SNC-Lavalin : la honte de Québec inc.

Pierre Duhaime, l’ancien PDG de SNC-Lavalin, est inculpé de fraude et il a été détenu mercredi pendant quelques heures. On ne parle pas ici d’entrepreneurs en construction plus ou moins arrimés avec le crime organisé, mais de quelqu’un qui a dirigé l’une des plus grandes entreprises du Québec et un leader mondial dans son domaine.

Si on s’inquiète pour l’avenir de Rona ou d’autres sociétés importantes qui ont leur siège social au Québec, on devrait être alarmé par la descente aux enfers de ce géant québécois. SNC-Lavalin a réalisé des ventes de 7,2 milliards de dollars en 2011. C’est l’équivalent, au niveau des revenus, de la Banque Nationale et près du double de Cascades. L’entreprise emploie 28 000 personnes dans 40 bureaux à travers le monde et oeuvrant dans une centaine de pays. Son carnet de commandes atteint les 10 milliards de dollars.

Habituellement, les entreprises sont menacées quand les revenus et les profits ne sont pas au rendez-vous. Dans le cas de SNC-Lavalin, c’est la façon dont certains contrats ont été obtenus qui causent problèmes. Cinq enquêtes policières dans trois pays sont en cours, un ancien haut-dirigeant, Riadh Ben Aïssa, croupit dans les prisons suisses, un recours collectif de 1 milliard de dollars est intenté par des investisseurs et voilà que l’ancien PDG est accusé dans une affaire de pot de vin dans le cadre de l’attribution du contrat pour la construction et la gérance du Centre hospitalier de l’Université McGill.

Les liens étroits entre l’entreprise et l’ancien régime libyen sont bien documentés et montrent une entreprise prête à tout pour décrocher des mandats. Cet article du magazine du Globe And Mail traduit pour notre site frère Affaires sans frontières raconte une sale histoire dont les protagonistes sont les anciens dirigeants de la firme d’ingénieurs. Au-delà de la malhonnêteté – qui reste à prouver – il y a lieu de s’interroger sur l’éthique commerciale de ce fleuron québécois.

Il y a lieu aussi de s’interroger sur le formalisme bête qui semble guider ceux qui accordent des prix ou des mentions aux entreprises pour leur bonne gouvernance. À la suite de l’affaire Enron qui avait tant marqué les esprits en 2002, on a voulu faire des conseils d’administration le rempart absolu contre le mauvais management. Un bon conseil et des bons principes de gouvernance devaient empêcher les dérives des gestionnaires.

SNC-Lavalin est la bête de concours absolue des concours de gouvernance. Son actionnariat est diversifié, les postes de président et chef de la direction et de président du conseil d’administration sont distincts, les administrateurs qui ne font pas partie de l’équipe dirigeante sont largement majoritaires, les comités du conseil fonctionnent bien, les membres du conseil sont des gestionnaires aguerris et expérimentés : sur papier, tous les éléments y sont.

Lundi – il y a quatre jours ! – le Globe And Mail plaçait SNC-Lavalin au septième rang en matière de gouvernance sur les 244 sociétés canadiennes cotées en Bourse. Mais à quoi sert un conseil d’administration modèle si personne ne prend la peine de s’enquérir des budgets consacrés à l’obtention des contrats et de scruter à la loupe les frais de démarchage engagés ?

Dans le même ordre, l’institut canadien des comptables agréés décernait cette semaine à SNC-Lavalin un prix d’excellence pour le meilleur rapport dans la catégorie « Industries diversifiées ». C’est chouette un beau rapport financier, mais à quoi sert-il au juste si on ne retrace pas, comme cela semble être le cas de la police suisse, 139 millions de dollars qui auraient servis à des « paiements irréguliers » ?

Je trouve cela aberrant. N’importe quel investisseur sait qu’il faut aller au-delà de la cosmétique et des apparences.

Entre-temps, la confiance des investisseurs est minée. Puisque SNC-Lavalin n’a pas d’actionnaire de contrôle, n’importe qui pourrait mettre la main sur ce joyau terni à une fraction de la valeur de l’entreprise. L’entreprise pourrait passer à des mains étrangères, être démantelée ou intégrée dans un grand groupe étranger.

Le paradoxe, c’est que SNC-Lavalin restera probablement en mains québécoises tant et aussi longtemps que toute la lumière ne soit faite dans les nombreuses affaires qui ternissent son image. Bref, c’est la police qui assure pour le moment la pérennité et la québécité de SNC-Lavalin.

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C’est une excellente occasion pour la Caisse de Dépôt d’augmenter sa participation dans SNC-Lavalin. Fondamentalement, l’entreprise fait autant de profits qu’avant et son portefeuille d’infrastructures n’a pas perdu de valeur. Vraiment, la Caisse devrait profiter de cette sous-évaluation temporaire de l’entreprise québécoise.

Ce M. Duhamel était contre la commission Charbonneau sous prétexte que tout allait bien et qu’il n’y avait de fraude chez SNC Lavalin.

M. Duchesneau doit bien rire du retournement de situation de M. Duhamel, lui qui a été méprisé par ce « baron » des affaires.

