SNC-Lavalin et Rona : la mutation de Québec inc.

Leur histoire est différente et les difficultés ne sont pas les mêmes, mais deux grandes entreprises québécoises ont annoncé ces derniers jours des décisions importantes quant à leur avenir. Dans les deux cas, les nationalistes économiques vont déchirer leurs chemises, comme si ces décisions n’étaient ni souhaitables ni prévisibles.

Commençons par Rona, puisque c’était le sujet de ma dernière chronique dans L’actualité. Des actionnaires, dont le gestionnaire de fonds Invesco, réclamaient un nouveau conseil d’administration qui aurait eu comme objectif avoué de secouer l’entreprise dont les ventes stagnent et la rentabilité chute depuis plusieurs années et comme objectif non avoué de se montrer plus réceptif à une offre d’achat comme celle soumise par le géant américain Lowe’s l’été dernier.

La Caisse de dépôt et de placement du Québec, premier actionnaire de Rona, et Invesco ont trouvé un terrain d’entente. Le fonds torontois et ses alliés laissent tomber la vente de l’entreprise, mais ils obtiennent un élargissement du conseil sur lequel ils seront représentés et la nomination d’un nouveau président exécutif du CA qui a pour mission de faire le ménage et de trouver un nouveau PDG.

RONA est une une puissance canadienne, présente à travers le pays et qui compte des actionnaires provenant d’autres provinces. Normal que d’autres régions soient représentés au conseil et influencent la direction de l’entreprise. RONA perd sa chemise dans les grandes surfaces et il n’est pas honteux de suggérer la vente de certains de ses magasins à une puissance comme Lowe’s et de consolider ainsi son emprise sur le marché des magasins de proximité. C’est une formule qui sourit à BMR et Home Hardware qui n’ont pas de magasins de la taille des Home Depot.

L’idée n’est jamais de faire grandir l’entreprise à tout prix, mais de s’assurer que les ventes soient payantes et que la rentabilité permette la survie de l’entreprise à long terme. Une entreprise qui ne fait pas d’argent est condamnée, qu’elle soit petite ou grande.

Chez Rona, le conseil d’administration commence le ménage. Chez SNC-Lavalin, on est rendu une étape plus loin. La haute direction est en train de réaménager les structures de l’entreprise et la composition de l’équipe dirigeante.

Ce ménage s’imposait. SNC-Lavalin est impliquée dans trop d’histoires louches, dans trop de pays pour laisser les choses et les gens en place. Nous avons ici une entreprise qui dépend dans une bonne mesure de contrats publics, obtenus dans une centaine de pays et souvent financés par des organismes internationaux. La réputation et l’intégrité importent autant que le savoir-faire.

Côté know-how, SNC-Lavalin est une entreprise championne, mais sa réputation est entachée. Elle est devenue, à tort ou à raison, le mouton noir du génie-conseil. Les précédents dirigeants ne semblent pas avoir su comment empêcher cette dérive apparente; pire ils en auraient peut-être été complices.

Pour se refaire une virginité et relancer une entreprise malmenée, le conseil a opté pour un Américain, Robert Card, qui a déjà dirigé une firme internationale de génie-conseil. Ce dernier vient de donner les clefs d’une nouvelle division Ressources et Environnement à un ancien dirigeant d’un géant britannique de l’ingénierie présent lui aussi à travers le monde. Toutefois, cette nouvelle entité sera dirigée de Londres où réside M. Neil Bruce.

D’où le tollé et les appels à la nation. Montréal serait-elle en train de se faire dépouiller d’un important siège social alors que les francophones ne constituent qu’une minorité au bureau de direction et au conseil d’administration ?

Voilà, sommes-nous en train de dire que nous préférons le statu quo pour une firme au passé récent trouble et à l’avenir incertain pourvu qu’il y ait des francophones à sa tête ? Ce facteur transcenderait donc toutes les considérations économiques et financières ? Préférons-nous une entreprise québécoise en déclin et à la réputation ruinée, mais pure laine à 100 %, à une entreprise internationale bien portante et bien considérée établie à Montréal ?

