Grève de la construction: «Un conflit qui ne peut pas durer longtemps»

Claude Paquin est éditeur-fondateur de Formes, un magazine spécialisé qui couvre l’ensemble de la chaîne de production, soit la conception, la réalisation et la gestion du bâtiment et du territoire. 

claude_paquin_FORMESAClaude Paquin est éditeur-fondateur de Formes, un magazine spécialisé qui couvre l’ensemble de la chaîne de production, soit la conception, la réalisation et la gestion du bâtiment et du territoire. Journaliste de profession, il suit cette industrie de près depuis 26 ans. Il répond à nos questions sur la grève qui a paralysé les chantiers du Québec et ses effets sur l’économie.

Quelle place occupe l’industrie de la construction dans l’économie du Québec ?

En 2011, les dépenses d’investissement dans la construction atteignaient 47 milliards de dollars, soit l’équivalent de 14 % du PIB du Québec. C’est un secteur crucial qui a des répercussions majeures sur d’autres industries. Pensons aux bureaux d’architectes et d’ingénieurs qui se retrouvent au début de la chaîne. Ce conflit déborde aussi sur le secteur du camionnage et des services sur les grands chantiers. Ceux qui transportent les matériaux sont inactifs pendant la grève et cela coûte cher.

Compte tenu de l’importance du secteur et de ses impacts, ce conflit ne peut pas durer longtemps. Les répercussions économiques et politiques sont trop considérables pour qu’on laisse aller les choses.

Sur quoi porte le conflit?

Du côté patronal, on veut plus de souplesse dans les conditions de travail. Voilà un secteur où tout est normalisé et réglementé et cela peut occasionner des problèmes. Par exemple, faut-il absolument que tous les chantiers se mettent en activité à la même heure et aux mêmes jours ? Du côté syndical, on cherche à conserver ce qui leur apparaît comme étant des acquis fondamentaux.

Quel est le rapport de force entre les parties?

Nous sommes ici dans le domaine des perceptions. Je dirais que les deux parties n’ont pas une très bonne image dans l’opinion publique en raison des scandales apparents ou réels qui n’arrêtent pas de faire les manchettes.

Le domaine de la construction au Québec est plus régi, normé et réglementé que chez nos voisins canadiens et américains. Ce conflit est-il l’occasion de remettre en cause son fonctionnement?

Oui, des éléments hérités du Décret de la construction mériteraient d’être revus. Le secteur de la construction rassemble, tant du côté patronal et syndical, des joueurs structurés et spécialisés. Ce n’est pas une mauvaise idée de les réunir et de négocier ensemble pour s’assurer du bon fonctionnement de cette industrie. Par contre, nous avons là un monde d’habitudes et de fonctionnements prévisibles. Le milieu québécois de la construction n’est pas très innovant. comparativement à ce qui se passe en Asie ou même en Europe.

Les commentaires sont fermés.

Votre dernière phrase est très révélatrice. On ne veut surtout pas innover encore moins changer nos habitudes de vie. Quand on acceptera de modifier un tant soit peu nos horaires, on fera preuve d’une grande ouverture. Vous avez raison de dire que ce conflit perdure déjà depuis assez longtemps et la nonchalance du PQ dans ce dossier est malsaine. le 21 juin aurait dû être la dernière journée de ce conflit.

Il faut réviser de fond en comble les lois régissant les relations de travail dans la construction au Québec.

Nous avons plus de 35 corps de métiers alors qu’en Ontario, ils en ont 7. Et leurs infrastructures tiennent le coup! Elles…

De plus, pourquoi obliger TOUS les travailleurs à payer un syndicat? Ailleurs, dans le monde civilisé, l’appartenance à une grosse centrale syndicale est facultative et aucune révolution nationale n’est en vue.

En bref, il faut briser le monopole syndical dans la construction et démocratiser cette industrie.

Oh boy! Je suis d’accord avec vous. Qui osera? Juste les vacances de la construction durant la période d’été sont décriés par à peu près tout le monde, sauf au Québec. Pour avoir entendu des commentaires «Hein! la construction arrête 2 semaines ????? »de la part de clients canadiens ou américains qui considèrent que c’est justement en été où la construction devrait battre son plein à son maximum puisque l’hiver ça ralentit. Vos suggestions sont excellentes mais je doute fort de la volonté des différents intervenants pour même y prêter une oreille attentive.

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