Un piranha aux dents longues

Bell Canada, Desjardins, Loto-Québec, Tim Hortons, Microsoft. Quel entrepreneur ne rêve pas d’avoir au moins une de ces grandes entreprises pour client ?

Dominic Gagnon les a toutes. Et bien d’autres encore, alors qu’il vient à peine de célébrer son 26e anniversaire… de naissance.«Quand j’avais 16 ans, je voulais être Bill Gates», se rappelle le propriétaire de Piranha, une agence spécialisée dans le marketing mobile.

Lancée en 2007, Piranha compte une trentaine d’employés, en plus de quelque 200 pigistes qui travaillent occasionnellement à ses campagnes. Siège social à Québec et bureaux à Montréal, Paris et Toronto. Chiffre d’affaires : près de deux millions de dollars.

«On va doubler nos effectifs cette année», affirme Dominic Gagnon, qui a gagné plusieurs prix, dont celui du Jeune entrepreneur, Est-du-Québec, décerné en 2012 par le Mouvement Desjardins.

Photo : Julia Marois
Photo : Julia Marois

Son agence est active dans un des secteurs les plus porteurs : celui des applications pour téléphones intelligents et tablettes numériques. Sa mission : créer des campagnes de marketing imaginatives pour faire connaître des marques, des entreprises, des initiatives auprès des millions d’utilisateurs d’appareils mobiles.

Piranha a notamment créé pour Desjardins Assurances générales un microsite Web, MaMission.com, mettant en garde les jeunes contre l’utilisation des portables au volant. Sur le site, l’internaute était invité à entrer son nom et son numéro de téléphone. Une vidéo démarrait et on y voyait un conducteur, distrait, composer le numéro de téléphone en question, tout juste avant de percuter violemment un cycliste. L’internaute pouvait inscrire les coordonnées d’amis, qui recevaient ensuite un courriel les dirigeant vers le site. Cette campagne-choc, réalisée pour la sortie du film Dérapages, de Paul Arcand, a fait le tour des médias.

Piranha carbure à l’innovation. L’agence dépense de 15 % à 20 % de ses revenus en recherche et développement. «On essaie d’avoir une ou deux années d’avance», explique le jeune dirigeant, qui dit plancher actuellement sur des projets mettant à profit la reconnaissance faciale des clients.

Originaire de Saint-Félicien, au Lac-Saint-Jean, Dominic Gagnon a créé sa première entreprise à l’âge de 14 ans. Médiatech concevait des sites Web pour les sociétés de la région. «Je ne suis pas programmeur. Je suis d’abord un entrepreneur. À 15 ans, j’avais trois employés, dont un infographiste, et moi, je m’occupais des ventes.»

À Québec, où il fait un bac en communications publiques à l’Université Laval, il fonde Piranha — «un poisson agressif, mais qui n’est efficace qu’en équipe» — avec trois amis (qui ont quitté l’entreprise depuis). Misant ensemble 20 000 dollars, ils achètent quatre gyropodes («Segway»), des biporteurs mus à l’électricité, qu’ils utilisent lors du Festival d’été de Québec afin de mener une campagne publicitaire pour Bell.

Ce premier client prestigieux leur a par la suite accordé d’autres mandats, concernant cette fois des applications numériques. «Avec Bell comme client dans le marketing mobile, ça nous donnait une bonne carte de visite pour convaincre d’autres entreprises», dit Dominic Gagnon.

Sa société, dit-il, est considérée comme la référence au Québec dans son domaine. Si bien que Piranha est courtisée par de plus grands acteurs, qui veulent ajouter cette corde à leur arc. Mais pas question de vendre. Il veut plutôt prendre de l’expansion, notamment aux États-Unis, et faire des acquisitions.

«L’argent, ce n’est pas ce qui fait mon bonheur. J’ai créé mon entreprise de rêve. Et à 26 ans, je veux continuer à avoir du plaisir.»

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Dominic Gagnon, 26 ans.
Née à Québec, son agence de marketing, Piranha, rayonne à Montréal, Toronto et Paris.

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Près du tiers des adultes québécois possédaient un téléphone intelligent et 13 % avaient une tablette numérique en 2012. C’est deux fois plus qu’en 2010, selon l’enquête NETendances, réalisée par le CEFRIO.