SNC-Lavalin est une entreprise gigantesque qu’il faut sauver. Si des mains expérimentées la sortent du gouffre réputationnel dans lequel elle s’est placée, je dit tant mieux. Si la nouvelle entité londonienne performe à la hauteur des attentes, c’est toute l’entreprise qui en bénéficiera. Ce sont les déposants de la Caisse de dépôt et de placement et les clients de Jarislowsky Fraser, ses deux principaux actionnaires, qui en profiteront et c’est ultimement le siège social d’une telle entreprise qui en empochera les dividendes.

Quel est le plan B ?

8 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Rona et SNC-Lavalin ont au moins un point en commun. Ce sont deux entités qui dans des domaines différents (quoique connexes) se sont axées sur une croissance au pas cadencé quoiqu’il coûte ; pour devenir des acteurs incontournables sur leurs propres marchés. Si la structure de Rona repose avant tout sur la santé financière de ses marchands indépendants, les choses s’avèrent un petit peu plus compliquées avec SNC-Lavalin qui est confronté à un ensemble de transactions douteuses. Le fait précisément de de scinder la direction en plusieurs entités distinctes lève le voile sur une possibilité de démantèlement ou du moins d’une évolution de la structure de la compagnie ou de la réparation de ses actionnaires dont aucun ne contrôle actuellement la maison mère. Rien ne permet d’affirmer que cela soit d’un bon rapport pour les possesseurs de titres, d’autant plus que la diversité des activités et le positionnement géographique des activités sont très favorables à ce genre de dispersions.

S’il est donc positif que Rona se montre plus à l’écoute de ses marchands membres partout au Canada et que le Conseil d’Administration soit plus représentatif de sa diversité, de telle sorte que la compagnie dans ce cas a tout à gagner et relativement peu à perdre. Je suis plus circonspect sur les tenants et les aboutissants des décisions stratégiques prises par SNC-Lavalin. Le savoir-faire d’une compagnie plus spécialisée dans l’ingénierie repose en particulier sur ses ingénieurs et sur l’ensemble de ses techniciens. Il n’est pas indispensable d’avoir de très grandes structures pour accomplir un excellent travail. C’est même tout le contraire puisque chaque projet repose sur des équipes cohérentes, articulées et bien formées.

Ce qui justifie de la dimension de telles entreprises, c’est exclusivement pour pouvoir soumettre dans les Appels d’offres internationaux qui servent au prestige et de références pour rendre incontournables ces firmes ; qui surtout engrangent des bénéfices par la grâce des dépassements de coûts récurrents à tous projets d’envergure. Ce qui est une entrée béante à toutes les formes de corruptions, tant ici qu’ailleurs ; il suffit pour s’en convaincre de suivre les travaux de la commission Charbonneau.

Votre question est d’une incroyable mauvaise foi!
Comme si des Québécois n’étaient pas capables d’administrer une grosse cie?
Est-ce que les Américains ont demandé à des Japonais de venir sauver GM? Ford?
SNC a été sauvée une première fois par Bourassa. Marois, qui connait rien en économie, ne sait même pas que SNC-Lavallin nous a été enlevé par les Anglos
Quant aux médias, on dirait que vous allumez tout à coup

Indépendamment sous quelle autorité s’est constituée SNC-Lavallin, fédérale ou provinciale, le gouvernement en question devrait avoir le droit, si SNC-Lavallin a contrevenu aux lois en ce qui a trait à la corruption et à la collusion voire même à d’autres lois s’il y a lieu, le gouvernement donc devrait avoir le droit de purement et simplement d’entreprendre une procédure de nationalisation envers cette compagnie « trop importante pour disparaître ».

Les citoyens, par leurs gouvernements devraient alors non pas mettre en faillite cette compagnie criminelle et la faire disparaître mais en prendre possession, la gérer pendant un laps de temps précis, puis, le moment venu, offrir les actions de cette compagnie à une coopérative de travailleurs constituée par l’ensemble de ses employés.

Cette solution appliquée dans des circonstances précises, c’est-à-dire des condamnations aux plus hauts niveaux des directions, permettrait de sauvegarder un patrimoine industriel, technologique, commercial qui, la plupart du temps s’est développé à la faveur de subventions, de contrats publiques ou d’investissements publiques. Que la société en reprennent la possession serait un juste retour des choses, sans pénaliser les travailleurs, les clients, les fournisseurs, etc.

