Trump et les investisseurs canadiens

La campagne présidentielle américaine n’est pas de tout repos pour les investisseurs canadiens. Voici comment les deux candidats pourraient, à leur façon, affecter les marchés.

Donald Trump lors d'un repas du Economic Club of New York, le 15 septembre 2016, à New York. (Photo: Spencer Platt/Getty Images)
Donald Trump lors d’un repas du Economic Club of New York, le 15 septembre 2016, à New York. (Photo: Spencer Platt/Getty Images)

Bien des investisseurs canadiens se demandent, avec raison, comment les résultats de la campagne présidentielle pourraient influencer leur portefeuille. Ils n’ont d’autre choix que d’attendre avec impatience le grand dénouement.

Il ne manque pas de prédictions audacieuses en ce qui concerne l’effet qu’aurait Donald Trump ou Hillary Clinton sur les marchés. Mark Cuban, entrepreneur en technologie de pointe et propriétaire de l’équipe de basketball des Mavericks de Dallas, est convaincu qu’une présidence Trump ferait chuter les marchés boursiers, et que le marché des obligations suivrait le même cours si jamais ce républicain arrivait à renégocier la dette nationale des États-Unis. D’un autre côté, Marc Faber, analyste en investissement réputé et auteur des lettres d’information Boom, Doom & Gloom, prédit que les hausses de taxes de 1 000 milliards de dollars américains promises par Clinton «vont détruire le monde entier».

Bien que ces points de vue soient particulièrement opposés, une chose reste claire: les résultats auront des conséquences sur l’argent des Canadiens. Selon qui prendra place au Bureau ovale, l’économie du Canada et le portefeuille de ses résidants pourraient connaître des hauts et des bas, même si ce sera beaucoup moins dramatique que la destruction du monde!

Des centaines d’hypothèses ont été émises depuis les dernières semaines, la plupart dans l’éventualité d’une victoire des républicains. Certaines d’entre elles vont même jusqu’à affirmer que la hausse de 13 % de l’indice composé S&P/TSX de cette année est en partie causée par d’importants investisseurs américains qui se prépareraient à une présidence Trump.


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Voici quelques exemples de conseils en fonction d’autres prédictions:

  • Investir dans les entreprises qui sont plus sensibles au taux de change, comme Dollarama et Baytex, parce qu’une victoire de Trump mettrait la pression sur le dollar américain, ce qui ferait ensuite augmenter la valeur du dollar canadien.
  • Acheter des actions de Lockheed Martin, de Northrop Grumman et de Boeing, parce que celles-ci bénéficieraient d’une augmentation des dépenses dans le secteur de la défense.
  • Tenir à l’œil les actions de GEO Group, une entreprise de gestion de centres pénitentiaires. Celle-ci pourrait en effet jouer un rôle majeur dans le plan de déportation des immigrants illégaux de Trump.
  • Enfin, ne pas oublier Cemex, l’entreprise de ciment du Mexique: s’ils doivent payer pour le fameux mur, les Mexicains n’achèteront assurément pas leurs matériaux aux États-Unis.

Pour les novices en politique, cette campagne a des allures de téléréalité passionnante. Pour les investisseurs, par contre, c’est déconcertant. Si vous tenez à la stabilité, Clinton constitue votre meilleure option. Les différentes opinions envers Trump sont tellement opposées que les marchés du monde entier risquent de s’avérer plus volatils sous son gouvernement, dit Stephen Lingard,  gestionnaire de portefeuille pour le groupe de gestion de placements Franklin Templeton. L’ancienne première dame, pour sa part, représente le statu quo.

Pour vous aider à faire les bons choix, voici quelques-unes des plus grosses conséquences qu’une victoire de Trump ou de Clinton pourrait avoir sur les portefeuilles canadiens.

L’opinion de Trump sur les échanges

Donald Trump tente de tirer profit d’un sentiment populiste contre le libre-échange. De plus, son opinion concernant le Partenariat transpacifique (PTP) et l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) est évidente — il répète sans arrêt qu’il voudrait les réduire à néant.

Au moins, les deux partis semblent être du même avis en ce qui a trait au PTP. La candidate démocrate concède que ce partenariat a ses défauts, même si elle le défendait autrefois, et promet de le renégocier si elle est élue.

