Un discours du Trône pour toi…

On dirait même que Stephen Harper est devenu le patron de l’Office de la protection du consommateur. 

Le contraste est intéressant. Alors que le gouvernement québécois nous annonce une multitude de programmes et de mesures fiscales pour doper l’investissement des entreprises et une Charte privilégiant les valeurs et droits collectifs, Stephen Harper se positionne en protecteur des simples citoyens.

Si à Québec on conjugue tout au nous, le discours du Trône d’Ottawa s’adresse directement au contribuable ou au citoyen. Les deux gouvernements en fonction sont étrangement asymétriques: l’un dit vouloir notre bien collectif alors que l’autre entend sauvegarder notre bien individuel.

Le gouvernement fédéral dit avoir abaissé le fardeau fiscal des ménages canadiens de 3 200 dollars en moyenne depuis les dernières années, ce qui ne l’empêchera pas d’équilibrer son budget dès 2015. Il entend faire adopter une loi interdisant les déficits budgétaires et s’engage à geler les dépenses de fonctionnement du gouvernement. Pour qui ces mesures? Pour toi, brave contribuable. Je cite: «Tous les jours, les familles canadiennes font des choix difficiles sur la façon dont elles dépensent l’argent qu’elles gagnent durement. Inspiré par elles, notre gouvernement continuera de réduire la taille et les coûts de l’administration fédérale pour veiller à ce que l’argent des contribuables soit utilisé judicieusement.»

Le gouvernement entend investir 70 milliards de dollars dans les infrastructures urbaines, comme le pont Champlain ou le métro de Toronto. Même sur ce terrain, Ottawa trouve le moyen de lier ces dépenses à l’intérêt personnel des Canadiens. Il s’agit ici d’aider à la conciliation travail-famille, en diminuant la congestion ou le temps de route et de permettre ainsi aux travailleurs de passer plus de temps en famille.

Les Discours du Trône annoncent les intentions du gouvernement. Ces énoncés généraux se traduisent en mesures concrètes et bien financées lors de la présentation du budget, quelques mois plus tard. Le gouvernement Harper nous prévient donc que le prochain budget sera modeste et chiche en nouveaux programmes. Il innove cependant avec des mesures qui ne lui coûtent rien et qui pourrait lui permettre de marquer des points.

On dirait même que Stephen Harper est devenu le patron de l’Office de la protection du consommateur. C’est le gouverneur-général lui-même qui nous annonce que nous aurons le choix de choisir à l’unité nos stations de télévision plutôt qu’à forfait et que les banques ne pourront plus nous facturer des frais supplémentaires pour des relevés papiers, tout en élargissant les services de base gratuits!

Ce n’est pas tout. Le gouvernement veut diminuer les frais d’itinérance imposés par les opérateurs de téléphonie mobile, empêcher les frais cachés avec les cartes de crédit et il nous donne la permission de continuer de faire nos achats de vin dans une autre province. Le gouvernement songe même à intervenir pour empêcher ce qu’il appelle la «discrimination géographique». Veut-il s’attaquer sérieusement aux écarts de prix entre le Canada et les États-Unis? Si c’est le cas, il devra commencer par faire le ménage dans tous les tarifs douaniers et réglementations spécifiques imposés par son propre gouvernement.

Cela dit ces mesures seront appréciées par le consommateur et ont l’immense mérite de ne rien coûter au contribuable.

 

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Comme l’écrit je croix très justement votre collègue Manon Cornellier dans son blogue : « De citoyen nous sommes passés au contribuable et maintenant au consommateur. Les politiques sont réduites à la taille de produits qu’on peut vendre à des clientèles bien ciblées. »

Hors il n’y a pas selon moi deux discours différents entre Québec d’un côté et Ottawa de l’autre, plutôt bel et bien un seul et même genre de discours servi à deux clientèles différentes. D’où une cible clientèle différente et des slogans consommables différents. En tant que consommateurs, nous pouvons bien sûr choisir le discours, la symbolique et la rhétorique qui nous plait ou nous convient le plus, si ce n’est que du point de vu de la profondeur du discours politique, c’est dans tous les cas zéro ou à peu près zéro.

C’est encore et toujours la même bonne vieille recette au niveau des deux paliers de gouvernements, recette sans cesse resucée et déclinée : diviser pour mieux régner.

D’autre part j’ai trouvé ce discours du trône très long, redondant et auto-suffisant. La version papier est plus intéressante car mieux présentée, ce qui n’apparaissait pas à la télévision. Personnellement, et ce bien qu’on puisse dire que j’adhère à certaines bonnes valeurs conservatrices. J’attendais quelques choses d’autres d’un gouvernement qui exerce maintenant la pouvoir depuis plus de 7 ans.

À noter que le gouvernement dans son discours n’a pas voulu s’aventurer sur la question du prix élevé des billets en matière d’aéronautique. C’est bien dommage car pour une fois on aurait fait montre de courage et de leadership.

Je trouve quand même que Brian Mulroney avait autrement plus d’audace, d’intelligence et bien plus de panache. — Faut-il parler d’une autre époque désormais révolue ? La voie pavée pour les marchands de rêves chimériques, la vision du festin des dieux dans des assiettes vides ou à moitié vide.

Comme je dis souvent, une chance qu’on a un gouvernement sérieux à Ottawa pour qui les citoyens ne sont pas que des poules à plumer. C’est pas gagné pour Justin « classe moyenne » Trudeau.