Souriez, vous êtes viré!

On la surnomme la reine des séparations heureuses. Chez Netflix, elle a mis au point une méthode pour mettre les employés à la porte «avec grâce et dignité». 

Getty Images
Getty Images

Vous êtes viré.

Congédié. Licencié. Remercié. Slaqué.

Peu importe les mots utilisés, se faire mettre à la porte fait toujours mal. Mais il y a moyen de le faire avec «grâce et dignité», croit l’ancienne directrice des ressources humaines de Netflix, Patricia McCord. La clé: l’honnêteté.

Au cours de ses 14 années chez Netflix, Patricia McCord a laissé sa marque sur les ressources humaines. Les vacances illimitées, l’abolition des primes de performance et une politique de dépense qui tient en sept mots — «agissez dans le meilleur intérêt de Netflix» — ne sont que quelques une des initiatives de la dirigeante qui ont été reprises par nombre d’entreprises, particulièrement dans le secteur techno.

«Chez Netflix, il n’y a pas de secret avec les employés , affirme en entrevue la femme devenue consultante, qui sera à Montréal le 24 février dans le cadre de la conférence APEX 2016. «Ils savent toujours dans quelle direction l’entreprise se dirige.» Et ce, même si cette direction implique l’abolition de leur poste.

Patricia McCord
Au cours de ses 14 années chez Netflix, Patricia McCord a laissé sa marque sur les ressources humaines.

Réaliser que ses services ne seront plus requis dans quelques mois n’a certes rien de joyeux. Mais voir le coup venir permet d’atténuer le choc, et même de le parer en se cherchant un nouvel emploi dès maintenant. Et l’employé ne partira pas les mains vides: l’entreprise a pour politique d’offrir de généreuses indemnités de départs.

L’honnêteté s’applique aussi aux gens qui ne font pas l’affaire. Patricia McCord, rejette les plans d’amélioration des performances, une «farce» dont l’objectif réel est de se débarrasser d’une personne plutôt que de l’aider. «Pourquoi passer 90 jours à dire à un employé à quel point il n’est pas bon? Je préfère dire dès maintenant que ça ne fonctionne pas, signer un gros chèque et lui souhaiter bonne chance pour son prochain job

Cette approche a mérité à Patricia McCord le surnom de Queen of Good Goodbyes — la reine des séparations heureuses. Un titre officieux qu’elle aime, mais qu’elle a acquis à la dure.

Peu de gens s’en souviennent, mais Netflix est une créature de la première bulle techno, dont l’éclatement a bien failli conduire à sa perte. «Nous faisions trop de choses différentes: location de DVD, critiques de films, vente de publicité. Pour survivre, nous nous sommes concentrés sur la location de films.»

Pour Patricia McCord, cela s’est traduit par le licenciement de tous les employés non essentiels à cette activité, soit le tiers des effectifs de Netflix sur un total de 120. «Une expérience douloureuse, mais incroyable.» Car seuls les meilleurs employés restaient, et chacun était conscient de son rôle dans l’entreprise. Ils étaient soudainement plus productifs, plus autonomes. «Nous travaillions comme des fous, mais c’était tellement le fun», se souvient Patricia McCord.

Netflix s’est redressé, puis a renoué avec la croissance… et l’embauche. Déterminés à conserver la même ambiance, Patricia McCord et le PDG, Reed Hasting, ont condensé la culture de l’entreprise dans un PowerPoint qui était présenté à chaque nouvel employé.

Le document, qui se veut un reflet réel des valeurs de Netflix et non un amalgame de phrases vides auquel personne ne croit, ne fait pas dans la dentelle. «Nous sommes une équipe, et non une famille, peut-on y lire. Et nous sommes une équipe de sport professionnel, pas une équipe récréative pour enfants. Les dirigeants de Netflix embauchent, développent et coupent intelligemment, afin d’avoir des étoiles à chaque poste.»

Le PowerPoint, qui ne comptait initialement que quelques diapositives, est continuellement mis à jour. Lorsque le PDG l’a rendu public en 2008 afin que les candidats puissent mieux se préparer à l’entrevue, il faisait 127 pages.

«J’étais contre l’idée de le mettre en ligne, se souvient Patricia McCord. J’avais peur d’effrayer les gens!» Au contraire, la qualité du recrutement s’est améliorée; les gens savaient à quoi s’attendre en postulant pour un poste chez Netflix.

Plus encore, la présentation a eu l’effet d’une bombe dans le milieu startup. «C’est peut-être le document le plus important à jamais être sorti de la [Sillicon] Valley», a déclaré la directrice des opérations de Facebook, Sheryll Sandberg, au magazine GQ. Il a aujourd’hui été vu près de 14 millions de fois — pas mal pour une présentation PowerPoint.

N’allez toutefois pas prendre ce document pour l’appliquer tel quel. Chaque entreprise possède sa culture propre, et copier les valeurs d’une autre compagnie risque de mener à un échec.

«Dans le milieu des RH, lorsqu’on est confronté à un problème, on dit souvent qu’on va s’inspirer des meilleures pratiques de l’industrie, note Patricia McCord. C’est juste une jolie façon de dire que vous faites la même chose que tout le monde.» Or, pour survivre en affaires, il faut innover sur tous les plans, y compris celui des ressources humaines. La présentation de Netflix peut être une source d’inspiration, mais pas une bible.

Il y a un toutefois un élément qui mérite d’être reproduit, croit Patricia McCord. «Traitez vos employés comme des adultes, et non comme des enfants. Si vos attentes sont élevées, vous serez surpris des résultats que vous obtiendrez, même de la part de gens médiocres.»

Et surtout, la culture d’entreprise doit s’appliquer en tout temps, et à tout le monde. Y compris aux patrons. En 2012, Patricia McCord n’était plus la bonne personne pour Netflix. Elle a eu une discussion avec le PDG, puis elle est partie. Dans la douleur, mais avec grâce et dignité.

Dans la même catégorie
4 commentaires
Les commentaires sont fermés.

La recette est pourtant simple mais difficile d’application hors les petites moyennes entreprises. Faire confiance à l’autre sera toujours de mise en valorisant l’expertise des employés clés et en respectant la capacité des moins doués. Bravo à Patricia McCord, éprouvée, ancienne chez Netflix.

«…l’entreprise a pour politique d’offrir de généreuses indemnités de départs.» Voilà une grande partie de «l’opération dignité». Plus la prime de départ sera imposante, plus digne sera la séparation. Tout ça m’a rappelé une blague de Marie-Lise Pilote qui, dans un spectacle, demandait aux spectateurs de lui adresser des questions sur un bout de papier et de déposer ledit papier dans une boite à l’entracte. À la reprise du spectacle, Mme Pilote tirait des papiers de la boite et répondait à la question posée.
Un gars demandait que faire pour que la séparation d’avec sa copine se passe bien et Marie-Lise Pilote de répondre, sourire en coin: «Faites-lui un chèque, un beau GROS chèque.» 🙂