Quand on crache en l’air…..

Je me suis prononcé en faveur d’une commission d’enquête dès 2009 alors que je travaillais pour TVA . Et je n’ai jamais changé d’idée par la suite. Je vois que vous êtes bien renseignée.

Oups! j’ai confondu car je voulais écrire: Duhaime et non Duhamel. Toutes mes excuses à M. Pierre Duhamel.Disons que vos noms sont confondants.

Québec Inc. est totalement corrompu et il vient de gagner contre Breton et les Québécois. Notre parenté instruite pour laquelle ont a fait la révolution tranquille s’est laissé corrompre comme une bande de colons sur des petits lunchs et a trahi les espoirs de tout un peuple. Ils sont devenus libéraux en vieillissant. La lâcheté érigée en système. Il va falloir les écouter durant le temps des fêtes avec leur “précieuseté” ostentatoire de gens qui si connaissent en répétant quelques paragraphes de La Presse et de Québecor pour appuyer leur ignorance démontrée. Il va falloir que les jeunes reprennent la rue appuyés par les gens décents (il en reste). Quand au gouvernement, c’est la chasse ouverte a tous ces malfrats.

@ Jacques H. Grenier (# 5):

« Québec Inc. est totalement corrompu… » (sic)

Attendez…on n’a pas encore effleuré le dossier des grosses centrales syndicales alliées naturelles du Parti québécois et SURTOUT celui de la FTQ Construction.

On va se régaler!

Allez pas trop vite le Quebec inc ne se limite pas aux quelque grosse compagnie et firme, le Quebec inc c’est aussi des milliers de PME qui crée le plus gros de l’emplois. Ce que l’on a oublier c’est que la plus part de ces compagnie sont honnête. Par ailleur j’ai toujours trouvé que l’on s’occupe trop des quelques grande entreprise pour négligé nos PME et les aider à devenir de grande entreprise.

Les ingénieurs ne suivent pas de cours de psychologie parce qu’ils sauraient que les voleurs viennent avec l’argent! Plus il y a d’argent plus il y a de voleurs!

Je suis de ceux qui pensent que « économie » et « honnêteté » sont des concept qui s’excluent!

Aujourd’hui, les services rendus ne sont plus qu’un prétexte pour se transrérer de l’argent d’un compte à l’autre.

Réal Ouellet

« Je suis de ceux qui pensent que “économie” et “honnêteté” sont des concept qui s’excluent! »

Et bien vous vous trompez complètement.

Sauf que le capitalisme pour bien fonctionner (comme une « méritocratie ») doit absolument s’accompagner d’un état de droit qui fonctionne. Ça veut dire entre autre qu’il faut une branche judiciaire de l’état qui a des moyens et qui est indépendante des autre branches (exécutives et législative).

Or cela fait cruellement défaut au Canada et surtout au Québec où la branche judiciaire est l’enfant pauvre de l’état et où l’indépendance du judiciaire (juges, police, etc…) n’existe pas réellement, c’est le pouvoir exécutif avec à sa tête le PM qui contrôle tout.

Ajouter à cela le fameux « modèle Québécois » où (pour faire court) à peu près tout ce qu’il y a d’intervenants économique (incluant les syndicats) couchent avec l’état d’une façon ou d’un autre (subvention, protectionnisme, réglementation de tout acabit, etc…) pour pouvoir survivre et prospérer.

Mettez tout ça ensemble et brasser, avec toute cette belle promiscuité vous finissez avec un terreau très fertile pour le copinage et la corruption.

Les solutions sont évidentes: Moins d’état pour donner moins de support à la corruption et encourager la compétition, et plus de surveillance par une branche judiciaire forte et indépendants.

Mais bon je ne retiendrai pas mon souffle en attendant que ça arrive…

@ PBrasseur #10

« Les solutions sont évidentes: Moins d’état pour donner moins de support à la corruption et encourager la compétition, et plus de surveillance par une branche judiciaire forte et indépendants. »

Décidément, cette façon d’éradiquer la collusion est devenu épidémique, mais contraire à la réalité. Pour preuve des études ont démontré le contraire :

« Thirdly, the significant effect of inequality on corruption may also help to explain why larger sizes of government are not associated with higher levels of corruption. One recent puzzling empirical finding was that smaller, not larger, government size was associated with higher levels of corruption (La Porta et al. 1999; Friedman et al.2000), contradicting previous studies.

[…]

But if corruption is the result of the rich attempting to preserve and advance their position, and larger government size can be associated with less corruption, minimizing the state is not necessarily the appropriate policy response. »
A Comparative Study of Inequality and Corruption by Jong-Sung You and Sanjeev Khagram
The Hauser Center for Nonprofit Organizations and
The John F. Kennedy School of Government
Harvard University
November 2004
Working Paper No.22

@ Marc Sauvageau (# 11):

N’est-il pas curieux que TOUS les cas de corruption actuellement à l’étude au Québec (idem ailleurs dans le monde) par la Commission Charbonneau n’impliquent QUE des « serviteurs de l’État » (fonfons, politiciens, etc…)?

