Sauver ou créer ?

Pour certains, l’économie est d’une simplicité désarmante. Il y a moins de sièges sociaux ? Assurons-nous de les garder, quitte à empêcher la vente ou le déménagement de « nos fleurons ». Moins d’usines et d’emplois manufacturiers ? Empêchons leur fermeture et assurons-nous que les emplois soient maintenus. Une bonne loi ou une intervention des sociétés d’État pourrait tout régler et assurer notre prospérité.

Voilà un bon plan pour fossiliser l’économie et l’empêcher de se développer. L’économie vit au rythme des changements technologiques et sociaux. Des besoins disparaissent (la téléphonie filaire) et d’autres se créent (les résidences pour personnes âgées). Des entreprises déphasées sont continuellement déclassées par d’autres offrant un meilleur produit plus innovateur et souvent fabriqué à meilleur prix. Ce processus a plusieurs noms, mais le mot « progrès » lui va à ravir.

Ces dernières années, le cycle de vie des entreprises s’est considérablement raccourci. En 1920, la durée de vie moyenne des grandes entreprises était de 65 ans aux États-Unis selon Standard & Poors. Elle ne serait plus que de 10 ans. Chaque jour on voit des marques prestigieuses disparaître ou être menacées d’extinction.

Le Québec ne vit pas sur une île déserte et ce qui s’y passe n’est pas différent des phénomènes observées ailleurs. Les entreprises qui y ont plus de 100 ans sont très rares et peu vivent au delà d’un grand cycle technologique ou d’une deuxième succession familiale. Et vous savez quoi ? C’est normal ! En affaires comme dans la vie, l’immortalité n’existe pas et je ne crois pas qu’elle soit souhaitable. Il faut arrêter de vouloir tout sauver, empêcher toutes les fermetures et faire de l’acquisition d’une grande entreprise québécoise une affaire d’État.

Ce qui compte, c’est de s’assurer que le nombre de naissances soit supérieur au nombre des décès. Il faut que de nouvelles grandes entreprises se développent et créent de nouveaux sièges sociaux d’importance. En voulant maintenir le statu quo, l’État dépense de l’argent qu’il va aller chercher dans les poches des entreprises qui démarrent ou qui vont bien. Ou, pire encore, il joue à la roulette russe avec nos épargnes collectives.

Dans La Presse de samedi, Michel Girard estime que la Caisse de dépôt et de placement du Québec aurait perdu sur papier 19 milliards de dollars si elle avait acheté Alcan en 2007, soit trois fois plus qu’avec le papier commercial. Parce que la Caisse a eu la chance d’acheter des actions de RONA avant que Lowe’s ne se manifeste, elle ne devrait pas trop perdre dans ses opérations sur le titre du quincailler québécois. Il n’empêche qu’elle a a acheté 2 millions d’actions à un prix moyen de 14, 20 dollars et que le titre a peu de chance à court ou ànmoyen terme d’atteindre ce niveau après le retrait de Lowe’s.

Le nouveau gouvernement et un parti d’opposition souhaitent que la Caisse joue davantage les pompiers. J’ai peur qu’elle s’y brûle.

 

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Donc la rentabilité d’une entreprise ne doit pas être considéré pour évaluer la pertinence d’un investissements? Dans le contexte de rentes est-ce qu’un revenu provenant d’un profit ne vaut-il pas plus d’une valeur théorique de revente? Je pose la question.

Le nationalisme économique a toujours été orienté dans l’optique de préserver plutôt que de créer de la richesse. Ainsi, les politiciens peuvent se targuer de sauver une entreprise au péril d’une acquisition hostile venant d’un « méchant étranger ». De plus, ces mêmes politiciens récupèrent le tout, en édifiant la préservation des emplois. Mais, ils oublient qu’un montant similaire de capitaux, en d’autres mains (nouvelles entreprises), aurait créé autant d’emplois sinon plus que l’action de préserver un soi-disant fleuron qui ne sait pas ajusté à la tendance du marché.

Ainsi, l’État prend la fâcheuse position de devenir le sceau protecteur des intérêts d’une classe de priviligiés (Québec inc.), au détriment souvent des membres les moins influents, mais tout aussi important, les épargnants, desquels proviendront la majorité des capitaux nécessaires aux ambitions dictées de l’État de sauver des « fleurons » et ce, peu importe le prix à payer sur le plan économique. Car ce qui compte, c’est les apparences de se battre pour une cause « juste » et « noble ».

De ce fait, les petits épargnants se font manipuler dans un discours accrocheur mais nullement réalisateur de progrès économiques et sociaux, puisqu’on enlève d’une main pour redonner à une autre main qui ne fera rien de nouveau pour accroitre la productivité de l’économie.

Puisque cette main qui reçoit (entreprise-fleuron) ne veut avant tout que préserver ses acquis et sa réputation d’infaillibilité face au marché plutôt que de pousser la machine de la prospérité.

D’ailleurs, on est prospère que si on peut acquérir librement des biens de production(meubles ou immeubles) pour les revendre à profit. (Ex: des commerces, entreprises, maisons, voitures, etc.)

