Une attaque frontale contre le Québec ?

Le budget de Jim Flaherty est plutôt une attaque frontale contre une certaine vision du Canada et du soutien à l’économie. C’est de bonne guerre pour un gouvernement péquiste de tenter de nous faire croire que les fédéraux passent leur temps à trouver une nouvelle façon de nuire au Québec, et juste au Québec.

C’est à la fois plus simple et plus compliqué. Le gouvernement Harper essaie de refaçonner le Canada à son image. Dans ce Canada, l’entreprise privée joue un rôle plus important et l’État est moins actif.

Premier exemple : le gouvernement fédéral constate que près de 300 000 emplois restent inoccupés dans les entreprises canadiennes qui ne trouvent pas la main-d’oeuvre qualifiée requise pour le développement de leurs activités. Il en déduit que les programmes de formation de la main-d’oeuvre donnés par les provinces à partir de ses propres fonds ne donnent pas les résultats voulus. Il préconise donc de remettre cet argent au secteur privé pour que les entreprises forment les employés dont ils ont besoin.

L’intention est économique et ses répercussions touchent toutes les provinces. Sauf qu’en agissant ainsi et sans consultation préalable, Ottawa braque contre lui les autres gouvernements et accroît leurs dépenses, car ce programme les implique. Non seulement elles ne compteront plus sur les fonds fédéraux, mais elles devront en plus financer une partie de cette formation avec les employeurs. Bref, je salue l’intention, mais c’est un gros zéro sur la manière de la mettre en application.

Deuxième exemple : les fonds de travailleurs. L’élimination progressive des crédits d’impôts pour les contribuables qui investissent dans de tels fonds, va toucher davantage le Québec. Nulle part ailleurs au pays, on ne trouve une institution de la taille du Fonds de solidarité de la FTQ.

D’un point de vue économique, je comprends le raisonnement d’Ottawa. Ces fonds, en particulier celui de la FTQ, sont devenus des acteurs de premier plan dans le capital d’investissement, pourquoi doit-on encore leur donner un avantage indu face à tous ceux qui font le même métier qu’eux ? Pourquoi avantager un type d’investissement plutôt qu’un autre, une société financière plutôt qu’une autre ?

Certains répondront qu’abolir ce privilège fiscal se traduira par le plafonnement, puis le disparition, de ces instruments économiques précieux. Les conditions imposées et le rendement obtenu n’en font pas en soi des véhicules d’épargne intéressants. Et si il était là le problème…

Ceci dit, j’ai toujours soutenu les fonds de travailleurs, contre tous mes instincts économiques. Ils ont réussi à pacifier les relations de travail au Québec (souvenez-vous des années 1970 et des conflits de travail longs, durs et nombreux) et procuré une formation économique de base à des dizaines de milliers de travailleurs qui comprennent mieux les défis de leurs employeurs. Tout cela, j’en conviens, est intangible. Je connais en revanche de nombreuses entreprises qui ont eu la vie sauve ou qui ont pu déployer leurs ailes grâce à l’intervention du Fonds de solidarité.

Le statut fiscal des fonds de travailleurs devra tôt ou tard changer et leur façon de fonctionner aussi, mais souhaitons que ce soit un véritables cheminement et qu’il implique toutes les parties concernées.

La politique conservatrice ne vise pas le Québec, mais tous les symboles et politiques des précédents gouvernements. Fini cette image du Canada ami des amis pauvres et dont la politique internationale tend à être indépendante de celle des États-Unis. L’aide internationale a été diminuée et elle est essentiellement liée aux intérêts commerciaux. L’ACDI vient de perdre son indépendance avec le nouveau budget et tombe sous le giron du ministère des Affaires extérieures. Les relations avec Développement et Paix et d’autres ONG ont été houleuses. En revanche, on accorde plus de place à la monarchie et aux Forces armées.

Les programmes de redistribution, comme l’assurance-emploi et maintenant la formation de la main-d’oeuvre, veulent favoriser la mobilité des travailleurs vers les régions où il y a du travail. L’ensemble des politiques veulent favoriser une plus grande responsabilisation des individus.

Ce n’est pas un modèle anti-Québec, c’est un modèle anti-libéral et anti-NPD. Il heurte forcément les sensibilités québécoises où domine l’emphase sur l’implication active de l’État.

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