Stephen Lingard dit que ce qui affectera le plus le Canada sera les changements apportés aux échanges commerciaux. Selon Affaires mondiales Canada, le nouveau nom du ministère des Affaires étrangères du Canada, «l’ALENA a eu des répercussions extrêmement positives sur l’économie canadienne», et il a permis de faire augmenter la valeur des échanges trilatéraux dans la région de l’Amérique du Nord de plus de 288 milliards de dollars américains, en 1993, à plus de 1 000 milliards, en 2015. L’économie nord-américaine a donc plus que doublé depuis l’entrée en vigueur de l’ALENA, en 1994. Si l’Accord était modifié de façon importante, Stephen Lingard estime que le Canada pourrait tomber en récession.

Le fait de renoncer au PTP ne risquerait pas d’avoir cet effet, puisqu’il n’est pas encore en vigueur. Toutefois, cela pourrait entraver une future croissance économique. En septembre dernier, André Downs, économiste en chef pour Affaires mondiales Canada, a dit que le PTP ferait croître l’économie canadienne de 4,3 milliards grâce à un meilleur contact avec des marchés difficiles d’accès, comme le Japon.


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Une victoire de Trump pourrait être bénéfique pour les actions canadiennes

Au-delà des échanges, les différences entre les deux candidats sont beaucoup plus prononcées. Matthew Barasch, stratégiste financier canadien pour RBC Marchés des Capitaux, va jusqu’à dire qu’une présidence Trump serait bénéfique pour le Canada. Il a rédigé une note à ses clients en se basant sur la promesse qu’a faite Trump concernant les réductions de taxes: «Les vastes réductions dont parle M. Trump donneraient sûrement un bon élan à l’économie américaine, du moins pour un certain temps. Vu que les États-Unis sont de loin le meilleur partenaire commercial du Canada, la croissance canadienne devrait être assez considérable.»

Si votre portefeuille compte plus à vos yeux que l’environnement, alors une victoire de Trump serait à nouveau une bonne nouvelle pour vous. M. Barasch affirme que la politique énergétique du candidat républicain entraînerait d’autres retombées positives pour le Canada. En effet, Trump est un ardent défenseur du projet d’oléoduc de Keystone, qui stimulerait sans doute l’investissement dans les sables bitumineux.

Par ailleurs, l’Iran constitue un autre sujet épineux sous une présidence Trump. «Si l’accord nucléaire avec l’Iran était compromis d’une quelconque façon, ce qui mettrait les barils iraniens en danger, il pourrait y avoir une hausse importante du prix du pétrole», écrit toujours Matthew Barasch dans sa note.

Les marchés vont-ils favoriser Clinton?

Si Clinton est élue, il n’y aura pas beaucoup de changements, dit Bob Sewell, président et PDG de Bellwether Investment Management, une entreprise de placements financiers établie en Ontario. Toutefois, l’une des politiques de la démocrate pourrait avoir une incidence sur les sociétés de soins de santé. Elle désire en effet instaurer un système de plafonnement des prix des médicaments. De plus, elle est contre le projet Keystone XL et souhaite que l’Amérique du Nord investisse davantage dans les énergies propres, ce à quoi le premier ministre canadien est aussi favorable.

Les actions des sociétés de soins de santé pourraient donc chuter avec Hillary Clinton, tandis que celles des entreprises énergétiques ainsi que des opérations de défense nationale pourraient grimper sous la présidence de Donald Trump. Il est intéressant de constater que, de façon générale, les marchés se sont mieux portés sous une présidence démocrate que républicaine. Selon Bespoke Investment Group, le Dow Jones a connu, en moyenne, un retour annuel de 7 % sous la direction d’un président démocrate, alors qu’il n’a enregistré une croissance que de 3 % sous un républicain.

Cela dit, il est probable que le cours des actions subisse d’autres fluctuations alors que les élections approchent, et plus particulièrement si la course continue de se resserrer, dit Bob Sewell. Ce dernier se montre prudent et conseille d’éviter de prendre des risques en ce moment: «Réduisez la volatilité de votre portefeuille d’actions, et gardez plus d’argent dans vos poches.»

(Cet article a été adapté de MoneySense)

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