Un budget ennuyant qui met la table pour 2015

Il y a une façon conservatrice de faire des budgets, et celui présenté mardi en est probablement l’archétype, dit Pierre Duhamel.

Photo: Justin Tang/La presse canadienne
Photo : Justin Tang/La Presse Canadienne

Il y a une façon conservatrice de faire des budgets, et celui présenté mardi en est probablement l’archétype.

On n’annonce aucune augmentation des taxes et impôts, sauf sur les produits du tabac. On ne retrouve non plus aucune grande mesure comme celles qu’adorent les gouvernements québécois, mais un chapelet de petites interventions ciblées qui ne coûtent pas cher.

Les sommes consacrées à l’emploi ou aux infrastructures restent modestes, beaucoup trop modestes pour l’opposition.

Comme l’an dernier, le budget fait état de mesures qui n’ont strictement aucun impact budgétaire, comme la diminution des frais d’itinérance en téléphonie mobile, ou celle des frais de traitement imposés aux commerçants sur les transactions réalisées avec une carte de crédit. Voilà comment se faire apprécier à peu de frais.

La priorité de ce budget demeure la réduction du déficit public. L’équilibre budgétaire pourrait être atteint dès le prochain exercice, alors que le déficit prévu de 2,9 milliards de dollars ne tient pas compte des 3 milliards mis de côté en cas d’imprévus.

Dès l’année suivante (2015-2016), le déficit se métamorphosera en un surplus de 6,4 milliards de dollars, et les économistes de RBC prévoient que le gouvernement disposera de surplus accumulés de 36 milliards de dollars au cours des prochaines années.

Ces sommes seront-elles dévolues à la réduction de la dette, à une baisse des taxes et impôts, ou à de nouvelles mesures qui auraient la bonne idée d’être annoncées en année électorale ? Ce sera le suspense du prochain budget, mais la table est mise pour de bonnes nouvelles.

Comment Ottawa réussit-il à faire fondre son déficit alors que plusieurs provinces n’y parviennent pas ? Certains souligneront que les coûts associés aux champs de compétence des provinces (comme la santé) augmentent rapidement. C’est vrai.

Mais contrairement aux libéraux de Jean Chrétien, le gouvernement Harper a toujours augmenté le montant des transferts aux provinces, qui incluent la participation fédérale aux soins de santé. Ces paiements sont établis en fonction de la croissance du PIB canadien, ce qui est une bonne affaire pour le Québec, puisque le PIB canadien croît plus rapidement que le PIB québécois.

Plutôt que de couper les vivres aux provinces, le gouvernement Harper a choisi de geler les dépenses de fonctionnement de ses propres ministères. Dans son budget, il annonce même la diminution du régime de santé de ses fonctionnaires retraités.

Le gouvernement central compte aussi sur une croissance des revenus plus rapide que le gouvernement du Québec. Non seulement l’économie canadienne croît plus vite que celle du Québec, mais les revenus du fédéral augmentent plus vite que la croissance économique du pays.

Somme toute, voilà de bonnes nouvelles en provenance d’Ottawa. Espérons en avoir prochainement de Québec. Hélas ! rien n’est moins sûr, et la première ministre ne veut même pas s’engager à déposer un budget avant le déclenchement des élections.

8 commentaires
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Ennuyant mais ô combien efficace.

Monsieur Marceau, SVP prenez des notes. Vous en avez grand besoin.

Marceau n’a pas à prendre de notes: ça ne l’intéresse pas le déficit zéro, les baisses de taxes, le contrôle des finances publiques, etc.Comme dirait M. Boch-Côté, c’est un paradigme complètement différent au Québec! On a choisi la prospérité (sic), alors que le reste du Canada marine dans l’austérité…

Un budget « plate », il va de soi tout comme ces charmants conservateurs. Déplorable d’agir ainsi. Les votes comptent et on attend les « friandises » pour l’an prochain… incroyable!

Faudrait vraiment que le gouvernement Harper fasse en sorte que les futures baisses de taxes ne soient pas confisquées par le PQ/PLQ comme la baisse de TPS.

Je me suis dit exactement la même chose.

Comme on connaît le comportement prédateur envers les gens qui triment dur et qui font des efforts du gouvernement du Parti québécois de Pauline Marois, on est en droit de craindre le pire, vu leur propension à dilapider l’argent des autres en niaiseries, en comités, en chantiers et en nominations partisanes.

Monsieur Flaherty nous livre son dixième budget consécutif, ce qui est une première au Canada pour un ministre des finances et quoique je ne sois pas allé vérifier, cette performance doit certainement être rare dans la plupart des gouvernements démocratiques du monde.

Quoiqu’il en soit — si cette affirmation ne devrait pas nécessairement être pour plaire à tous-, je serai tenté de dire que notre ministre des finances est désormais parvenu au sommet de son art, en possession de ses moyens, parfaitement aux commandes des leviers de la finance publique, sûr de tous ses effets.

— Précisément, est-ce un bien d’un budget conservateur qu’il s’agit ?

Hier sur les ondes de Ici-Radio-Canada, Tasha Kheiriddin faisait remarquer avec pertinence que ce budget est un modèle au niveau du « corporate welfare », ce qu’on pourrait traduire par : « saupoudrage corporatif » ou encore de : « Bien-être Social corporatif » ; une manière de faire qui en principe n’est pas dans ces paradigmes qui plaisent aux conservateurs de la première heure qui font passer leurs valeurs plutôt d’essence luthérienne fondées sur la pleine et entière autonomie du capitalisme, avant les embrouillaminis qui plaisent aux professionnels de la levée de fonds au bénéfice essentiellement des instances du Parti.

En ce sens je serais tenté de dire que la main gauche est de cœur conservatrice tandis que la main droite vise à consolider des intérêts purement partisans qui visent à imposer le Parti conservateur du Canada comme le : « Canada’s Natural Governing Party. » Donc de par le fait-même, un budget qui impose une vision réductrice d’un pays géré comme une grosse PME. Plutôt qu’une terre généreuse, d’opportunités pour s’épanouir, prendre racine, laquelle offre en égalité à toutes et tous, la possibilité de se réaliser dans leurs accomplissements.

Nonobstant, il convient de remarquer que l’atteinte de l’équilibre budgétaire se fera en grande partie par le report de certaines dépenses, notamment en matière d’équipements militaires (environ 3 milliards), un domaine dans lequel les Conservateurs ont démontré leur inaptitude tant au niveau de la gestion des finances que celle de la gestion des ressources humaines, couplée d’une ample morgue envers le sort parfois malaisé des anciens combattants.

Le budget Marceau est tout aussi « ennuyant » que celui de notre Gouvernement Fédéral mais la marge de manœuvre et les surplus en moins…