimoine.

Est’ce que l’on devrait se rejouir de combler notre retard ou de deprimer parceque on est encore bon dernier au Canada?….

1. Nous devrions nous réjouir d’avoir comblé notre retard, pas en tout, mais en gros oui. Exemple additionnel: pourcentage des 25-44 n’ayant aucun diplôme: 27% en 1990, 9% en 2015. 2. Nous ne sommes pas bon dernier, mais dans la moyenne des 6 provinces non pétrolières. Cependant, rien à célébrer à être dans la moyenne, comme je le dis. 3. Il faut non pas déprimer, mais s’inquiéter d’être dans la médiocrité canadienne en matière de productivité.

C’est informatif, en se comparant avec les autres provinces non pétrolières, d’établir que le revenu disponible par habitant ajusté du Québec (notre niveau de vie d’une certaine façon) n’est que légèrement inférieur de 3% soit environ 1000$ de moins par habitant. Ce revenu disponible «net» est établi après impôts payés et après transferts reçus. Il tient donc compte de notre modèle de société où on paie beaucoup d’impôts mais où on reçoit beaucoup de services publics.
C’est compréhensif aussi, en expliquant qu’essentiellement cet écart est dû au fait qu’on travaille moins et qu’on choisit plus de temps libre. Également, on constate que notre productivité n’est pas pire que les autres provinces et que le vieillissement de la population est un frein majeur à l’amélioration de notre niveau de vie.
De là à conclure: Suffit la déprime, je n’accepte pas ce verdict. Oui, on a fait du rattrapage avec ceux en bas de la liste mais c’est tout juste.
Et que dire du léger écart de 3%: dans les faits pour une famille de 2 adultes et 2 enfants c’est tout de même près de 4 000$ net de moins dans les poches et cela en tenant compte de nos fameux services publics reçus et de l’ajustement du fait d’un coût de la vie moindre ici qu’ailleurs. Est-ce vraiment un choix de travailler moins et d’être assujetti à un gouvernement qui siphonne de plus en plus la production économique de la province?
Aussi, le vieillissement de la population s’accroit plus rapidement qu’ailleurs et la productivité est endémique par rapport aux pays avec les meilleurs niveaux de vie. Pas un avenir très rassurant quant à moi.
Mais le plus inquiétant est de n’avoir pas soulevé le rôle de la dette du Québec dans l’établissement de ce revenu disponible comparable autre autres provinces non pétrolières. Si on se maintient de peine et de misère avec les autres provinces non pétrolières, c’est parce qu’on est très endetté et qu’on vit sur notre carte de crédit. La dette nette par habitant du Québec s’accroît de plus en plus par rapport aux autres pour s’établir à environ 22 800$ alors qu’elle est de 19 700$ en Ontario et de moins de 15 000$ pour les autres provinces. De plus, le poids de la dette nette sur le PIB est de plus de 50%; la croissance de la dette est plus importante que la croissance de notre économie. En 45 ans, quelques années de surplus budgétaire seulement. S’il fallait ajouter notre part de la dette fédérale à notre dette provinciale, le poids de la dette sur notre PIB tourne autour du 100%. Là on rejoint les pires des pays de l’OCDE que sont le Japon, la Grèce, l’Espagne, l’Italie, le Portugal.
Des services publics de plus en plus gros mais qu’on peut de moins en moins se payer; heureusement, la péréquation du fédéral nous permet de sortir la tête de l’eau bien que la dette du fédéral va également exploser dans les prochaines années.
SVP, ne tenter pas de nous amadouer avec de fausses bonnes nouvelles; donner l’heure juste.

