Travailler moins, vivre plus

Au Québec, on est plus nombreux qu’avant à renoncer à des revenus afin de disposer de plus de temps à soi. C’est parfaitement légitime.

Il y a 10 ans, en octobre 2005, paraissait le Manifeste pour un Québec lucide. Le principal problème que soulignait le document était que la création de richesse au Québec était trop lente.

Quelques mois plus tard, l’animateur principal du groupe, Lucien Bouchard, en remettait. Il s’inquiétait du fait que, en comparaison des autres Nord-Américains, les Québécois tra­vaillaient moins d’heures par semaine, moins de semaines par année et moins d’années dans leur vie active. Difficile d’être aussi riches que les Américains si nous bossons 10 % moins d’heures qu’eux par année.

M. Bouchard faisait une bonne lecture de la réalité. Le graphi­que ci-dessous montre en effet qu’après avoir été à peu près stable jusqu’en 1999, le temps annuel de travail par employé au Québec a depuis baissé de 150 heures. Il est passé de 1 790 heures en 1999 à 1 640 en 2014.

Beaucoup croient que c’est l’entrée massive des femmes dans la population active qui a fait descendre la moyenne au Québec. Ce n’est pas le cas. C’est surtout parmi les hommes que le phénomène s’est produit. Depuis 15 ans, le temps annuel que les travailleurs ont passé au boulot a diminué de 170 heures ; celui des travailleuses a baissé de 105 heures seulement. Les garderies à tarif réduit ont favorisé le travail féminin, mais principalement à temps plein.

L’anecdote suivante n’est pas une preuve, mais elle est révélatrice. Un médecin m’a récemment expliqué comment le comportement de ses jeunes collègues était différent du sien. « J’ai 67 ans et je travaille 50 heures par semaine, m’a-t-il dit. Eux ont 35 ans et, hommes ou femmes, ils ne veulent pas travailler plus de 35 heures. »

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On pourrait aussi penser que la réduction des heures travaillées est involontaire, qu’elle serait due à une augmentation du ­pourcentage de travailleurs qui voudraient un emploi à temps plein, mais qui n’en trouvent qu’un à temps partiel. Ce n’est pas le cas non plus. Le phénomène du travail à temps partiel involontaire n’a pas disparu, mais il a nettement diminué depuis 15 ans. On est donc forcé de conclure que la baisse du temps de travail annuel au Québec résulte généralement d’un choix libre des personnes.

Il va de soi que si on veut travailler moins afin de disposer de plus de temps libre, il faut se contenter d’un revenu moindre. Le lien entre la baisse des heures travaillées et la lenteur de la croissance du revenu est incontournable. C’est cela qui inquiétait M. Bouchard.

Son inquiétude est peut-être exagérée. Dans un pays libre, il est parfaitement légitime pour quiconque de renoncer en partie à une hausse de rémunération offerte afin de passer moins de temps au boulot et plus en famille ou entre amis, de pratiquer des sports, de lire, de sortir, de voyager. Lorsqu’on peut se le permet­tre, avoir un peu moins d’argent et un peu plus de temps à soi n’est pas forcément une mauvaise chose. Pourquoi ces mines décon­fites de politiciens lorsqu’on annonce une bonne création d’emplois à temps partiel ?

Les Européens, eux, bossent moins d’heures par année que nous : 1 370 en Allemagne, 1 470 en France, 1 570 en Suisse. Mais lorsqu’ils travaillent, ils savent s’organiser et s’outiller, bien souvent mieux que nous. C’est là, sans aucun doute, que réside notre principal défi économique : des heures de travail moins nombreuses peut-être, mais plus productives !

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Comment voulez-vous être plus productifs lorsque vous appartenez à l’endroit le plus syndiqué, le plus imposé et le plus taxé de votre continent?

Ce n’est pas surprenant. Une fois les besoins de base comblés, on a une certaine marge de manoeuvre.

De plus, ce qui compte beaucoup, c’est le temps total travaillé du couple. Mes observations: un bon équilibre semble se trouver autours de 60h/sem/couple. Ce peut être réparti de façon égale ou non. Un des deux ou les deux ont alors suffisamment de temps pour s’occuper des tâches courantes, passer du temps en famille et avoir un peu de loisirs.

Évidemment, cela est différent d’une personne ou d’un couple à l’autre.

Tout ça pour dire que, comme me disais une collègue qui a un congé à toute les deux semaines (donc 9/10e du salaire) : «certains achètent des choses avec ce salaire, moi j’achète du temps avec mes enfants».

