Sexe, drogue et PIB : la guerre des chiffres

Certains pays ont trouvé la recette infaillible pour doper leur économie.

Ill. : Isy Ochoa / Getty Images
Ill. : Isy Ochoa / Getty Images

Certains pays européens ont trouvé la recette infaillible pour doper leur économie ― du moins, en apparence. Dès septembre, le Royaume-Uni, l’Italie, l’Espagne et la Belgique prendront en compte les revenus d’activités illégales dans le calcul de leur produit intérieur brut (PIB).

Une manœuvre édictée par Eurostat, l’office européen des statistiques, dont les nouvelles normes comptables enjoignent les pays membres de l’Union européenne à inclure l’économie souterraine dans la richesse nationale.

Au pays de la reine Élisabeth II, le trafic de drogue et la prostitution auraient permis d’intégrer respectivement 4,4 milliards et 5,3 milliards de livres au calcul comptable, en 2009 – soit 0,7 % du PIB.

Pour en arriver à ce montant, l’Office national de la statistique du Royaume-Uni a notamment évalué à 61 000 le nombre de travailleurs et travailleuses du sexe (qui auraient entre 25 clients sur une base hebdomadaire) et à 2,2 millions le nombre de consommateurs de cannabis.

L’activité de la mafia devrait quant à elle donner un sacré coup de fouet au PIB italien. Une aubaine pour ce pays malade de la zone euro. Selon l’Organisation des nations unies, les trois principales organisations mafieuses (’Ndrangheta, Cosa Nostra, Camorra) revendiquent un chiffre d’affaires de 116 milliards d’euros, soit 5,9 % du PIB du pays.

Un tel ajout permettra à l’Italie d’envisager avec plus de sérénité les seuils de déficit public (3 % du PIB) et de dette publique (60 % du PIB) que les pays de la zone euro se doivent de respecter.

La France, elle, assure déjà tenir compte de l’activité dissimulée (travail au noir, contrebande de tabac), qu’elle différencie de l’économie souterraine (activités interdites). Elle a donc opté pour la double comptabilité : elle transmettra les chiffres actualisés à Eurostat à des fins de comparaison, mais continuera d’afficher son propre calcul sur son site Internet.

La réévaluation des chiffres a permis au Nigeria, en avril dernier, de devenir la première économie d’Afrique en l’espace d’une nuit – de 270 milliards $, son PIB a quasiment doublé pour atteindre 510 milliards $. Suivant les recommandations de la Commission statistique des Nations unies, ce pays d’Afrique de l’Ouest avait revu pour la première fois depuis 1990 les procédures de comptabilité de son PIB, ce qui lui a permis d’intégrer les revenus d’industries non prises en compte jusqu’alors, telles que les télécommunications, les technologies de l’information ou encore la production de films.

Le Canada inclut dans le calcul de son PIB une portion des activités économiques souterraines, dont la valeur totale s’élevait en 2011 à 40,9 milliards de dollars – soit 2,3 % du PIB –, selon Statistique Canada. Comme l’indique ce graphique du Conseil économique et social des Nations unies, l’agence fédérale exclut toutefois la prostitution et le trafic de drogue de ses estimations.

Canada-Economie-Souterraine.pdf

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L’économie, c’est l’économie ! Tout compte dans l’économie. Les gens mentent, mais les chiffres ne mentent pas. La piastre d’Accurso vaut la piastre du premier ministre. Blanchie ou pas, une piastre est une piastre. Vive le capitalisme !