1. Il faut éviter d’être victime de la démagogie des politiciens avec leurs « quelques années de surplus budgétaire seulement en 45 ans ». La réalité, c’est qu’il y a eu 25 ans de déficit de 1971 à 1995, puis 20 ans d’équilibre (sauf quelques années pour soutenir l’économie après la crise de 2009; on est revenu au surplus depuis 2014-2015) après les Lois de Bouchard et Charest. 2. Le poids de la dette dans l’économie a atteint un sommet de 61% en 1995, a baissé à 50% en 2009, est remonté à 55% en 2014 après la crise, puis est stable depuis. Tout est sous contrôle avec les Lois de Bouchard et Charest. La cote de crédit du Québec a été soit maintenue, soit améliorée par toutes les agences de crédit depuis 15 ans. 3. Selon la méthode de calcul de l’OCDE, le poids de la dette supportée par le Québec est en effet légèrement supérieur à 100%. Mais ce poids est non seulement inférieur à celui du Japon, de la Grèce, de l’Italie et du Portugal, mais aussi de la Belgique, de la France, de l’Irlande, de l’Espagne, de l’Angleterre, des États-Unis et de l’Autriche. On est à peu près à la médiane. La prudence continue à s’imposer, mais l' »hystérie à la dette » n’a pas sa place. 4. Avec son niveau de vie et sa capacité fiscale, le Québec ne devrait pas recevoir de péréquation, comme je l’ai montré dans un billet antérieur. S’il en reçoit, ce n’est pas qu’il est pauvre, mais que la formule est mal faite (mais heureusement à notre avantage, bien sûr).

Je viens de lire votre réponse (avec 1 mois de retard, désolé); voici quelques remarques additionnelles et à la fin, un questionnement sérieux sur la faisabilité économique de l’indépendance.
1) C’est tout de même un fait qu’il n’y a que quelques années budgétaires avec surplus … et bien léger en plus. J’essaie aussi vraiment d’éviter toute démagogie, toute rhétorique ultra partisane et surtout toute opinion ou argumentation hystérique irrationnelle.
2) Le poids de la dette incluant celle du fédéral étant de plus de 100%, va augmenter au cours des prochaines années avec les énormes déficits fédéraux des 5 prochaines années. Je me souviens, il n’y a pas si longtemps, qu’on entrevoyait des surplus faramineux au fédéral et qu’on demandait en conséquence plus de transferts aux provinces!
3) Oui, il est pertinent d’ajouter les autres pays mentionnés; pas sûr cependant que leur situation socio-économique (taux de chômage …) me rassure pour autant. Quant aux USA, à mon avis, leur capacité fiscale disponible est tellement grande qu’une légère hausse des taux d’imposition ou des taxes peut renverser solidement leur problème budgétaire.
4) Par hypothèse, si le Québec ne reçoit plus de péréquation en 2016-2017, comment trouvera-t-il les 10 milliards pour maintenir son budget de dépenses et son niveau de vie?
Je crois en plus que les dépenses du fédéral attribuables au Québec en biens et services des ministères, pour les missions communes comme la défense…, en transferts aux particuliers, aux entreprises et aux provinces… (excluant la péréquation) sont plus élevées que les revenus perçus par le fédéral au Québec.
On a déjà avancé le chiffre de 16 milliards$ annuellement (incluant la péréquation) dont bénéficie le Québec au sein du Canada.
Pour moi, l’indépendance amènerait alors une baisse substantielle de notre niveau de vie et encore pire les 10 ou 20 premières années avec l’éclatement du Canada, les mouvements de population surtout anglophones et allophones quittant le Québec, les autochtones et leurs territoires, les divisions des québécois francophones ne se ralliant pas à l’indépendance, les guérillas juridiques et constitutionnelles et les incertitudes et instabilités politiques qui s’ajoutent à l’instabilité économique et politique mondiale.
NON!, je ne crois pas être irrationnel et je crois que beaucoup de québécois bien terre à terre anticipent un tel scénario pessimiste très plausible.
Que font les économistes et promoteurs de l’indépendance pour nous démontrer clairement le contraire en termes de chiffres vérifiables?
Bien respectueusement, à défaut d’une formule mal faite dont on bénéficie pour la péréquation, il n’y a pas de formule magique.

