Santé : un gouffre financier à combler

Dans le domaine de la santé, nous sommes sur le podium pour l’effort financier et dans la cave pour la performance. Il faut agir si on veut éviter la crise.

Santé : un gouffre financier à combler
Photo : iStock

En 2010, les Québécois ont payé 40 milliards de dollars pour les soins de santé qu’ils se sont procurés. Parmi les pays avancés, seuls les États-Unis dépensent plus que nous en proportion de leurs moyens. En même temps, le dernier classement international place le système de santé canadien – le nôtre, en somme – au 30e rang mondial en matière de performance globale. Bref, nous sommes sur le podium pour l’effort financier et dans la cave pour la performance. La compétence de notre personnel étant irréprochable, c’est forcément l’organisa­tion du système qui est en cause.

Il y a plus inquiétant encore. De 2000 à 2010, la croissance annuelle de nos dépenses de santé a été presque deux fois plus importante que celle de l’économie. Or, au cours des deux décennies à venir, un revirement de tendance est peu probable. Au contraire, le vieillissement de la population accentuera la pression à la baisse sur la croissance de l’économie et à la hausse sur les dépenses de santé et de services sociaux. Le cas échéant, il faudra ajouter au budget de la santé, en sus de ce que permettra la croissance économique, quelque 13 milliards de dollars en 2020 et 44 milliards en 2030 (1). L’énor­mité de ces chiffres se passe de commentaire.

Comment trouver le financement nécessaire ? En augmentant encore les impôts, taxes et tarifs ? Au rythme où vont les choses, cela finirait par faire du Québec l’une des sociétés les plus taxées au monde, en compagnie du Danemark et de la Suède. Ce serait un autre podium pour le Québec. Pas sûr que c’est le genre de médaille qu’aimeraient gagner nos concitoyens.

Supplier Ottawa d’envoyer de l’argent ? Le problème avec cette approche classique, c’est que, depuis 2006, la stratégie économique fédérale a changé. Elle favorise maintenant les baisses d’impôts et de taxes de même que la réduction des dépenses. Il faut souhaiter bon succès aux provinces pour leurs nouvelles demandes. Mais comme Ottawa finance seulement le quart de la santé, la manne fédérale ne pourrait régler plus qu’une petite fraction du problème dans la meilleure des hypothèses. Malheureusement, les chances sont minces que, dans les prochaines années, une manne fédérale les aide à résoudre leurs problèmes financiers.

Mettre le couvercle sur la marmite ? On s’y est essayé, en gelant les dépenses du système de santé pendant cinq ans, de 1991 à 1996. Ce fut alors une telle explosion de colère dans la population devant les ratés du système que le gouvernement dut revenir aux taux de croissance annuels de plus de 6 % que nous connaissons depuis 15 ans.

Limiter les autres missions de l’État afin de laisser plus d’espace à la santé dans le budget ? Cette stratégie est déjà utilisée à plein. La part totale des « autres secteurs » dans les dépenses de programmes du Québec est passée de 60 % en 2000 à 55 % en 2011. On commence déjà à en voir les dommages sur le volume et la qualité des services publics. (Je vous fais grâce des exemples.) Voulons-nous aller beaucoup plus loin dans cette direction ?

La seule option qui nous reste est de réformer en profondeur nos façons de faire en santé afin d’améliorer notre performance et de contenir les coûts de manière durable. Depuis 20 ans, le gouvernement du Québec a reçu pas moins de neuf rapports en matière de santé. Ils contiennent une foule de propositions qui visent à améliorer notre performance en s’inspirant des meilleurs systèmes au monde, comme ceux de la France, de la Belgique et des Pays-Bas.

Malheureusement, pour une bonne part, ces propositions sont restées sans suite. L’immobilisme de nos gouvernements successifs s’explique par la honte d’avoir à admettre que notre système souffre de déficiences majeures, par l’emprise des bureaucraties administratives, syndicales et professionnelles, par la hantise idéologique du privé et par la conviction que l’argent d’Ottawa finira toujours par sauver la situation. Aujourd’hui plus que jamais, le Québec aurait besoin de leaders à la fois humbles, rassembleurs et pragmatiques qui surmonteraient ces difficultés et proposeraient une réforme basée sur le bon sens des systèmes qui marchent.

 

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(1) Un mot d’explication n’est pas superflu. De 2000 à 2010, les données de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) indiquent que les dépenses totales de santé au Québec ont augmenté en moyenne de 6,4 % par année. Par ailleurs, selon les comptes économiques publiés par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), l’économie a progressé en moyenne de 3,5 % par année au cours de cette période de dix ans. D’où l’affirmation que « la croissance annuelle de nos dépenses de santé a été presque deux fois plus rapide que celle de l’économie.

Pour 2010, l’ICIS estime que les dépenses publiques de santé ont atteint 28,7 milliards de dollars et l’ISQ et que la taille de l’économie (le revenu intérieur) du Québec a été de 317,8 milliards. Or, d’ici 20 ans, l’économie ne croîtra guère plus que de 3,5 % par année en moyenne, parce que la population de 15 à 64 ans va cesser d’augmenter et peut-être même diminuer. Dans ces conditions, si les dépenses de santé progressaient à la même vitesse (de 3,5 % par année) que l’économie, elles atteindraient 40,5 milliards en 2020 et 57,1 milliards en 2030. Mais si, sous la poussée du vieillissement de la population, elles continuent à croître au taux annuel de 6,5 % comme de 2000 à 2010, alors elles seront de 53,9 milliards en 2020 et de 101,1 milliards en 2030. C’est 13,4 milliards de plus en 2020 et 44,0 milliards de plus en 2030 (car 53,9 – 40,5 = 13,4 et 101,1 – 57,1 = 44,0). D’où l’affirmation qui conclut le paragraphe.

 

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