Un parti et son péché

Si j’avais à résumer l’ADN du militant et bailleur de fonds péquiste, je dirais que c’est quelqu’un qui veut accroître le rôle de l’État. En simplifiant de la même manière avec le militant libéral, je serais tenté de dire que ce dernier veut plutôt faire des affaires avec l’État.

Ils m’haïront peut-être tous les deux, mais leur relation est presque symbiotique. Le péquiste de choc aime faire de l’ingénierie sociale. Il aime les mots et les grands discours. Il cause, il légifère en quantité industrielle, il créé des structures et des organismes. Il veut le terrain de jeu pour lui tout seul et créer le super État québécois qui lui donnera tout l’espace pour créer sa société idéale. C’est le parti des grandes lois qui veulent tout changer parce que le monde n’est pas à son goût. Il travaille dans le secteur public et aspire à devenir le prochain sous-ministre à la Culture, comme le dit en blague un ami qui a côtoyé les deux familles politiques.

Le libéral de choc aime faire de l’ingénierie tout court. Les grands barrages, les grandes routes et les grands ouvrages ont été construits quand son parti était au pouvoir. Les péquistes ont écrit «Bâtir le Québec », les libéraux l’ont fait. Le péquiste vénère l’État et aimerait qu’il mette son nez partout; le libéral le voit comme un gigantesque donneur de commandes. Le péquiste veut s’enrichir dans l’État; le libéral veut s’enrichir grâce à l’État.

Je sais, ce sont là des généralités. Les gouvernements péquistes ont eu leurs affaires louches et les libéraux sont souvent de très bons fiduciaires des biens publics. Je veux juste signaler que leur rapport fondamental à l’État est différent et induit des comportements distincts. Le péquiste peut facilement paraître arrogant et condescendant puisqu’il est convaincu d’avoir toujours raison et de défendre le « bien commun », qui est souvent confondu avec celui des bénéficiaires des services de l’État et de ses employés. Le libéral semble toujours avoir la main dans le sac, parce qu’il a un rapport marchand avec l’État.

La situation est pire quand le Parti libéral monnaie l’accès aux ministres et aux contrats. C’est en tout cas ce que je comprends des affaires de collusion ou de corruption qui ternissent l’image du gouvernement Charest. La machine du parti était d’une efficacité redoutable pour collecter des fonds et je me demande si il y a un seul bureau d’avocats, de consultants ou d’ingénieurs au Québec qui n’ait pas contribué à sa caisse.

Le résultat est prévisible. Tous ceux qui ont eu des contrats semblent avoir contribué à la caisse du PLQ. Si j’étais l’avocat du diable, je serais tenté de répondre que tous ceux qui n’ont pas eu de contrat avaient, eux aussi, donné au parti et qu’il y a pas nécessairement de lien direct entre l’obtention du contrat et la contribution électorale. Je m’éloigne. Ce sera aux enquêtes policières et à la Commission Charbonneau de débusquer les filous et de mettre à nu les systèmes et les arnaques. (Oui, cette commission aurait du être créé plus tôt; je m’étais déjà prononcé en ce sens il y a plus de 2 ans.)

On dit aussi que l’occasion fait le larron. Au pouvoir entre 1994 et 2003, les péquistes ont eu d’autres priorités que les travaux d’asphaltage et la rénovation des viaducs et des ponts. Entre 1994 et 2007, leurs gouvernements ont dépensé en moyenne 700 millions de dollars par année pour la voirie. Depuis 2003, les libéraux ont dépensé trois fois plus en moyenne et presque cinq fois plus l’an dernier et cette année. De tout temps et partout au monde, la construction et les travaux publics sont des terreaux fertiles pour la corruption et il y a mathématiquement plus de corruption quand l’État multiplie ses travaux de construction.

Le péché des libéraux, c’est d’avoir baissé la garde et d’avoir fermé les yeux. Leurs adversaires diront qu’ils sont corrompus. Les prochaines années nous permettront de faire un bilan plus définitif de la situation. En attendant, je trouve qu’ils ont été négligents et insensibles à l’impact causé par ces dizaines de milliards de fonds publics dépensés en peu de temps.

 

 

10 commentaires
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Je pense qu’il est naturel que tout le monde ait sa vision idéale de ce qu’est et ce que devrait-être un État. N’étant ni libéral ni péquiste ni coalitioniste ni rien du tout, j’ai aussi ma vision de ce que devrait être un État. Si ce n’est qu’au-delà des partis on trouve d’abord des gens, des femmes et des hommes.

Certains personnes me semblent plus plaisantes que d’autres, certaines m’apparaissent plus intelligentes, certaines personnes sont plus capables que d’autres d’obtenir des consensus, certaines sont plus inspirées que d’autres, certains sont dignes de confiance et d’autres pas.

Comme il y a des gens souvent mis à l’index qui sont francs comme du bon pain, plus intègres et honnêtes que d’autres. Je pense que ces personnes de mérite ne sont pas l’apanage d’un seul parti, et beaucoup n’appartiennent ni à un lobby ni à quelque formation politique que ce soit. Ce sont des gens. Ce sont des êtres vivants et pensants. Des citoyennes et des citoyens qui ne sont rien et pourtant qui sont tout. Ils ou elles ne sont dépositaires d’aucune vision étatique monolithique, monopoliste et antagoniste de l’État.

Je pense que dans un monde en évolution, ce n’est pas une vision de l’État qui doit être privilégiée ou gagnante, c’est plutôt dans l’appréciation et le pouvoir donné à chaque citoyens de prendre sa place dans la société pour ainsi y contribuer au bienêtre, au bonheur, à la joie et au bénéfice de tous qui devrait être la priorité. On dit que l’union fait la force dans une petite société comme la nôtre, c’est la clef du succès. Nous avons encore du chemin à parcourir. N’est-il pas ?

