Sauvons les banques, pas les banquiers !

Les scandales financiers se multiplient et la crédibilité des banques est durement atteinte. On est tenté de se demander si leurs dirigeants ne sont pas leur plus grande menace…

Photo : Oli Scarff/Getty Images

À la fois souffre-douleurs et indis­pensables rouages de l’économie, les banques sont au centre de toutes les controverses. Nous avons tous besoin d’elles, les parti­culiers pour acheter une maison ou une auto, les entreprises pour mener leurs affaires et les États pour financer leur dette. C’est encore plus vrai ces années-ci, puisque les gens, les entreprises et les pays sont très endettés et ont besoin de beaucoup d’argent.

L’argent, c’est le commerce des banques. Elles en trouvent, elles en créent et elles en prêtent. D’où le paradoxe : elles sont les premières bénéficiaires de la crise et leurs dirigeants et opérateurs de marché empochent de véritables fortunes, mais comme leurs clients risquent de plus en plus de ne pas pouvoir rembourser leurs dettes, elles sont aussi plus vulnérables.

Quand l’immobilier s’écroule, comme en Irlande ou en Espagne, ou que certains pays se trouvent dans l’incapacité de remplir leurs obligations, comme la Grèce, les bilans des banques se détériorent rapidement et voilà qu’elles demandent l’aide des États pour les sortir du pétrin. Les gouverne­ments n’ont pas vraiment d’autre choix que d’y consentir, car la faillite d’une banque, et à plus forte raison de plusieurs ins­titutions financières, causerait un chaos indescriptible.

Les banques sont indispensables, mais une série de scandales est en voie d’achever de ternir l’image des banquiers de la City, le quartier de la finance de Lon­dres, devenue l’épicentre de la finance internationale.

L’opérateur de marché français Bruno Iksil, surnommé « la baleine de Londres » en raison de l’importance de ses paris, pourrait faire perdre jusqu’à neuf milliards de dollars à la JP Morgan Chase, la première banque des États-Unis. À cause d’un bogue dans un nouveau logiciel de paiement, les clients de la Royal Bank of Scotland n’ont pu, pendant plusieurs jours, faire de prélèvements automatiques sur leurs comptes. Le régulateur britannique a aussi tapé sur les doigts des quatre principales banques de Grande-Bretagne pour avoir usé de tromperie dans la vente aux PME de produits de couverture de taux.

Rien ne surpasse cependant le scandale du Libor, qui pourrait s’avérer la plus grande fraude financière de l’histoire. Le Libor est le taux d’intérêt sur lequel les grandes banques s’entendent pour se prêter de l’argent entre elles. Il fixe aussi indirectement les taux qui seront consentis sur les placements et les emprunts aux particuliers et aux entre­prises, et ce, dans 10 devises, y compris le dollar canadien.

On estime que ce fameux Libor influe sur des transactions totalisant 800 000 milliards de dollars, ce qui représente 116 000 dol­lars par habitant à l’échelle de la planète et plus de 40 fois l’économie américaine.

La banque Barclays, la deuxième de Londres, reconnaît qu’elle a manipulé les taux en donnant des informations erronées aux autres banques afin d’en tirer un avantage financier. Par exemple, un taux plus élevé se traduit par des emprunts plus chers et des profits plus élevés pour les banques. En tirant les taux vers le bas, elles paient moins cher pour les dépôts, ce qui les avantage également.

Le cas de la Barclays ne serait pas unique. Une douzaine de ban­ques sur trois continents font l’objet d’une enquête, soupçonnées d’avoir fait la même chose !

Un sondage récent indiquait que 24 % des cadres de Wall Street et de la City considèrent que la malhonnêteté est une clé du système financier et que 16 % d’entre eux commettraient un délit d’initié s’ils ne risquaient pas de subir des sanctions. Com­ment faire con­fiance aux banques si on ne peut plus se fier aux banquiers ?

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Près du tiers (30 %) des cadres de Wall Street et de la City croient que la rémunération variable incite à violer la loi ou les principes éthiques.(Enquête auprès de 500 cadres dirigeants, cabinet Labaton Sucharow, juillet 2012)