Risqué, le pari LinkedIn?

«Je ne comprends pas que Microsoft paie si cher pour ça», répètent plusieurs, ajoutant que le nombre de membres plafonne.

Photo: Richard Drew/AP Photo
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LOS ANGELES — Au kiosque de Microsoft, à l’Electronic Entertainment Expo (E3), ce n’est pas la nouvelle console XBox One S qui est au centre des discussions. Mais plutôt l’acquisition, le lundi 13 juin, du réseau social LinkedIn par l’entreprise de Bill Gates pour 26,2 milliards de dollars.

L’opinion semble très tranchée entre les jeunes professionnels et les patrons. Pour les premiers, LinkedIn est un réseau ringard qu’ils visitent une fois par mois, et mettent à jour au besoin pour garder leur curriculum vitae actif.

«Je ne comprends pas que Microsoft paie si cher pour ça», répètent beaucoup d’entre eux, ajoutant que le nombre de membres plafonne. Le prix payé, rappellent-ils, est de 5 milliards de plus que l’acquisition de la messagerie WhatsApp par Facebook, en 2014.

Le site spécialisé Venture Beat qualifie déjà la transaction d’échec catastrophique. Tous ont en tête l’achat de Nokia par Microsoft pour 7,6 milliards, en 2013, qui s’est transformé en flop. Au point que la division a été revendue à perte à Foxconn le mois dernier.

Mais pour les patrons d’entreprises, LinkedIn va bien au-delà du réseau social de seconde zone au nom maintes fois massacré. C’est un outil de premier plan, utilisé tous les jours, pour faire défiler les expériences professionnelles d’éventuelles recrues. Et qui ne demande qu’à servir davantage.

Sur le papier, LinkedIn compte 433 millions de membres. Mais à peine 100 millions sont considérés comme actifs chaque mois. Twitter, par exemple, en compte trois fois plus.

Pourtant, les pertes de LinkedIn au premier trimestre (45 millions) sont moins importantes que celles de Twitter (79 millions). Pourquoi? Parce le site de LinkedIn dépend moins des revenus publicitaires. Bien des services sont payants, et les entreprises sont prêtes à mettre l’argent nécessaire pour favoriser l’écrémage dans leur recrutement.

Et c’est ainsi qu’il faut voir cette transaction: dans le recentrage de Microsoft autour des services professionnels. Le directeur général de Microsoft, Satya Nadella, veut créer un écosystème complet.

De plus en plus d’entreprises passent exclusivement par LinkedIn pour afficher et pourvoir des postes. Les compétences, les expériences de travail, les recommandations et les anciens collègues sont une mine d’or pour les employeurs.

C’est vers ce modèle que s’orientera LinkedIn: chaque membre versera le maximum d’informations professionnelles possibles sur lui, afin de monter un C.V. virtuel. Mais devra payer pour accéder aux infos des autres.

Imaginez alors comment les autres services de l’entreprise, comme Outlook et Office, peuvent s’intégrer dans ce cadre. Même chose pour Skype, acquis par Microsoft en 2011 pour 8,5 milliards, pour faire passer des entrevues aux candidats.

Officiellement, l’indépendance de LinkedIn sera préservée, mais Microsoft a certainement l’intention d’y ajouter ses outils. Le géant donnera certainement un coup de balai au réseau social pour en dépoussiérer l’allure.

Mais surtout, l’idée d’en faire un outil professionnel spécialisé et incontournable, exempt des humeurs des autres réseaux sociaux (ça reste à voir…), est un pari qui vaut peut-être les 26,2 milliards.

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Au bout du compte, si l’entreprise Microsoft a versé un tel montant pour acquérir LinkedIn, c’est évidemment parce que celui-ci regorge de renseignements professionnels (voire personnels, dans bien des cas) et qu’elle aura désormais tout le loisir de concevoir et cibler ses produits d’après les profils types qu’elle aura déterminés. Cela dit, je doute que Microsoft parvienne à purger LinkedIn du contenu ludique ou moins sérieux que les utilisateurs y téléversent (au grand dam de certains autres utilisateurs, par ailleurs), car les réseaux sociaux (quels qu’ils soient) se prêtent tout particulièrement à ce genre d’activités.