Santé : où trouver les milliards ?

Taxer davantage, s’endetter plus, «tasser» les autres missions et aller supplier Ottawa ne nous permettront pas de résoudre le financement de la santé.

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Dans les années à venir, le plus gros défi des finances du Québec consistera à retenir l’élan des dépenses publiques en santé. En 2014-2015, ces dépenses atteindront 34 milliards de dollars. Elles absorberont 46 % des revenus de l’État. Un pourcentage qui ne cesse d’augmenter d’année en année.

Où cela nous mènera-t-il ? Deux groupes de chercheurs viennent de publier des études qui répondent à cette question. L’un était dirigé par le professeur Jean-Yves Duclos, de l’Université Laval ; l’autre par le professeur Luc Godbout, de l’Université de Sherbrooke. Ces gens ne sont pas des médecins, des syndicalistes ou des hauts fonctionnaires du domaine de la santé. Mais ils savent compter.

En gros, ils ont conclu qu’en 2030, si la tendance se maintient, les dépenses de santé du Québec accapareront autour de 67 % — les deux tiers — de ses revenus.

Une bonne façon de saisir la portée de ce chiffre est de se demander combien d’argent il faudrait consacrer à la santé en 2014-2015 si sa part des revenus de l’État grimpait soudainement à 67 %, plutôt que de s’établir à 46 %, comme actuellement. La réponse : 49 milliards de dollars, c’est-à-dire qu’il faudrait 15 milliards de plus que les 34 milliards prévus dans le budget de 2014-2015.

Comment pourrait-on trouver ces 15 milliards manquants ? On peut imaginer cinq approches. La première est l’européenne : on augmente les impôts et les taxes. Cela ferait passer notre fardeau d’impôts et de taxes de 37 % à 41 % de notre produit intérieur brut (PIB). Le Québec se hisserait au huitième rang mondial des nations les plus imposées. En comparaison, le fardeau fiscal est de 29 % ailleurs au Canada et de 24 % aux États-Unis.

La deuxième approche est la japonaise : on emprunte pour payer la santé et on relance l’ascenseur de la dette. Le problème est que, parmi les 10 provinces canadiennes, le Québec a déjà la plus importante dette de toutes en pourcentage de son PIB.

La troisième approche est l’américaine : pour laisser passer le train de la santé, on « tasse » toutes les autres missions de l’État — l’éducation, la recherche, les services de garde, le soutien aux enfants, les transports, l’agriculture, l’emploi, la solidarité sociale, la culture, le développement économique, les affaires municipales, l’environnement, l’immigration, la justice, les ressources naturelles, la sécurité publique, le tourisme. Sans réduire la quantité ou la qualité des services publics ? J’ai des doutes.

La quatrième approche est la canadienne : on supplie Ottawa de nous envoyer davantage d’argent. Mais ça tombe mal. L’entente de 10 ans sur les transferts aux provinces en matière de santé, conclue avec Ottawa en 2004, est maintenant échue. Le fédéral juge qu’il doit ralentir le rythme de ces transferts afin de rééquilibrer ses finances. Le robinet continuera à couler, mais plus lentement, et certainement pas pour déverser 15 milliards de plus par année.

Enfin, on peut essayer une cinquième approche : la matraque britannique à la Margaret Thatcher. On gèle les salaires du secteur public et on vend Hydro-Québec au privé. Il ne faudra évidemment pas être surpris si ça soulève un tollé général.

Aucune de ces approches ne nous permettra de dissiper la menace que la santé fait peser sur le budget du Québec. La seule solution viable consiste à agir directement sur le système lui-même. Il faudra imiter les bons coups des pays performants et agir avec pragmatisme : investir dans la prévention et la première ligne, s’assurer que l’argent suit le patient, utiliser le privé quand c’est avantageux, libérer l’initiative locale, encourager l’émulation.

Mais ça presse : 2030, c’est presque demain !

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«Ceux qui ne savent que suivre les sentiers battus n’avancent jamais dans les moments décisifs.»
Mao Tsé-toung

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1 commentaire
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M. Fortin, j’ai énormément de respect pour vos écrits, mais cette fois, je suis étonné de vous voir terminer votre article en citant Mao. Si les sentiers non battus nous conduisent vers un « Grand bond en avant » alors là, non merci!