Se comparer aux seules autres provinces non-pétrolières est faire du « cherry picking »; d’ailleurs pourquoi fausser ainsi l’étude? N’avons-nous pas également notre richesse naturelle comparable qu’est l’hydroélectricité?

Il a écarté ces trois provinces parce que l’apport en revenu dû au pétrole est exceptionnel. C’est une méthode habituelle d’écarter des données qui sont quasi hors cadre ; si ça vous chante, vous pouvez les incorporées (il ne vous manque que les infos démographiques) mais vous serez incapables d’en tirer quoi que ce soit d’intéressant à cause de la trop grande variabilité des résultats que vous en tirerez. En ce qui concerne l’hydroélectricité, il y en a dans les autres provinces également tout comme il y a des régimes assurances-auto, des machines à résonance magnétique nucléaire, des cassseaux d’avocats importés, etc. Comme c’est commun, il n’en est pas fait mention dans les médias d’information (qu’est-ce que ça peut bien vous faire que BC Hydro ait décroché un contrat de 2 G$ avec l’État de l’Oregon ?). Ça ne signifie pas qu’il n’y en ait pas dans les autres provinces, incluant les pétrolifères.

1. Refuser de comparer des cerises avec du raisin, ce n’est pas faire du cherry-picking, mais faire une distinction intelligente basée sur une différence de nature. On ne compare pas la performance de l’Angleterre avec celle de l’Arabie saoudite. 2. Le prix du baril de pétrole est passé de 20$ en 1998 à 100$ en 2014; le prix de l’électricité, lui, est passé de 10 cents le kWh à 4 cents le kWh (ou à peu près) entre 2008 et aujourd’hui.

Donc si des gens choisissent de travailler moins pour avoir plus de temps, pourquoi ne puis-je pas récupérer ces heures-là ? J’vous l’augmenterais c’te productivité-là si j’avais 15-20 hres/semaines à travailler plutôt qu’à en chercher.

Merci M. Fortin pour toutes vos analyses qui devraient être publiées dans tous les médias. Vos interventions à RDI économie avec Gérald Filion sont toujours convaincantes….

Taux d’emploi et productivité, comme vous dites.
Emploi: il faudrait que nous sachions intégrer nos immigrants, dont le taux de chômage n’a pas d’autre explication que l’absence d’ouverture chez nos dirigeants de PME. Il faudrait aussi que l’éducation mène à quelque chose. Depuis le printemps-érable, l’on sait que la priorité est de favoriser les étudiants universitaires dits « de première génération », en leur offrant notamment une kyrielle de diplômes dans des domaines aux promesses douteuses, au lieu de les diriger vers des disciplines exigeantes. Ensuite, on ne forme pas suffisamment de jeunes dans les écoles professionnelles, pour la maîtrise de métiers clés. On a pourtant depuis des lunes étudié le phénomène « allemand ». Enfin, il faudrait que l’on cesse de décrier les liens que tentent d’établir nos universités avec l’industrie et qu’au contraire, on fasse tout pour accélérer le transfert technologique.
Productivité: Il faudrait favoriser la prise de risque et l’entrepreneuriat, en encourageant l’investissement(et l’épargne) plutôt que la consommation. La commission Godbout a recommandé de hausser les taxes et d’abaisser les impôts, mais attend sans doute que le fédéral ou l’Ontario le fassent à notre place. Il faudrait enfin encourager la concurrence entre les entreprises québécoises, plutôt que de les gâter en leur accordant des subventions de type sectoriel: c’est du nivellement pas le bas.

Merci M. Fortin pour vos excellentes analyses.
Merci aussi d’intervenir dans les commentaires comme vous le faites aujourd’hui. Ça évite les dérapages habituels, trop nombreux, qui n’apportent rien de plus au débat sinon de conforter de nombreux adeptes de ces tribunes dans leurs convictions personnelles, ce qui ressemble bien souvent à un défoulement…qui rate sa cible!