Ne serait-il pas alors logique de croire que « moins d’État = moins de corruption »?

De quel parti politique SNC-Lavalin est-il le plus près?

Si on fait l’inventaire des hauts dirigeants actuels et passés, d’où originent_ils?

A quel moment SNC-Lavalin a-t-il pris position contre le gouvernement Libéral au cours de son dernier mandat?
Mon grand-père me disait Bon sang ne saurait mentir!

La corruption dépend de chacun de nous….On embarque ou on embarque pas.J’ai travaillé pour une compagnie d’état et on m’a offert voyage en Amérique du Sud,manteau de fourrure pour ma femme…motoneige…Quad…payer mes hôtels ectttt…J’AI toujours refusé pont barre.Lorsque nous sommes bien payé pour notre travail…que nos frais sont tous couvert…que demander de plus???Aujourd’hui,j’en suit très fier et très heureux à ma retraite.

@ François 1 #12

À moins d’habiter dans un univers parallèle, les entrepreneurs en construction tel que Zambito, Catania, Accurso, des firmes de génie-conseil sont aussi impliqués dans la commission Charbonneau. Peut-être que dans votre univers, la mafia est une société d’État, mais pas dans le mien. Avez-vous lu les premières lignes de ce billet, un ex PDG de Lavalin accusé de fraude (pot de vin), c’est tout de même pas un « fonfon ».

Une étude sérieuse faite par des chercheurs de l’université Harvard est plus convaincante, à mes yeux, que vos théories personnelles, inspirées par des libertariens excentriques.

@ Marc Sauvageau – Ouais, confions tout au privé et laissons le tiroir ouvert. Comme ça il n’y aura pas de « corruption »… Galbraith a suffisamment démontré qu’on associe tous les maux à l’état, sauf lorsqu’il s’agit de l’armée, qui n’en a jamais trop et ne gaspille jamais…

Quel beau carnet de présentation de la part de nos ex-fleurons de l’économie québécoise. Je part vendre le Québec aux chinois!

Ils appelaient cela Québec inc. avec toutes les tapes dans le dos de nos gouvernants quels qu’ils soient.

Ils viennent de frapper un mur. Le petit jeu est fini et il semble que tout le monde qui on su ne pas être encore mis en doute, « se désole » de leurs anciens partenaires de golf et autres amusements que l’on peu se payer aux frais du PEUPLE.
Viendra-t-il un jour ou l’honnêteté,la rigueur fasse son chemin parmi cette « gang » d’arrivistes sans fonds.
Comme je ne crois plus depuis longtemps au progrès de la nature humaine, je crois que je serai encore témoin jusqu’à ma mort de l’incapacité de l’homme de vivre sur cette planète.
Quel dommage…

Attendez qu’apparaissent Bombardier, Le crique du Soleil, CGI … avec les loups ont hurle … qui s’assemble se ressemble … la faim chasse le loup hors du bois … en voulez-vous d’autres?

@ Marc Sauvageau (# 15):

Z’avez rien compris.

TOUS les corrompus sont des serviteurs public en situation de monopole. TOUS!

Bien sûr, ils ont été corrompus par des privés MAIS si leur situation n’avait pas été celle qu’elle a été (monopole étatique genre bolchévik), aurait-il été aussi facile de les corrompre? Je ne crois pas car la saine compétition du système capitalisme aurait fait son oeuvre.

PLUS de capitalisme et MOINS de monopole étatiques = MOINS de corruption.

D’ailleurs, si une enquête était également mise en place pour la SAQ, Hydro-Québec, la SAAQ, le système de santé et autres monopoles étatiques, je suis absolument assuré que les résultats seraient tout aussi catastrophiques que ceux que la Commission Charbonneau de Jean Charest nous a révélés jusqu’à maintenant.

@ Jean Bédard (# 16):

Vous avez quelque chose contre le privé?

C’est pourtant ce même privé qui vous construit des maisons, qui vous habille, qui vous nourrit, qui vous divertit, qui vous transporte d’un lieu à un autre, qui vous fournit des médicaments, etc… et ce, à un coût plus que raisonnable.

@ François 1 #19

Excusez ma « cancrerie », à croire ce que vous écrivez, s’il y a des corrupteurs, c’est parce qu’il y a des corrompus. Que dans un monde sans état (dans votre langage sans monopole de société d’état) l’entreprise privée se comporterait en modèle de vertu, droite comme une barre de fer! La corruption serait insignifiante puisqu’il y aurait personne à corrompre. Quelle candeur !

Pourtant, Transparency International, une organisation d’incultes bien connue, mentionnait dans son rapport de 2009 :« Le népotisme et la corruption dans les relations commerciales privées sont deux problèmes qui nécessitent un examen beaucoup plus minutieux.[…]les hauts dirigeants citent plus fréquemment la corruption au sein du secteur privé comme un obstacle à leurs activités commerciales que les questions d’infrastructure ou le fonctionnement du système judiciaire.» Mais comme on est au pays des incorruptibles, Transparency doit prêcher dans le désert .

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