Trop rares, les femmes

Selon des chercheurs, s’il y a peu de femmes parmi les dirigeants d’entreprise, c’est qu’elles sont encore souvent traitées comme des femmes de ménage.

Au Québec, parmi la population âgée de 25 à 64 ans, un diplômé universitaire sur deux est une femme. Mais seulement un cadre supérieur sur quatre et un dirigeant de grande entreprise sur quatorze sont des femmes. Trouvez l’erreur.

Le choix récent d’une femme exceptionnelle, Monique Leroux, pour diriger la plus grande entreprise du Québec (Desjardins) a été salué partout comme un grand événement. Mais justement, c’est un événement rare. Au Québec, il n’y a qu’une dizaine de femmes à la tête des 140 entreprises qui comptent plus de 1 000 employés. Le tableau ci-contre en dresse la liste.

Pourquoi les femmes sont-elles si peu nombreuses à diriger nos grandes entreprises ? Il y a deux explications possibles. La première est que ce sont les femmes elles-mêmes qui choisissent d’éviter les postes de commande. Selon cette théorie, les femmes auraient, en matière de travail, des valeurs et des attitudes différentes de celles des hommes. Elles seraient moins combatives, moins ambitieuses, moins préoccupées par leur statut social, moins prêtes à sacrifier leur vie de famille.

Cette rationalisation des faits ne tient pas la route. Tous les indicateurs montrent que les femmes, comme les hommes, veulent ardemment réussir, être reconnues et faire avancer leur carrière. Lorsqu’elles mettent des enfants au monde, elles quittent le travail pendant de très brèves périodes, ce qui n’en fait pas pour autant de mauvaises mères ! De plus, on observe que le nombre d’entrepreneures propriétaires de leur propre entreprise progresse à un rythme très rapide. Le manque de combativité et d’ambition des femmes, c’est de la foutaise.

La seconde explication est celle qu’ont récemment formulée deux chercheurs britanniques, Michelle Ryan et Alex Haslam, après avoir passé quatre années à observer des milliers d’entreprises européennes et américaines. Ils ont noté une tendance notable des boys, qui dominent dans les conseils d’administration, à choisir une femme pour diriger une entreprise lorsque celle-ci doit résoudre une crise, faire du « ménage » ou relever un défi majeur. On fait donc appel à elles… quand il y a un problème. Parmi les noms qui figurent dans le tableau, il est clair que Jocyanne Bourdeau doit aider à redresser la situation précaire de Loblaw ; Diane Giard, sortir la Banque Scotia du sous-sol du classement bancaire ; et Monique Leroux, effectuer la délicate conciliation entre la mondialisation et la coopération chez Desjardins.

Michelle Ryan et Alex Haslam ont aussi confirmé un soupçon répandu : les femmes dans les grandes entreprises sont la plupart du temps des outsiders. Elles ne font pas partie du réseau de soutien mutuel formé par les boys. Elles s’intéressent peu aux « chars » ou au golf. Elles n’ont pas accès à toute l’information tacite qui se transmet sur les verts. Ce n’est pas souvent qu’on leur donne une tape dans le dos en reconnaissance de tout ce qu’elles font pour surmonter les difficultés ou des succès qu’elles remportent.

Bref, on confie souvent aux femmes les tâches les plus difficiles et elles ont moins de ressources pour les accomplir. La conséquence est que, pour réussir, elles doivent être bien meilleures que leurs collègues masculins. Elles doivent avoir un talent de gestionnaire exceptionnel, une confiance absolue dans leurs moyens et une résistance blindée contre le stress. C’est pourquoi elles sont moins nombreuses que les hommes à parvenir au sommet. Beaucoup abandonnent la partie prématurément.

L’État fait-il mieux ? En un sens, oui. Au gouvernement du Québec, un sous-ministre sur trois (plutôt que sur quatorze !) est une femme. Mais les femmes sous-ministres sont cantonnées dans les petits ministères. Vous n’en trouverez pas à la tête du Conseil du Trésor, des Finances, de la Santé, de l’Éducation, de l’Emploi ou des Transports. Pour équilibrer les choses, il faudrait peut-être appliquer à la haute fonction publique la règle que Jean Charest a imposée à son conseil des ministres : 50 % de femmes !

Nom Entreprise
Rang selon le nombre d’employés au Québec
Monique Leroux Mouvement Desjardins
1
Jocyanne Bourdeau Loblaw et Maxi & Cie
2
Micheline Martin RBC Banque Royale
16
Karen Radford TELUS
31
Céline Rousseau Groupe Compass
50
Christine Marchildon Banque TD
62
Sophie Brochu Gaz Métro
81
Diane Giard Banque Scotia
94
Dawn Graham Merck Frosst Canada
132
Marie-Claude Houle EBC Construction
137

Source : Journal Les Affaires

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