Se faire soigner au rabais

Des universités, cégeps et centres de formation professionnelle offrent dans des cliniques-écoles des services à des tarifs défiant toute concurrence. Mais attention, il faut être un patient… patient !

La Clinique de la vision de l'Université de Montréal, que dirige Jean-Marie Hanssens, est équipée des appareils les plus récents, et les lunettes y sont vendues à des prix inférieurs à ceux du marché. - Photo : Rachel Côté
La Clinique de la vision de l’Université de Montréal, que dirige Jean-Marie Hanssens, est équipée des appareils les plus récents, et les lunettes y sont vendues à des prix inférieurs à ceux du marché. – Photo : Rachel Côté

Certains magasinent les polices d’assurance, d’autres négocient l’achat d’une voiture. Sylvie Trudel, elle, a magasiné un sourire. Cette sommelière de 54 ans, qui travaille pour la SAQ, désirait se faire blanchir les dents. « Le vin rouge, ça ne pardonne pas », rigole-t-elle. Un coup de fil à une clinique du Vieux-Montréal a cependant refroidi son enthousiasme. Il lui faudrait débourser environ 600 dollars pour retrouver un sourire étincelant. Puis, une collègue lui a parlé de la Clinique dentaire de l’Université de Montréal. Le même traitement lui reviendrait à 200 dollars. « J’ai sauté sur l’aubaine, raconte-t-elle. Mais j’ai vite déchanté à cause de la lenteur du service. »

Chaque année, les cliniques dentaires de l’Université de Montréal, de l’Université Laval et de l’Université McGill accueillent des milliers de « cobayes », qui viennent se faire faire un nettoyage, une obturation, un traitement de canal ou recevoir d’autres soins de santé buccodentaire. Les étudiants de 3e et de 4e année, futurs dentistes, exercent leur art sur des patients, qui paient environ la moitié du prix exigé par les cliniques privées, parfois encore moins. Il s’agit pour eux d’une formation obligatoire, pour laquelle ils obtiennent des crédits.

Depuis des années, des étudiants en optométrie, en audiologie, en orthophonie ou en psychologie reçoivent aussi des patients dans des cliniques-écoles universitaires.

Les Québécois à la recherche de soins bon marché se tournent également vers les cégeps, où l’on forme des étudiants en hygiène dentaire, en réadaptation physique ou en acupuncture. C’est sans compter les écoles spécialisées en massothérapie ou en ostéopathie, par exemple, qui ouvrent leurs portes au grand public.

À la Clinique étudiante de Guijek, une école de massothérapie de Montréal, on peut obtenir un massage suédois ou shiatsu d’une heure pour 35 dollars (le massage n’est pas couvert par les régimes d’assurance privés, car les étudiants ne font pas encore partie d’une association professionnelle). Au cégep Garneau, à Québec, un traitement en réadaptation physique d’environ une heure coûte 15 dollars (couvert par les assurances). « Les patients doivent au préalable être évalués par un physiothérapeute, au coût de 45 dollars », précise Nicole Caron, responsable de la clinique. Au même cégep, un nettoyage des dents par un étudiant en hygiène dentaire coûte de 25 à 30 dollars, selon la quantité de tartre à enlever (non couvert par les assurances).

À la Clinique universitaire de la vision de l’Université de Montréal, toutefois, où des étudiants de 4e ou de 5e année s’exercent à procéder à des examens de la vue, les clients doivent s’attendre à payer le même prix que dans une clinique privée (65 dollars pour un examen complet, couvert par les assurances privées). Les lunettes et les lentilles cornéennes qu’on y vend, en revanche, sont à des prix inférieurs à ceux du marché.

« C’est la qualité de nos services qui attire avant tout la clientèle, estime Jean-Marie Hanssens, directeur de la clinique. Nous sommes équipés des appareils les plus récents, que ce soit pour dépister le glaucome ou photographier la rétine, qu’on ne retrouve pas toujours dans les cliniques privées. »

Denise Guérin, enseignante à la retraite, fréquente la Clinique universitaire de la vision exactement pour cette raison. « À partir d’un certain âge, nos yeux deviennent ce qu’on a de plus précieux, dit cette femme de 71 ans. À l’Université, je sais qu’ils ne font pas les choses à moitié. De plus, ils ne me mettent jamais de pression pour que j’achète une nouvelle paire de lunettes. »

Il ne faut pas être pressé, cependant. Tandis qu’un examen de la vue dure environ une demi-heure dans le privé, il peut s’étirer sur une heure et demie à l’Université de Montréal. « Un professeur ou un clinicien externe doit valider le travail de l’étudiant », explique Jean-Marie Hanssens.

C’est ce qui a découragé Sylvie Trudel, qui a renoncé à se faire blanchir les dents à l’Université de Montréal après une seule séance. « L’étudiante partait sans arrêt demander ce qu’il fallait faire à son professeur, pendant que j’attendais dans le fauteuil, dit-elle. Au bout d’une demi-journée, on n’en était même pas rendues à entreprendre le traitement. Et c’est moi qui ai dû lui rappeler de me mettre un tablier de plomb avant de faire les radiographies. »

Le Dr André Phaneuf, qui dirige la clinique dentaire, défend ses protégés. « Nous sommes avant tout un lieu d’enseignement et d’apprentissage, fait-il valoir. On ne peut pas venir ici pour recevoir des soins à la carte. Les patients doivent d’abord passer deux demi-journées pour obtenir une évaluation approfondie. Ensuite, ils doivent s’engager à suivre un plan de traitement complet, pour permettre à l’étudiant de se familiariser avec tous les types de soins. » Les services, affirme-t-il, sont d’une qualité exemplaire. « On enseigne l’excellence à nos étudiants. Nous avons toute une équipe de professeurs et de cliniciens pour superviser leur travail. »

Au cégep Garneau, la responsable de la Clinique d’hygiène dentaire, Lise Pouliot, soutient que les patients qui se font nettoyer les dents par un débutant n’ont pas à craindre pour leurs gencives. « C’est plutôt le contraire ! dit-elle. Les étudiants qui commencent ont tellement peur de faire mal au patient qu’ils hésitent à aller en profondeur. Le professeur doit corriger. » La qualité du nettoyage, assure-t-elle, est aussi bonne, sinon meilleure, que dans un cabinet privé. « On a le temps de bien faire les choses. »

Et comment ! Un « petit nettoyage » par un débutant dure une ou deux demi-journées au cégep Garneau ; un « nettoyage majeur », jusqu’à cinq demi-journées. « La majorité de nos clients sont retraités », précise Lise Pouliot.

Il n’y a pas que sur le fauteuil où les clients doivent faire preuve de patience. Pour obtenir un rendez-vous aussi. Il faut parfois attendre jusqu’à un an pour avoir une place à la Clinique d’hygiène dentaire du cégep Garneau. « Vous avez plus de chances d’obtenir un rendez-vous rapidement si vous appelez en début de session ou si votre cas est grave, explique Lise Pouliot. Nos étudiants doivent s’exercer sur des cas variés. Pour les petits nettoyages, nos classeurs débordent. »

À la Clinique dentaire de l’Université de Montréal, on peut être reçu pour un premier rendez-vous en quatre ou cinq mois. « C’est vrai qu’il faut du temps et un peu d’indulgence, mais vous n’aurez pas de meilleurs soins ailleurs », assure le Dr Phaneuf.