Mais ici, vendre à profit une entreprise, c’est pécher par orgueuil capitaliste et c’est vu comme un outrage par les nationalistes. Surtout lorsqu’il s’agit d’un fleuron qui a voulu faire un appel à l’épargne publique, la bourse. Je gage un petit deux que le gouvernement du Québec essayera de diminuer les droits des actionnaires au profit des conseils d’administration pour pouvoir mieux faire pression sur ces dirigeants lors d’une vente ou une acquisition d’entreprise québécoise.

Pendant ce temps, la Colombie-Britannique connait un boom grâce aux capitaux venant de la Chine. Nous au Québec, on dit aux américains… restez chez vous, on veut pas de votre argent! Certains de nos fleurons périclitent face à la concurrence mais ça demeura pour toujours nos fleurons!

Ah! la sacré fibre nationaliste quand elle nous tient jusque dans le domaine de la vente de toilettes! (misère)

Monsieur Duhamel, Bravo pour cette explication du principe de destruction créatrice si peu connu au Québec.

N’importe qui qui a acheté en 2007, au sommet du marché, juste avant le plus grand krash de l’histoire en 2008, a perdu beaucoup d’argent.

C’est drôle mais la petite Saskatchewan s’est battue de toutes ses forces pour sauver Potash. Et Ottawa l’a aidée! Pourquoi ce qui est bon pour la Saskat n’est pas bon pour le Québec?

Il y a quelque chose que vous ne semblez pas comprendre. Si la Caisse prend des participations dans les géants de demain, elle ne payera pas le gros prix pour ses actions et aura un gros mot à dire lors d’une transaction. Avec 30-35% des actions d’une entreprise, elle pourra s’assurer que la transaction soit dans l’intérêt des québécois. Vouloir protéger nos sièges sociaux ne signifie pas de surenchérir au lendemain d’une OPA. Sans compter qu’avec son expertise internationale, la Caisse peut aider nos entreprises à croître.

Sauver et créer ne sont pas deux formules antinomiques. Elles se complètent harmonieusement. On peut sauvegarder ce qui est bon et on peut créer ce qui est susceptible de nous apporter du bien. Sauvegarder relève du domaine du patrimoine, des traditions, c’est une reconnaissance de la chose passée, de ce qui est solidement acquis, c’est la petite graine qui féconde l’ovule en vue de produire la chose future. La destruction de toute chose, fusse-t-elle créatrice relève en psychanalyse tout simplement du meurtre du père. C’est le propre d’une société incapable de s’assumer. Cela rejoint le complexe d’œdipe, cela relève de l’aveuglement volontaire.

Une telle conception ne peut conduire une société évoluée qu’à frapper le mur à court ou à moyen terme.

La Caisse avait 140 milliards en 2007. Il aurait été invraissemblable qu’elle investisse 38 milliards dans Alcan.

Pousse mais pousse égal…

C’est vrai qu’avec la quantité de chose a moderniser (bureaucratie, gouvernement, santé, infrastructure, subvention, retraite). C’est beaucoup plus facile de conserver les modèles existant (loi désuètes, éléphants blanc), que d’en créer de nouveaux ou de réformer de façon équitable.

Regarder à quel point tout les dossiers sont long a traiter et à quel point le monde gouvernemental est bétonné côté sécurité. Même chose côté de la santé ou les médecin donne le rythme de la danse.

On a une armé de fonctionnaire responsable mais non imputable. On a des médecin qui font 3-4 fois le travail qu’ils fessaient il y a 5 ans grâce a des nouveaux outils médicaux, mais malgré leur productivité, la facture ne réduit pas. Par contre leur salaire lui a bien été multiplié par 300-400%. Combien de personnes ont eu droit a une augmentation de juste 30% en 5 ans car leur employeur les avaient rendu plus productif (automatisation, informatisation) ?

Si on arrêterais de tout garantir et tout donner: prêt non remboursable, subvention entreprise, SCHL (Société canadienne d’hypothèques et de logement), le monde n’aurait d’autre choix que d’apprendre a devenir responsable et proactif et il y aurait beaucoup moins de faux problèmes a gérer.

Évidemment j’exclus les gens qui sont vraiment malchanceux et qui ont un handicap physique ou mental majeur.

« Des entreprises déphasées sont continuellement déclassées par d’autres offrant un meilleur produit plus innovateur et souvent fabriqué à meilleur prix. Ce processus a plusieurs noms, mais le mot « progrès » lui va à ravir. »

Si votre définition du progrès se limite à cette création qui n’est motivée que par le profit alors oui, voilà un nom qui sied merveilleusement à l’emploi insensé de l’énergie sociale. Ce progrès là est une berceuse économique qui finira bien par endormir tout espoir d’une vie meilleure pour ceux qui ne peuvent se permettre de rêver d’autre chose.

Vous pointez du doigt l’immobilisme délusionnel de ceux qui voudraient s’arrêter, seuls, sur le bord de la route du progrès; je vous rappellerais cependant qu’il n’y a pas mieux pour se perdre que de se laisser pousser sans grande conviction sur une route incertaine sans jamais regarder autour de soi.