Si les actionnaires et les hauts dirigeants sont incapables de s’assurer de l’intégrité, de la légalité et de la moralité de leur entreprise, qu’ils en paient le prix. L’exemple de l’Italie dans sa lutte économique contre la mafia devrait nous inspirer. Il serait temps que les bottines suivent les babines.

«Les gens sont trop bien élevés, les méchants peuvent s’en donner à coeur joie.»
[Dan Powell]

jack2 tu es drôles… ton commentaire démontre aussi une mauvaise foi et une méconnaissance de nos leaders.

@Matt

Méconnaissance de nos leaders?
Où est Pauline dans le dossier de SNC? Où est Marceau?

Lavallin est le fleuron de notre entrepreneurship. Une petite firme de génie québécois devenue l’une des plus grande au monde, qui fait affaire dans une centaine de pays.

En quelques mois, on vient d’en perdre le contrôle. Où est Pauline? Où est Marceau?
On ne parle pas d’une binnerie à St-Clinclin. On parle du fleuron de l’entrepreneurship québécois

@ Denis Drouin (#3) :

SNC-Lavalin est une société enregistrée au Québec, de capitaux ouverts, de telle sorte que ses actions sont cotées sur l’indice S&P/TSX 60 des entreprises les plus prestigieuses au Canada.

Dans la pratique, l’entité SNC-Lavalin dont le siège social est à Montréal est la maison mère d’un groupe international composé de diverses entités dont les statuts juridiques sont indépendants. Ainsi la filiale européenne du groupe : « SNC-Lavalin Europe » dont le siège social est à Paris, se trouve être dans les faits une société anonyme immatriculée en France dont les activités sont totalement indépendantes de la maison mère.

De la même manière, vous pouvez avoir d’autres sous entités indépendantes comme par exemple : la société « SNC-Lavalin Internatonal Inc. » dont les bureaux (ou la boite postale) sont basés à Benghazi en Libye laquelle est dûment immatriculée dans ce pays sous le numéro suivant : Nr Duns : 366427540.

En sorte que les fils de l’ancien dictateur Libyen ou leurs fondés de pouvoir, pouvaient par le biais de cette société être aussi actionnaires de la maison mère. À noter qu’il n’y a rien d’illégal dans tout cela. Les activités internationales du groupe sont surveillées par la maison mère. En sorte qu’il se peut que des personnes responsables puissent avoir procédé à des transactions douteuses d’autant plus que SNC-Lavalin qui intervient sur un ensemble de domaines, peut aussi agir comme financier dans plusieurs projets.

Tout cela pour vous dire que dans le meilleur des cas, dans l’optique d’une nationalisation, vous ne pourriez nationaliser que les activités québécoises du groupe ou au mieux seulement les activités canadiennes. Le reste des activités internationales qui représentent une part de plus en plus considérable du chiffre d’affaires de la maison mère pourrait tout aussi bien être transféré à une ou plusieurs filiales, quitte à créer une nouvelle entité par exemple (nom fictif): « SNC-Lavalin Worldwide » dont le nouveau siège social pourrait être aussi bien à New York, Londres ou Paris….

– Bref, le plus simple est encore que SNC-Lavalin fasse elle-même le ménage et que des actionnaires institutionnels comme la CDPQ accroissent leurs prises de participation dans l’affaire advenant un parfait assainissement de toutes les activités.

@ Denis Drouin (# 3):

Nationaliser Lavalin…

Que voici une excellente et brillante idée!!!

Ça va tellement bien dans les organismes gérés par le gouvernement québécois comme la santé, l’éducation, et tutti quanti que l’on pourrait faire bénéficier la pauvre Lavalin de tout notre « savoir-faire » en gestion.

Bravo Monsieur Drouin.

La grenouille est rendue de la taille du boeuf et va éclater… Cessons de se pêter les bretelles.
Vivement que l’on vende Rona et SNC-Lavallin aux plus offrants et que l’on récupère l’argent investi par les contribuables afin de repartir à zéro dans des organismes plus petits, mais inventifs, entreprenants, dynamiques et constitués de gens honnêtes et hardis qui n’ont pas encore eu le temps de se faire corrompre. Talleyrand a dit en 1815 «Le pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument». Remettons les pendules à zéro; sortons du bourbier.Recommençons, mais en toute probité.