La grande question c’est pourquoi? Pourquoi travaillons-nous moins? M Fortin vous dîtes que c’est fréquemment volontaire, soit, mais même là pourquoi prendre cette décision? Vous parlez de jeunes médecins qui pourtant ont accès à des services de garderies subventionnés, alors pourquoi?

Je veux bien croire que des gens font un «choix de vie» mais à mon avis une grande partie de la réponse réside aussi dans la fiscalité. Exemple un médecin qui dépasse 35h sera assurément imposé au taux marginal de 50%, voire plus après le prochain budget fédéral… Amplement de quoi démotiver un travailleur qui jugera que ça ne vaut plus trop la peine. Le même raisonnement s’applique pour des retraites hâtives, pourquoi continuer à ce casser la nénette quand le gouvernement se sert de vous comme d’une vache à lait?

Et il y a les conséquences collectives. Moins d’heures travaillés c’est moins de revenus pour payer services et infrastructures, c’est aussi moins de croissance économique et un écart qui s’élargit avec le niveau de vie de nos voisins. Donc légitime tant que vous voudrez mais aussi économiquement insoutenable et utopique.

C’est possible mais théorique. Je connais des gens qui font ça et on en a souvent parlé. Jamais il ne m’a été mentionné que cela ne servait à rien vu le changement de niveau d’imposition.

Je ne dis pas que ça n’existe pas, je dis que ce n’est certainement pas une raison principale. On devrait faire une étude là-dessus. Je suis convaincu que les gens s’achètent du temps, point. La portion de ceux qui le font par « découragement fiscal » est certainement très faible.

De plus, je suis d’accord avec ceci:
«Dans un pays libre, il est parfaitement légitime pour quiconque de renoncer en partie à une hausse de rémunération offerte afin de passer moins de temps au boulot et plus en famille ou entre amis, de pratiquer des sports, de lire, de sortir, de voyager.» Le mot clé est «libre»…

Par contre, le gouvernement devrait rajouter des niveaux d’imposition afin d’atténuer cet effet de changement de niveau d’imposition.

Ou simplement le rendre proportionnel. (Au quart, au huitième, ou peu importe, parce qu’également proportionnel serait du communisme…)

C’est pourtant évident, pourquoi pensez-vous que la France a reculé sur son taux marginal de 75%?

Simple, parce que trop de «riches» foutaient le camp.

En admettant que c’est le cas, je ne vois pas le lien avec ce qui est discuté ici.

On pourrait demander aux gens qui l’ont fait si le changement du taux d’imposition est un facteur
A- majeur
B- mineur
C- nul
dans leur décision de réduire leur semaine de travaille.

Tu suggères que A serait répondu par beaucoup de gens. Je suis convaincu que ce serait un très faible pourcentage (mon pronostic est, dans l’ordre: C, B, A). Surtout considérant que ça touche uniquement ceux dont les salaires sont autours des limites entre les quatre paliers d’imposition.
http://www.revenuquebec.ca/fr/citoyen/declaration/produire/taux.aspx

Le choix des Québécois pour les « loisirs » a plus à voir avec Maslow et sa pyramide que les changements de palier d’imposition.

Je me demande de quoi aurait l’air cette étude si l’on excluait des fonctionnaires étatiques (plus de 600,000 « travailleurs »…) qui bénéficient déjà d’une semaine de travail allégée et de congés époustouflants, sans compter la possibilité de prendre des années sabbatiques et tout le tralala sans pénalité.

Théoriquement, le travail ne tue pas, au contraire. Mais faut-il s’entendre sur le mot « travail »…
Il y a le travail intellectuel d’une personne assise et le travail manuel d’un ouvrier. Dans ma vie de 85 ans, j’ai pratiqué les deux formes, et je me porte à merveille. Suffisamment pour écrire encore sur le QUÉBEC SOUVERAIN et pour abattre des arbres ou des branches à 25 pieds du sol. Y a-t-il des procédés spéciaux pour rester en santé?
J’ai été élevé sur une ferme; à 13 ans, conduisant un cheval tirant une charrue sans roue (araire). J’ai enseigné pendant trente ans, semaines de 40 à 80 heures. Pendant tout ce temps, j’ai suivi un conseil: écouter de la musique classique chaque jour, pour énergiser l’esprit. (un homme de 5 pi. 5 po – 130 livres).

