Un emploi est un emploi et un salaire est un salaire

Peu importe le secteur (primaire, manufacturier, etc.), il faut encourager l’investissement et la prise de risque, dit Pierre Duhamel, qui refuse la discrimination quand vient le temps de se pencher sur les moteurs de l’économie.

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Photo : Getty Images

Il y en a qui ne jurent que par les entreprises technologiques. Pour eux, voilà l’expression ultime de la modernité et la seule façon de propulser notre économie. C’est dans ce secteur qu’on retrouve les entreprises qui sont en train d’inventer l’avenir et celles qui marquent le temps présent, comme Facebook et Google. Soutenons donc les secteurs des jeux vidéo, des applications Web ou de la microélectronique.

Blogue EconomieJ’en connais d’autres qui ne voient que le secteur manufacturier dans leur soupe. Les usines resteraient les principaux moteurs de l’économie, car elles paient de bons salaires, dépensent beaucoup en R&D (recherche et développement) et sont souvent de valeureuses exportatrices. Conséquemment, les gouvernements doivent soutenir à coup de milliards le secteur de la fabrication, et il y en a même qui supplient le gouvernement d’intervenir chaque fois qu’une entreprise ferme ses portes.

Il y en a aussi plusieurs qui misent sur le secteur primaire et qui voient dans l’exploitation des ressources naturelles le bon filon pour enrichir la société, sauver nos régions et créer des emplois dans tous les autres secteurs.

Enfin, il y en a d’autres qui nous rappellent que le secteur des services compte pour plus de 70 % de notre économie et qu’il est responsable de presque toute la croissance économique des dernières décennies. Pourtant, il est le moins appuyé et le moins subventionné, une fois qu’on a pris soin d’enlever tous les emplois du secteur public et parapublic. Pire : c’est lui qui paie les milliards de dollars de recettes fiscales perçues auprès des entreprises par les gouvernements et utilisées pour soutenir les autres secteurs.

J’ai toujours refusé de discriminer entre les secteurs. L’économie est comme une table : elle est plus solide quand elle peut s’appuyer sur quatre pattes. C’est la diversité qui lui procure sa robustesse, et cette même diversité qui lui permet d’affronter les revers de fortune et de conjoncture.

Qu’importe le secteur, on doit encourager l’investissement et la prise de risque. Un emploi créé en finance, en technologie, dans la construction, dans les services de santé ou dans le commerce n’a peut-être pas la même valeur économique, mais il contribue à l’enrichissement de la société, en plus d’être le signe tangible que l’économie prend du mieux.

Il faut donc appuyer les quelque 1 000 entreprises technologiques en démarrage à Montréal. Ces start-up font partie de notre avenir, et j’applaudis très fort le souffle entrepreneurial et la créativité qui les animent. Il n’y a que cinq États américains et une province canadienne (l’Ontario, mais de si peu) qui devancent le Québec en ce qui a trait au capital de risque qui alimente ces jeunes entreprises.

Le secteur manufacturier québécois est remarquablement résilient. Entre 2004 et 2012, il s’est perdu 72 000 emplois manufacturiers au Québec, mais les revenus découlant des biens fabriqués et la contribution de ce secteur à l’économie (valeur ajoutée manufacturière) sont pratiquement au même niveau qu’en 2004. C’est d’autant plus exceptionnel que certains secteurs comme le textile, les vêtements, les produits du bois et le papier ont subi des profonds reculs.

La bonne santé du secteur minier dépend du rythme de croissance des économies émergentes, en particulier de celui de la Chine. Des centaines de millions de personnes devraient immigrer vers les grands centres de ces pays au cours des prochaines décennies, ce qui va accentuer la demande pour le fer et les autres métaux. Ce secteur reste prometteur et devrait générer des milliards de dollars d’investissements, en plus de créer des milliers d’emplois directs et indirects de grande qualité. Le ralentissement des deux dernières années a néanmoins ralenti la demande mondiale et fait reculer le prix du minerai.

Le secteur des services a sa propre autonomie, mais il dépend en partie du niveau d’activité économique et de l’enrichissement de la population. La finance, l’ingénierie, les services professionnels aux entreprises, le commerce et la santé se portent mieux quand tous les secteurs économiques sont dynamiques et font de bonnes affaires.

C’est pour toutes ces raisons que je me méfie de politiques qui ne privilégient qu’un seul secteur, comme la politique industrielle du précédent gouvernement. Il faut faire du Québec un endroit propice au développement de tous les secteurs. Pour cela, il faut un bon climat d’affaires et une fiscalité compétitive pour toutes les entreprises — pas seulement celles qui ont gagné au loto-crédits d’impôts —, ainsi qu’une réglementation intelligente.

* * *

À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

5 commentaires
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« …le secteur des services compte pour plus de 70 % de notre économie et qu’il est responsable de presque toute la croissance économique des dernières décennies. Pourtant, il est le moins appuyé et le moins subventionné… » – P Duhamel

C’est malheureusement totalement faux. Au Canada l’accès au crédit hypothécaire qui nourrit aussi la consommation est dopé aux stéroïdes par l’intervention MASSIVE de l’état fédéral dans ce secteur. La BdC maintient des taux d’intérêt très bas tandis que la SCHL se charge d’en permettre l’accès à des millions de ménages Canadiens qui peuvent emprunter à des taux AAA (parce que garanti par le gouvernement) même s’ils n’ont peu ou pas d’argent et alors qu’ils n’auraient aucune chance d’accéder à ce crédit dans un marché réellement libre qui tiendrait compte du risque réel.

Le résultat de ce stratagème est un détournememt massif de capitaux qui alimenterait normalement des industries productives vers la consommation et l’immobilier résidentiel. Evidemment tout cela au prix d’un endettement des ménages qui grandit sans cesse. L’économie devient un mirage de crédit et même le CAD en profite (ce qui ajoute au problème en nuisant aux exportations)

Mais comme le modèle ne crée pas de richesse on arrive au bout du rouleau. Tôt ou tard les ménages sur-endettés dépensent moins et l’économie ralentit. C’est ce qui arrive au Québec où le gouvernement ne semble pas comprendre pourquoi ses recettes fiscales stagnent. Le malheur c’est que l’économie a été structurellement modifiée et sa partie réellement productive à été décimée et n’est plus en mesure de prendre le relais.

Non à vrai dire un emploi n’est pas un emploi!

« Il n’y a que cinq États américains et une province canadienne (l’Ontario, mais de si peu) qui devancent le Québec en ce qui a trait au capital de risque qui alimente ces jeunes entreprises. »

J’aimerais bien savoir sur quelle base cette affirmation est fondée?!

Bien content de savoir que nous attirons plus de VC que le Wyoming… 😉

En passant sait-on d’ou vient cet argent? Est-ce du capital privé provenant d’investisseurs réellement intéressés ou est-ce du capital public ou semi public (CSN, FTQ) distribué par motivation, politico-nationaliste à des entreprises qui seraient sans cela incapables de trouver le moindre financement?