Stagiaire de luxe contre main-d’œuvre bon marché

Alors que les stagiaires bénévoles se multiplient au Canada, aux États-Unis, certains empochent plus de 7 000$ par mois.

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Être stagiaire n’est généralement pas l’étape la plus lucrative d’une carrière, vous direz.

Tout dépend où. Dans les entreprises américaines les plus rentables, la rémunération d’un stagiaire peut s’élever jusqu’à la rondelette somme de 7 000 dollars par mois. Sachant que la durée légale d’un stage aux États-Unis est de 12 mois, il est possible d’empocher 84 000 dollars en un an !

C’est du moins ce qui ressort de la liste des 25 entreprises américaines qui ont payé le mieux leurs stagiaires entre 2012 et 2014, selon le site américain Glassdoor.

Au haut du palmarès ? Le fournisseur mondial de logiciels Palantir, qui rémunère ses stagiaires à hauteur de 7 012 dollars par mois. La plupart des autres compagnies figurant au classement sont également dans l’industrie de la technologie : Google, Twitter, Facebook, eBay et Microsoft font partie de ceux qui offrent plus de 5 000 dollars par mois à leurs apprentis.

Pour le reste, ce sont surtout des entreprises pétrolières comme ExxonMobil (5 972 dollars), Chevron (5 424 dollars), ConocoPhillips (5 357 dollars) ou Schlumberger (4 634 dollars).

Autrefois grassement payés, les stagiaires de Wall Street ne font plus partie de la liste. Symptôme de l’après-crise ? Chez Goldman Sachs, du moins, le salaire moyen d’un stagiaire est désormais de 3 319 dollars par mois, une baisse de 590 dollars depuis deux ans.

Ces stagiaires de luxe sont toutefois loin de se limiter à servir le café ou faire des photocopies. Comme l’explique Le Figaro, ces nouveaux venus sur le marché du travail accomplissent les mêmes tâches que les employés réguliers. Ils possèdent des compétences rares et donc valorisées.

Au Canada, le phénomène inverse se produit. Plusieurs organisations estiment que jusqu’à 300 000 stagiaires bénévoles travaillent actuellement au sein de certaines des entreprises les plus prospères au pays.

Pour Sean Geobey, chercheur associé au Centre canadien de politiques alternatives et auteur d’un récent rapport intitulé The Young and the Jobless, le nombre de stagiaires canadiens a bondi dans la foulée de la crise économique de 2008.

L’absence de lois à l’échelle nationale pour réguler la rémunération des stagiaires commence néanmoins à être dénoncée. La semaine dernière, à Toronto, une manifestation a été organisée pour demander au gouvernement ontarien d’agir contre ces «arnaques des stages bénévoles», rapporte Radio-Canada.

Sur la scène fédérale, le néo-démocrate Andrew Cash a même déposé l’automne dernier un projet de loi d’initiative parlementaire pour s’attaquer aux stages non-rémunérés.

«Autrefois, les jeunes se trouvaient un emploi en sortant de l’école et ils travaillaient au même endroit toute leur vie. C’était assez pour élever une famille et pour avoir une retraite et une pension raisonnables. Aujourd’hui, tout cela a changé. De nouvelles lois et de nouvelles politiques sont nécessaires pour refléter la vie au 21e siècle», a-t-il déclaré.