J’ai travaillé comme salarié pendant quelques années et lorsque j’ai reçu ma première paie, j’ai été estomaqué par les montants qui étaient retirés et le peu qu’il me restait. Je trouvais absurde de travailler 40h et de recevoir aussi peu. D’autant plus que les services au citoyen diminuent alors que nous payons autant sinon plus d’impôts et de taxes. Il est donc logique de travailler moins, profiter de la vie et d’avoir des revenus a peine réduits. De toute façon, dans un style de vie simplifié, on économise naturellement, ce que peux de gens comprennent. De plus, le principe de la retraite ne tient plus la route, la société ne peut subventionner autant de personnes qui vivent aussi longtemps sans apporter de revenus.

Ce qui a surtout retenu mon attention dans l’article ci-dessus, c’est le dernier paragraphe. Si nous parvenons – tout comme plusieurs pays européens, semble-t-il – à optimiser notre productivité en moins de temps, nous pourrons alors « travailler mieux et vivre plus ». Voilà le véritable pari à relever!

Je crois que les nouveaux médecins ont bien compris la mécanique: Aller chercher un salaire stratosphérique (horaire) et ensuite réduire les heures travaillées pour aboutir avec un salaire plus que confortable. Oui, c’est un choix individuel, sauf qu’il se fait sur le dos de tout ceux qui payent pour des heures de productivité àla hauteur du salaire accordé.

Comme je me dis depuis quelques années, Mieux vaut un 40 heures de travail bien fait, qu’un 60 heures »Botché »

Je travaille dans la vente. Oui je pourrais bosser 50,70 heures par semaine et faire un plus gros salaire, mais je connais aussi les effets à court terme sur mon caractère. et mon physique. J’ai donc opté pour un travail plus équilibré et je ne crois pas que mon patron et mes collègues s’en offusque. Sans négliger mes clients, au contraire, je trouve plus agréable de travailler pour eux.

Si au moins la productivité croissait à un rythme au moins équivalent à celle de nos voisins. Sans celle-ci, et sans une croissance démographique suffisante, nous travaillerons moins pour les mauvaises raisons !

Parole de vieux médecin: « J’ai 67 ans et je travaille 50 heures par semaine, m’a-t-il dit. Eux ont 35 ans et, hommes ou femmes, ils ne veulent pas travailler plus de 35 heures. »

Mauvais exemple que celui des jeunes vs les vieux médecins. Compte tenu des améliorations en matière de rémunération ces dernières années, à 35 H/Sem, nos jeunes médecins se situent déjà largement au-dessus de la moyenne des revenus. En fait, même avec des semaines «de fonctionnaires», ils sont dans le 1% des plus haut salariés. C’est facile de parler de «qualité de vie» ou encore de «temps de qualité» avec qui vous voudrez quand, après 35 petites heures, on a couvert les cinq étages de la Pyramide de Maslow.

Ceux qui font vraiment le «sacrifice» de quelques dollars pour se donner plus de temps sont dans une tout autre situation. Là, vous avez des gens qui font de vrais choix, qui sacrifient quelque chose pour obtenir quelque chose d’autre qui, n’est généralement pas disponible sur le marché: Du temps.

Il ne faudrait pas non plus oublier les «millionnaires du rat race», ex-hauts salariés du grand Capital qui prennent une retraite dite «anticipée» parce que prétendument fatigués de la course à la folie, pour devenir qui vigneron, qui gentleman farmer, qui aubergiste et quoi encore. J’écoute toujours leurs explications et leurs ratiocinations avec un sourire en coin.
Tout mon scepticisme est dû à mes nombreuses années passées en gestion des R-H. en entreprise, années au cours desquelles je me suis fait servir tant d’excuses et de prétextes face à la motivation à travailler ou à ne pas travailler qu’il y aurait de quoi écrire un livre.

Parlant de médecins, un de mes amis me racontais que sa soeur qui était médecin et mariée à un médecin se contentait de ne travailler que 4 heures le matin, qu’elle prenait 2 mois de vacances l’été et les semaines de relâches et les congés des fêtes et que malgré cela elle faisait un salaire annuel supérieur au sien. Selon moi, les salaires trop élevés des médecins sont une des causes du manque actuel de médecins de famille. Le ministre l’a bien démontré nos médecins travaillent peu mais il continue de les engraisser. Lorsque je faisais des petits salaires tout le temps supplémentaire que je pouvais faire je le faisais. Plus tard avec des salaires plus élevés je me laisser prier un peu plus longtemps .