De 1977 à 2007, tous les gouvernements ont investi moins de 1% du PIB en travaux routiers. Les libéraux ont été réveillés par la chute d’un viaduc.

Belle analyse monsieur Duhamel,

j’ajouterais que la grande caractéristique des péquistes est d’avoir institué leurs magouilles en systèmes. L’assurance-médicament et le système de garderies ne sont que deux exemples parmi tant d’autres où la spoliation de toute la population par un sous-groupe (les gens âgés pour l’assurance-médicament et les syndicats pour les garderies) est instauré en système de collusion/corruption à grande échelle. Je trouve ces arnaques mille fois plus odieuses. Il faudra que les gens comprennent qu’un gros état entraînera toujours plus de corruption qu’un petit. Dans un marché libre, la corruption est impossible car les deux parties doivent être consententes. C’est lorsque l’État agit sur le marché libre, avec tous ses pouvoirs exclusifs comme celui de taxer, que la corruption apparaît.

Très bon billet M. Duhamel (comme toujours).

On dirait que quand vous parlez du « péquiste de choc », vous parlez de votre ancien collègue J-F Lisée ;-).

@jacob : Oh! que je suis heureuse de ne pas être la mère d’un homme qui qualifie de magouille, de spoliation et d’arnaque le programme d’assurance-médicaments grâce auquel des milliers de p’tites vieilles comme moi peuvent encore avoir une vie décente sans que toutes leurs maigres ressources soient consacrées à une survie déjà précaire.

Que de raccourcis oiseux, M. Jacob. L’assurance-médicament,, c’est pour tout le mode, pas juste pour les vieux. et le système de garderies, bien avant d’être pour les syndicats, c’est pour les jeunes familles, et par extension,pour tout le monde! Un peu de discernement!! On croirait lire la chorale de droite des journaux Québécor en campagne contre tout ce qui touche l’État. Vous Étes vraiment mûr pour vous ouvrir l’esprit en lisant « Comment mettre la droite KO en 15 arguments »‘ de Jean-François Lisée.

« Un gros état entraînera toujours plus de corruption qu’un petit. Dans un marché libre, la corruption est impossible car les deux parties doivent être consententes ». Shit les grandes banques disaient toutes ça en 2008. Vite, allez lire le livre de Lisée, ça presse!

@ Jacob #3

À vous lire les vieux sont des snhocks, les syndicats des usurpateurs et les jeunes tous des exploiteurs de la population. C’est la population exploité par la population. Quelle horreur!

L’assurance médicament est obligatoire comme l’assurance auto et tous payent une prime soit une prime à l’assurance de l’état ou en priorité, une prime à une assurance privé comme c’est le cas des employés de l’état et des grandes entreprises. Les employés de l’état assurés par le privé ne peuvent pas êtres assurés par l’état. C’est une assurance obligatoire comme l’assurance feu pour votre maison. Cela ressemble au programme du gouv. des États Unis qu’ils appliquent présentement et qui a été approuvé par la cour suprême des EU, et par un juge très conservateur. En prime sa coûte bien moins cher qu’aux USA pour les médicaments et la santé.

Pour les garderies, d’autre provinces ont le désir d’imiter le Québec. Essayez donc d’abolir les garderies sur la place publique juste pour voir et ce sont les non syndiqués qui vont vous crucifier, des jeunes. Les garderies sont payés par le biais des impôts plutôt que par le privé. Il y a bien moins de noir, vous savez celui en dessous de la table.

Pour ce qui est de la collusion/corruption, ce sont les ultras conservateurs qui se sont battus pour qu’il n’y ait pas d’enquête. Le gouvernement conservateur Charest s’est fait tordre le bras pendant des mois pour en faire une.

De plus monsieur la collusion existe dans le privé. C’est très facile de s’organiser, de s’ENTENDRE entre fournisseurs entre PLUSIEURS PARTIES pour fourrer (collusion) une entreprise et cela s’appelle de la collusion et j’en ai bien connu et même pour la faire disparaître.

Les mafiosis qui font de la corruption n’ont pas besoins du gouvernement pour agir. C’est un préjugé, une fauseté de dretteux ultra conservateur pour déréglementer et obtenir le résultat qu’obtiennent les ÉU depuis 5 ans.

« …les péquistes ont eu d’autres priorités que les travaux d’asphaltage et la rénovation des viaducs et des ponts. Entre 1994 et 2007, leurs gouvernements ont dépensé en moyenne 700 millions de dollars par année pour la voirie »

Au milieux des années 80, Jacques Parizeau suppliait le gouvernement libéral d’investir dans la voirie sous peine qu’il en coûterait biens plus cher dans quelques années. Les libéraux n’ont rien fait.

En fait tous les gouvernements ont négligé les routes pendant 35 ans pour satisfaire et soulager les gratteux conservateurs.

Il est biaisé de ne parler d’un seul gouvernement même si on est libéral conservateur.

@tous mes détracteurs

Si nos programmes sont si bien pourquoi est-il impossible d’avoir un médecein de famille, une place en garderie ou de belles routes? Si on était gratteux, je comprendrais mais nous sommes les plus pauvres, les plus endettés et les plus taxés d’Amérique du Nord… Faut vraiment se fermer les yeux pour ne pas voir tout ce qui ne fonctionne pas…

Bien dit @seb , le viaduc a lancé le bal des investissements massifs dans la voirie… Peu importe le gouvernement en place ça devenait une nécessité… on peut présenter les données de plusieurs façons Monsieur Duhamel…